En 1993, les mammouths grenoblois victimes d'une polémique en finale

  • La force du FCG de l’époque frésidait notamment son immense pack, que l’on voit à l’œuvre en finale 1993 contre Castres (photo en haut à gauche) dans un auguste ballet aérien où l’on reconnaît, de gauche à droite, Olivier Brouzet, Dzoni Mandic, Philippe Tapié, Dominique Mazille (de dos), Olivier Merle et le capitaine Hervé Chaffardon. Une équipe surnommée "Les Mammouths" et que l’on voit au grand complet avant la finale (ci-contre), flanqués de leur entraîneur Michel Ringeval (à gauche) et du soigneur Mimi Trouilloud (à droite), saluée comme de coutume par le président de la République d’alors, François Mitterrand (en bas, deuxième photo en partant de gauche).C’était l’époque du président Seraphin "Rico" Rinaldi (ci-dessous), ainsi que du "Dolmen" Jean-Pierre Gébus et du numéro 8, Dzoni Mandic, qui encadrent dans les vestiaires de Lesdiguières la figure bien connue de Jacques Fouroux, consultant de luxe des Mammouths mais aussi candidat déclaré à la présidence de la FFR.Arrivé au club en provenance de Montferrand pour succéder à Jean Liénard, l’entraîneur Michel Ringeval (en bas à droite) garde un souvenir frustré de l’épopée de ses protégés, tout comme les acteurs du moment sur le terrain (en bas, complètement à gauche), à l’image de l’ailier Brice Bardou, du centre Willy Taofifenua (qui refusait par supersititon de porter le numéro 13) et du talonneur Philippe "Bibi" Ferruit tout à leur tristesse dans un tour d’honneur au goût particulièrement amer…Photos FCG.com, Olivier Bicais et La Dépêche du Midi
    La force du FCG de l’époque frésidait notamment son immense pack, que l’on voit à l’œuvre en finale 1993 contre Castres (photo en haut à gauche) dans un auguste ballet aérien où l’on reconnaît, de gauche à droite, Olivier Brouzet, Dzoni Mandic, Philippe Tapié, Dominique Mazille (de dos), Olivier Merle et le capitaine Hervé Chaffardon. Une équipe surnommée "Les Mammouths" et que l’on voit au grand complet avant la finale (ci-contre), flanqués de leur entraîneur Michel Ringeval (à gauche) et du soigneur Mimi Trouilloud (à droite), saluée comme de coutume par le président de la République d’alors, François Mitterrand (en bas, deuxième photo en partant de gauche).C’était l’époque du président Seraphin "Rico" Rinaldi (ci-dessous), ainsi que du "Dolmen" Jean-Pierre Gébus et du numéro 8, Dzoni Mandic, qui encadrent dans les vestiaires de Lesdiguières la figure bien connue de Jacques Fouroux, consultant de luxe des Mammouths mais aussi candidat déclaré à la présidence de la FFR.Arrivé au club en provenance de Montferrand pour succéder à Jean Liénard, l’entraîneur Michel Ringeval (en bas à droite) garde un souvenir frustré de l’épopée de ses protégés, tout comme les acteurs du moment sur le terrain (en bas, complètement à gauche), à l’image de l’ailier Brice Bardou, du centre Willy Taofifenua (qui refusait par supersititon de porter le numéro 13) et du talonneur Philippe "Bibi" Ferruit tout à leur tristesse dans un tour d’honneur au goût particulièrement amer…Photos FCG.com, Olivier Bicais et La Dépêche du Midi
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Vingt-sept ans après la finale perdue contre Castres, l’épopée des Mammouths alimente les mythes et les rumeurs. Une histoire digne d’un roman, celle d’une équipe un peu trop en avance sur son temps, guidée par une figure tutélaire qui l’était tout autant, mais avait eu la mauvaise idée d’entrer en guerre avec le pouvoir fédéral. Lequel fit payer à Jacques Fouroux ses outrecuidances, jusqu’à sacrifier les espérances de tout un club pourtant appelé à devenir un bastion.

Rarement une équipe n’avait exercé une telle fascination sur le rugby français. Chose d’autant plus paradoxale que si l’existence de leur animal totémique s’étala sur plusieurs millions d’années pendant l’ère glaciaire, les Mammouths grenoblois ne régnèrent qu’un très court laps de temps… C’était juste avant l’arrivée du professionnalisme, l’espace de trois saisons tout au plus, à en croire leur entraîneur Michel Ringeval. Lequel, à 77 ans remarquablement portés, n’a rien oublié de cette glorieuse épopée qui remonte à plus d’un quart de siècle… "Les Mammouths, c’est cette époque où l’on jouait avec Merle et Brouzet en deuxième ligne, Chaffardon, Kacala et Mandic en troisième, pendant laquelle on dispute trois demi-finales d’affilée. Mais le cœur de l’épopée a bien évidemment été cette saison 1992-1993." Concernant l’origine de ce sobriquet ? Les opinions sont partagées. Le deuxième ligne Olivier Brouzet renvoie l’image "à un dessin de Blachon" tandis que le numéro 8 Dzoni Mandic assure qu’elle fut brossée par l’entraîneur de Dax, René Bénésis. "Après le quart de finale en 1992, leur entraîneur avait dit quelque chose comme : "Que vouliez-vous qu’on fasse face à une équipe de mammouths comme Grenoble ?" Cela n’avait évidemment pas échappé aux journalistes et la formule est restée. Il faut dire qu’on l’a plutôt bien portée…" Quand bien même s’avérait-elle un brin caricaturale ? L’arrière Cyril Savy jure que non. "Même si les règles d’alors ne se prêtaient pas à ce style de jeu, c’était une vraie identité, fruit d’un projet mûrement réfléchi, dans l’anticipation de ce qu’allait devenir ce sport."

C’étaient les Mammouths
C’étaient les Mammouths

La réalité ne réside en effet nulle part ailleurs. Car si le deuxième ligne Olivier Brouzet n’a aucun mal à assumer que le jeu du FCG de l’époque consistait "à placer les adversaires sous l’éteignoir de nos centimètres et de nos kilos", les gabarits alignés n’étaient pas une fin en soi, au contraire… Plutôt un moyen mis au service d’un projet peut-être contre-culture mais dont tout le rugby français s’empara, bien des années plus tard… "La référence de Jacques Fouroux, c’était le pack des Springboks, témoigne le demi de mêlée Franck Hueber. Sa philosophie était que dans le rugby moderne, on devait être capable de présenter un pack d’une tonne, ce qui est devenu la norme aujourd’hui… Son autre idée, à une époque où le beau jeu consistait à contourner la défense, c’était de casser la ligne au milieu du terrain et d’enchaîner un ou deux temps de jeu programmés derrière. C’est pour ça que nous avions replacé Willy Taofifenua au centre. En cela, oui, il était avant-gardiste." "Mais cela ne nous empêchait pas de pratiquer un jeu complet, pointe Ringeval. Au contraire, notre meilleur marqueur était bien un trois-quarts, Frédéric Vélo."

"Vous ne pouvez pas gagner cette finale"

Le hic ? Il est qu’à force d’empiler les succès, le jeu futuriste des Mammouths ne fut plus seulement regardé sous le prisme de la curiosité mais bien de la critique et du procès d’intention. "On ne plaisait pas aux partisans d’un certain rugby, pointe le numéro 8, Dzoni Mandic, parce que nous les battions ! En 1993, on élimine Toulouse en quarts, Agen en demie, rien que des équipes partisanes d’un rugby panache, constellées d’internationaux, pour la simple et bonne raison que nous arrivions à les priver de ballon et les étouffer physiquement." "Le rugby de l’époque se voulait dans l’évitement et nous dénotions en plaçant très haut le curseur au niveau de l’affrontement, rappelle Brouzet. Notre jeu, c’était un peu la guerre des étoiles. Sur les regroupements, on ratissait large… Et comme la demi-finale contre Agen ne s’était pas passée sans heurts, nous dérangions l’ordre établi." "Tout le monde connaissait les conceptions du jeu de Jacques, glisse Ringeval. Mais avec sa candidature à la présidence de la FFR, on a voulu créer une opposition entre sa vision et celle d’un autre rugby."

C’étaient les Mammouths
C’étaient les Mammouths

Ah ! Jacques Fouroux… Il faut fatalement en parler, quand bien même celui-ci ne sera resté qu’un peu plus d’une saison. "En 1992, après notre défaite en demie contre Biarritz, Serge Kampf a proposé à Séraphin Rinaldi cette option selon laquelle Jacques Fouroux viendrait nous donner un coup de main, rappelle Ringeval… Ce fut un plaisir de collaborer avec lui. Jacques avait une telle force de persuasion, il était capable de déplacer les montagnes…" C’est ainsi que Fouroux prenait tous les jeudis la route depuis son Gers natal en direction des Alpes, pour des entraînements épiques. "Quand il arrivait au niveau de Nîmes, il me passait un coup de fil pour me dire à quelle heure il arriverait, sourit Ringeval. Mais avec les bouchons, il se pointait régulièrement avec une demi-heure de retard." "On faisait un entraînement avec Michel Ringeval et quand les deux phares de la Mercedes de Jacques apparaissaient au bout du terrain annexe, un deuxième entraînement commençait, se marre Olivier Brouzet. C’était la grande époque où on travaillait les mêlées sur la fatigue… Mais ça nous a forgé le caractère." "Les avants devaient se coltiner des séances de bajadita après déjà une heure et demie d’entraînement, rigole encore Ringeval. Je revois leurs regards implorants, me demandant que ça s’arrête… ça ne prenait fin que lorsque le concierge éteignait les lumières du stade, à la grande colère de Jacques." Reste que, dans sa quête de revanche et de reconnaissance, Fouroux en oublia de ménager quelques susceptibilités. "Il était entré en conflit ouvert avec les instances fédérales et s’était déclaré candidat à la présidence de la FFR, souligne Brouzet. Disons que certains voulaient éviter de le voir se faire remettre le Brennus par Bernard Lapasset… J’ai toujours en mémoire son regard en direction de la tribune présidentielle le soir de la finale."

C’étaient les Mammouths
C’étaient les Mammouths

La finale… C’était donc le soir du 5 juin 1993, marqué depuis lors d’une pierre noire par tous les suiveurs du FCG dans un contexte profondément pourri, ou du moins perçu comme tel. "À l’époque, l’arbitre était désigné une quinzaine de jours avant, rappelle Franck Hueber. Cela aurait dû être Didier Méné ou Joël Dumé, je ne sais plus. Mais il a été changé dans la semaine… C’était la première des bizarreries. On a donc appris que ce serait Daniel Salles, du comité Périgord-Agenais, grand ami d’Albert Ferrasse. Quand il a su ça, dès le mercredi, Jacques Fouroux nous avait prévenus : si on ne prenait pas rapidement six ou neuf points d’avance, cela serait très difficile pour nous." Arguments étayés par Michel Ringeval. "Quelques saisons plus tôt, ce même arbitre nous avait privés de la victoire en finale du Du-Manoir contre Narbonne. Les Audois avaient marqué 18 points au pied par Lescure. Et à la fin du match, certains de nos dirigeants avaient poursuivi ce même arbitre dans les couloirs du Hameau…"

Un mauvais présage, trop vite confirmé par certains ouï-dire dont Ringeval se fait l’écho. "Jean Liénard, dont j’étais le successeur comme entraîneur, était venu me voir avant le match. La veille s’était tenue une réunion au terme de laquelle un arbitre qu’il connaissait lui avait dit : "Jean, vous ne pouvez pas gagner cette finale." Il avait été décidé que nous jouions nos mauls de façon illicite. Pourquoi ? Un quart de siècle plus tard, je l’ignore toujours… Toujours est-il qu’en finale, au bout de dix minutes, j’ai compris ce qui se passait…"

Cette finale ? C’est Cyril Savy lui-même qui nous a incités à le regarder dans son intégralité, pour prendre la mesure du drame. "Je l’ai revue il n’y a pas si longtemps, témoigne Olivier Brouzet. Et mon impression de l’époque n’a pas changé, bien au contraire… À part à Castres, tout le monde est conscient qu’il s’est passé quelque chose ce jour-là qui allait au-delà du sportif." Ce qui surprend de prime abord est bien que, conformément aux dires de Ringeval, les Mammouths n’avaient pas que les atouts de leur pack dans leurs manches. "En première période, Fred Velo marque un essai magnifique, en première main, sur une combinaison qu’on appelait FCG, se rappelle "Migraine". Des essais comme celui-ci, on en a marqué beaucoup." Reste que ce coup d’éclat allait rester lettre morte, la faute à une litanie de décisions que les Isérois n’ont toujours pas digéré. "Personne ne s’en souvient mais en première mi-temps, sur une touche à cinq mètres, Urios manque son lancer et le ballon revient dans les mains d’Olivier Brouzet qui aplatit, grince Ringeval. Pourquoi cet essai a-t-il été refusé ? Je me le demande encore…" L’intéressé aussi, qui témoigne : "On sait d’autant moins ce que l’arbitre a sifflé que lorsque notre capitaine Hervé Chaffardon est allé lui demander, il s’est fait renvoyer dans son camp sans autre forme de procès." Un premier fait de jeu, avant cette pénalité bottée par Cyril Savy dans l’axe de la colonie des supporters isérois, très haut au-dessus des poteaux, mais invalidée par les juges de touche. "Cette pénalité, je la vois, elle passe, jure l’arrière. L’arbitre est à côté de moi et la voit aussi mais les juges de touche ne lèvent pas leur drapeau. Je l’interpelle en lui disant : "Mais elle est passée, là, qu’est-ce que vous faites ?" Je revois très distinctement son haussement d’épaules en me disant qu’il ne pouvait rien faire si ses assistants ne levaient pas leur drapeau."

Franck Hueber et l’essai du hold-up

Le début d’un scénario catastrophe, prélude à une fin tragique. "Cette finale, j’ai mis plus de vingt ans à oser la regarder, assure Mandic. Son arbitrage a été malhonnête, je n’ai pas honte de le dire. La meilleure preuve, c’est la dernière action, alors qu’on cherche à égaliser. On réalise un maul de quarante mètres." "Les Castrais se jetaient dans nos genoux, le maul avait été écroulé, énumère Hueber. Il y avait déjà dix raisons de siffler. Et quand on écarte le ballon, tous les Castrais sont hors-jeu au milieu du terrain. Et pourtant, rien, même pas une pénalité… Je ne dis pas que Cyril Savy l’aurait mise, mais il en avait rentré une en demi-finale de 55 mètres en coin pour nous permettre d’aller en prolongation." "Les joueurs ont leur part de responsabilité dans cette défaite et je prends la mienne, regrette l’arrière. Je manque six ou sept coups de pied… J’ai raté ma finale et je dois l’accepter. Mais il n’y a pas eu que ça… Les images sont claires : si le CO avait un temps repris le dessus en deuxième mi-temps grâce à sa mêlée, sur la fin, on les dominait physiquement. C’était ça, les Mammouths : faire craquer nos adversaires à l’usure. Là, on sentait que notre adversaire lâchait prise mais nous n’avons pas eu le loisir de le concrétiser, pour des questions d’interprétation. C’est ça qui est terrible."

Parce qu’au-delà de cette soirée cauchemardesque, de "ce coup remarquablement monté" ainsi que le déplora Jacques Fouroux en direct à la télévision au micro de Jean Abeilhou, il y eut un drame qui occulte tout le reste. On parle ici, bien évidemment, de l’essai accordé à Gary Whetton un essai qui fit monter depuis les tribunes des noms d’oiseaux adressés au président de la FFR, Bernard Lapasset, lesquels firent tiquer jusqu’aux oreilles de François Mitterrand. Un cri de haine, un cri de rage, qui monta spontanément à la gorge des supporters rouge et bleu, jusqu’à confondre leurs propres joueurs et amplifier l’impression de guet-apens. "Les Lapasset, enc…, on les entendait, évidemment, témoigne Mandic. Ça ne faisait que conforter notre frustration après l’essai de Whetton." Qu’on laissera à Franck Hueber, principal témoin, le soin de raconter : "C’était après une touche réduite. Tonini envoie une mauvaise passe à Francis Rui, qui est obligé de courir vers la touche. J’anticipe le coup de pied puisque notre ailier Brice Bardou défendait dans le premier rideau. Je réceptionne le ballon, je crie "marque" mais l’arbitre n’entend pas. Je ne comprends pas trop ce qui se passe, Rui me plaque et j’aplatis dans mon en-but."

C’étaient les Mammouths
C’étaient les Mammouths

Reste que, sous le double effet de la surprise et de la pression, le ballon quitta les mains du remplaçant de Dominique Mazille… "Rui, ce n’était quand même pas un grand plaqueur… S’il m’avait désintégré et fait exploser le ballon, j’aurais dit : "Bravo, bien joué." Mais non, même pas… En aplatissant, je relâche le ballon, Whetton tombe dessus plus qu’il ne plonge. Et l’arbitre accorde l’essai… Le pire ? C’est qu’avant, Brice Bardou saute par-dessus le ballon, tellement persuadé qu’il y avait renvoi… D’ailleurs, le juge de touche aussi se dirige vers les 22 mètres, certain qu’il n’y avait pas essai. Comme l’a dit Fouroux, c’était une "Salles" finale…"

Une plaie toujours à vif

Et un souvenir d’autant plus douloureux pour son héros malheureux. "À la fin, je chialais comme un gosse, même si je savais bien que ce n’était pas ma faute, témoigne Hueber. Même Pierre Salviac me l’a dit, comme les Castrais Rui ou Carminati. C’était flagrant qu’il n’y avait pas essai." Au bout du téléphone, Brouzet soupire. "Les dés étaient pipés. Des années plus tard, l’arbitre a avoué qu’il s’était trompé mais il ne reconnaîtra jamais qu’il avait reçu la consigne de ne rien laisser passer à Grenoble ce jour-là." Propos corroborés par Cyril Savy. "Ce qui reste à la fin ? Un énorme sentiment d’amertume, l’impression de ne pas avoir joué dans des conditions équitables. Cet arbitrage était-il dirigé, orchestré ? Personne ne l’a jamais dit, même si plein d’éléments objectifs sont là pour en attester." À commencer par la légendaire photo diffusée par L’Équipe en pleine une au lendemain du match, sous un titre sans équivoque, "Il n’y avait pas essai" ! "Cette photo a beaucoup fait parler mais avec le recul, ce fut une erreur de se focaliser sur ce fait de jeu, esquisse Savy. Une mauvaise décision peut toujours arriver. Mais la réalité était plus insidieuse : c’est toute la rencontre qui avait été dirigée à charge contre nous. L’action de l’essai n’est rien par rapport à ce qui s’est passé tout au long de la partie." Quand bien même celle-ci restera pour l’éternité l’emblème du tee-shirt "Hold-up au Parc" arboré par les supporters isérois après cette finale, devenu un collector qui s’arrache encore entre fanatiques…

Le plus cruel ? Il est que jamais les Grenoblois n’eurent l’occasion d’obtenir leur revanche, l’épopée des Mammouths ne survivant en réalité pas à cette finale. " Jacques avait son projet personnel et à la fin de ce match, il a compris qu’il ne pourrait jamais y parvenir, avance Savy. C’est pour cela qu’il a voulu tourner la page en se lançant dans le rugby à XIII. Et quand l’élément fondateur s’en va, c’est tout le projet qui s’en va." "On revient en demi-finale la saison suivante mais le jouet était cassé, regrette Brouzet. Et puis, tout le monde est parti à droite, à gauche… On se revoit de temps en temps avec plaisir, bien sûr. Mais réaliser un gros truc tous ensemble, on ne l’a jamais fait." Pour la simple et bonne raison que les Mammouths n’ont rien à fêter… "Il y avait plein de joueurs dont j’étais très proche et dont je suis certain que si je les revoyais, ce serait comme hier, souffle Savy. Le temps qui a passé fait qu’on peut en parler avec un certain détachement. Mais on ne célèbre pas une défaite, on ne peut pas. La plaie est toujours ouverte et ne se refermera jamais."

C’étaient les Mammouths
C’étaient les Mammouths

Ne restent, alors, que des souvenirs fugaces. Cette remise du Bouclier aux Castrais, si injuste. Ce petit ballon offert à l’époque au finaliste, pour lequel seul le capitaine Hervé Chaffardon monta dans la tribune. "Je crois qu’on l’a jeté avant même d’arriver à Grenoble, sourit Hueber. Ce soir-là, je suis rentré aux vestiaires très vite. Voir les Castrais à notre place, je ne le pouvais pas." "C’est drôle, s’amuse le pharmacien de profession Cyril Savy, mais je n’ai aucun souvenir de l’après-match. C’est médicalement prouvé : le cerveau protège l’esprit lorsque la souffrance à endurer est trop forte." Et l’arrière de conclure, philosophe. "J’ai perdu beaucoup d’illusions sur cette finale, conclut Savy. Quand on est jeune, on se forge une philosophie du rugby, ce sport où on est prêt à sacrifier son intégrité physique pour la mettre au service de quelque chose de plus grand que soi. À l’issue de ce match, je me suis rendu compte que j’avais mis tout ça dans la balance pour rien, pour un jeu dont les dés étaient pipés… Longtemps, ça m’a habité."

Peut-être parce que les conséquences en sont encore là, qui voient le FCG d’aujourd’hui contraint à effectuer le yo-yo entre les deux divisions professionnelles, alors qu’un titre en 93 lui aurait certainement permis de s’installer durablement parmi les bastions du rugby français, fort d’un projet de jeu en avance sur son temps ainsi que du premier centre de formation. Mais on ne refera pas l’histoire. On achève bien les Mammouths…

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