Écran noir

  • Victime d'insultes racistes tout au long de sa carrière, Djibril Camara se confie ce vendredi dans Midi Olympique.
    Victime d'insultes racistes tout au long de sa carrière, Djibril Camara se confie ce vendredi dans Midi Olympique. Icon Sport
Publié le , mis à jour

L'édito de Léo Faure - On l’a vu fleurir, tout le début de semaine. Des écrans noirs postés sur les réseaux sociaux en guise de soutien à la cause du moment, celle de la discrimination du peuple noir qui, dans ses déviances les plus dégoûtantes, a abouti à la mort d’un homme par étouffement, sur un trottoir, un genou planté dans la nuque.

L’image est insoutenable, la simple idée que cela puisse encore se produire profondément abjecte. Et chacun, c’est la mode, affiche son soutien tout numérique. Le monde du rugby n’échappe pas à la règle. Comment lui en vouloir ? C’est l’air d’un temps. C’est une peccadille, pourtant. Une bonne conscience achetée au prix d’un tweet et de dix secondes de son temps. L’affirmation de l’appartenance à un mouvement de foule immobile, une vague de vent surfée depuis son canapé. Une indignation factice, en fait, sur laquelle on soigne son ego sans se soucier de la plaie.

Le problème est pourtant sérieux, global et qui mérite bien mieux qu’une indignation. Le rugby, puisqu’il baigne dans le grand bassin de notre société, n’échappe pas à ses courants nauséabonds. Tous ceux qui ont déjà fréquenté ses mains courantes ne peuvent décemment le réfuter.

Un peu plus loin dans ces pages, vous lirez le récit de Djibril Camara, môme de banlieue aussi attachant qu’instable, qui pensait trouver dans le rugby la lumière d’une vie. Ses qualités naturelles, son travail aussi lui ont offert cela. Les merveilles de la grande famille du rugby, vous dites ? Cela flatte certainement le nombril. La vérité veut que Camara a également expérimenté la noirceur la plus exécrable de cette « grande famille ».

Parmi ceux qui se cyber-indignent désormais, il y en a forcément qui étaient là, ce jour de 2006 quand des parents ont insulté le jeune Djibril de « sale noir », à la seule raison qu’il portait le maillot de l’adversaire. Combien se sont interposés ? Et d’ailleurs, l’arbitre de ce match s’est-il fendu d’un tweet opportun, cette semaine, lui qui menaça alors Camara d’un carton rouge s’il venait à en découdre avec ceux qui le traitaient de singe ?

C’est ici un témoignage glaçant que livre le Bayonnais, ancien joueur de Paris. Il pourrait y en avoir tant d’autres chez ceux qui, comme lui, ont appris à détourner l’ouïe de propos répugnants. Jusqu’à ce que leur récurrence, c’est insupportable, les rende banals.

Le rugby n’a pas vocation à régler tous les problèmes de la société. Qu’il assume déjà les siens et qu’il les règle. Un match qui se fait théâtre d’un racisme revendiqué est un match qui doit s’arrêter. Un public qui s’abrutit sur l’air de cris de singe ne doit plus faire l’objet d’un rapport ou, pire, être ignoré. Il doit faire l’objet d’une plainte de police. L’éradication du fléau est à ce prix de l’action. Ce qui demande autrement plus d’esprit d’initiative qu’un message Facebook, reconnaissons-le.

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