Labbé : de rugbyman à acteur de premier plan

  • Guillaume Labbé ci-dessus au côté de Kad Merad dans le film "Le gendre de ma vie", à ses côtés, les "figurants", Jonathan Wisniewski et Gilles Panazani. En haut, Guillaume sous le maillot de Suresnes. Photos Joséphine et Julien Panié
    Guillaume Labbé ci-dessus au côté de Kad Merad dans le film "Le gendre de ma vie", à ses côtés, les "figurants", Jonathan Wisniewski et Gilles Panazani. En haut, Guillaume sous le maillot de Suresnes. Photos Joséphine et Julien Panié
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Au début des années 2000, Guillaume Labbé, Alors espoir du stade français, envisageait une carrière professionnelle dans le rugby. s’il a fait les beaux jours de suresnes par la suite, il s’est surtout révélé sur les planches puis devant les caméras. à 37 ans, il fait aujourd’hui figure d’acteur de premier plan.

Un jour de 2017, l’équipe de tournage du film "Le gendre de ma vie" débarque au centre d’entraînement du RCT à Berg. Dans cette comédie, Kad Merad compose un père de famille déterminé à voir sa cadette épouser un charmant rugbyman, et personne d’autre. En arrivant sur les lieux pour les traditionnels repérages, l’acteur choisi pour interpréter l’heureux élu est frappé par une drôle de coïncidence.

Au travers d’une une improbable retrouvaille spatio-temporelle, Guillaume Labbé voit ressurgir des souvenirs enfouis depuis une douzaine d’années et son départ du Stade français : "Quand j’ai vu "Néné" Landreau, j’ai halluciné, raconte l’ancien arrière devenu comédien. Je ne savais pas qu’il entraînait Toulon. J’ai été tout autant surpris qu’il me reconnaisse. à l’époque, il s’occupait des espoirs alors que j’étais en cadets. Il se rappelait même que je courais vite." Bien avant de s’épanouir devant les caméras, l’enfant de Saint-Cloud, fils d’un conseiller en entreprise et d’une psychologue, avait envisagé une carrière en crampons du côté de Jean-Bouin : "J’avais commencé en poussins. J’ai arrêté quelques années avant de reprendre à Rueil-Malmaison. Puis j’ai tenté la sélection pour intégrer le centre de formation du Stade. J’y suis revenu quand je ne devais pas avoir 18 ans." À l’âge où tous les rêves sont permis. Mais l’illusion ne dure pas : "J’y ai passé trois saisons. À un moment, j’ai eu l’ambition de faire carrière mais j’ai assez rapidement compris que je n’avais pas le niveau. J’allais vite, j’avais des qualités physiques mais je n’avais pas assez travaillé la vision et la technique. Je n’étais pas assez mature. Et puis je n’ai pas aimé l’ambiance qu’il y avait au sein de notre groupe. ça se tirait dans les pattes. Et puis les entraîneurs n’étaient pas très inspirants. Ce n’est pas forcément un bon souvenir." Si ce coéquipier de Benjamin Kayser n’est pas retenu parmi l’équipe fanion, il est "sélectionné" pour le fameux calendrier des Dieux du Stade : "Max Guazzini était venu nous voir au centre du Haras Lupin. Il arrive dans le vestiaire et, au moment où je pars me doucher, il me demande si je ne voudrais pas poser pour le calendrier. J’ai dix-huit piges, je viens d’une famille coincée du cul, j’hésite… Mais finalement, je trouve l’idée marrante. Je l’ai fait deux années. Max avait été très classe d’ailleurs car il avait fait retirer de la vente des DVD où l’on me voyait nu alors que je n’avais pas donné mon accord."

New York, théâtres, rugby et créatine

Après cette expérience contrastée, Guillaume Labbé prend, en 2004, la direction de Suresnes, alors honorable club amateur, ballotté entre Fédérale 1 et 2. Un rebond bienheureux : "J’ai alors découvert le rugby que tout le monde décrit, celui qui est convivial et enrichissant. Je me suis posé la question, à un moment : est-ce que je retente le coup plus haut, au Racing par exemple ? Mais à côté, j’avais d’autres plans : je voulais devenir psychologue et j’avais commencé l’écriture. J’oscillais entre tout ça." Après trois ans au stade Jean-Moulin, il tente le grand saut. De l’autre côté de l’Atlantique : "Je suis parti pour intégrer une école de théâtre à New York. En parallèle, je jouais avec les Old Blues, une équipe locale. Je ne savais même pas qu’il y avait un championnat. J’y allais juste pour le plaisir à la base mais ça m’a mené loin : il y avait des voyages dans toute la conférence Est et même jusqu’à San Francisco. Et j’étais logé. C’était pratique car je n’avais pas de pognon. Je me suis retrouvé avec un Sud-Africain, un Anglais et même un international moins de 20 australien." Cette aventure américaine ouvre son horizon, à tous points de vue : il y complète sa panoplie d’acteur et y découvre une autre approche de son sport. "Je côtoyais des mecs passés par le foot américain. Ils n’avaient aucune technique mais ils arrivaient à la vitesse maximale en quatre secondes. Et je revois encore les mecs se doper juste avant les matchs, à la créatine, à l’éphédrine… C’était vraiment un autre monde et une sacrée expérience."

En 2010, il revient dans les Hauts-de-Seine pour un baroud d’honneur tristement mémorable sur les pelouses : "C’était l’horreur. J’entre en cours de match à Annecy et, sur une relance, je me fais intercepter une passe sautée. C’était le dernier match avant celui qui a scellé la descente. Je n’ai plus rejoué après." Le choix de la raison en faveur de son autre passion : "Je commençais à écrire des pièces et à jouer régulièrement sur scène. Au niveau des horaires, ce n’était plus compatible avec le rugby. Et je ne pouvais pas prendre le risque de me blesser. C’était voulu." Guillaume Labbé peut dès lors pleinement laisser libre cours à son inspiration. L’étoile montante écume salles et théâtres de la capitale, s’invitant pour la première fois sur un long-métrage, au passage. Ironie de l’histoire, ce baptême cinématographique se tient dans un vestiaire de rugby. En 2010, dans "Toutes nos envies", il joue le rôle d’un espoir de l’équipe du Lou entraînée par Vincent Lindon. Un joli clin d’œil du destin ? Pas franchement : "Ce n’était presque rien, coupe le Parisien pure souche. Un peu de figuration et ça a été grandement coupé au montage." Pis, la vue d’un terrain de rugby le rend désormais tristement nostalgique : "Quand j’ai raccroché, j’ai complètement coupé. J’ai arrêté de regarder le Top 14, je n’allais même pas voir les copains. ça me déprimait. Je n’ai jamais vraiment fait le deuil de tout ça. J’aurais kiffé être pro, je m’en rends compte avec le recul. Ça restera un regret. Chaque année, d’ailleurs, je me posais la question de reprendre, d’autant plus que Surenes avait un ambitieux projet. Mais bon, ça ne s’est pas fait."

"sans le rugby, je n’aurais pas été acteur"

Paradoxalement, ce passé et ce passif le portent dans sa seconde quête : "Je me dis que si je n’avais pas commencé par le rugby, je n’aurais sûrement jamais osé partir sur un métier passion comme acteur. Je me rappelle encore la première fois que j’ai touché du pognon au rugby. Ce n’était pas grand-chose mais ça voulait dire que l’on pouvait vivre d’un truc que l’on aime, avec des gens que l’on apprécie." Le parallèle va bien plus loin entre ces deux professions rêvées : "Le truc qui me marque, ce sont les émotions. à Suresnes, j’avais inscrit une pénalité de cinquante mètres qui nous avait permis d’éviter la descente. C’était tellement fort. Je voulais un métier où je pouvais vibrer autant. Je savais qu’être acteur serait dur. Mais ça valait le coup d’être tenté car ça pouvait m’offrir ce que je désirais. Après être passé à côté d’une carrière dans le rugby, je ne voulais pas que ça m’arrive encore : j’ai compris qu’un peu de talent et d’inspiration ne suffirait pas. Je me suis donc donné à fond." Avec réussite.

Après cinq premières années passées en grande partie sur les planches, Guillaume Labbé change de scène : depuis 2015, il enchaîne les tournages, de la série à succès "Plan Cœur" à "Voyez comme on Danse" de Michel Blanc, en passant, bien sûr, par "Le Gendre de ma vie", signé François Desagnat. Un film comme un écho à son propre parcours : "Le réalisateur ne savait pas que j’avais joué au rugby. Puis, un jour, en discutant, j’ai compris qu’il était un grand fan et je lui ai alors raconté que j’avais joué à un bon petit niveau. Mais comme je n’avais pas touché un ballon depuis des années, je me suis entraîné physiquement et techniquement pendant deux mois pour ne pas être ridicule." Le tournage au centre d’entraînement du RCT reste un de ses moments les plus forts vécus en coulisses : "J’ai eu honte, confie l’ancien espoir du Stade français. Je me revois en train de me cacher pour chialer. Le fait de revenir dans un vestiaire, de sentir l’odeur, ça m’a bouleversé. Mais le reste, j’ai adoré : connaissant Fabrice, j’ai pu participer à plusieurs entraînements avec les pros, rencontrer Vincent Clerc, monter dans le bus, venir sur un match… Disons que c’était un sentiment doux amer à l’arrivée."

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