Novalpina, le nouveau fond d'investissement qui s'intéresse au Top 14

  • Stephen Peel, Novalpina capital. Stephen Peel, Novalpina capital.
    Stephen Peel, Novalpina capital. Novalpina capital - David Bebber
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Riche semaine, mille sabords ! Des drôles de tractations entre la ligue et la fédé à l'arrivée dans le "game" d'un nouveau fond d'investissement, il s'est passé, ces jours derniers, des milliers de choses dans les coulisses du monde ovale...

Convenez que le timing avait de quoi surprendre. Lundi, soit la veille de la réunion entre la Ligue et la Fédération au sujet du financement du championnat National, le président de Blagnac (Fédérale 1) Frédéric Michalak publiait une lettre ouverte sur les réseaux sociaux, une missive au fil de laquelle l’un des ambassadeurs de France 2023, historiquement proche de Bernard Laporte, regrettait que « les clubs pros » refusent de prendre en charge (financièrement, ici s’entend) une partie de la compétition, qui incarnera dès septembre l’étage intermédiaire entre la Fédérale 1 et le Pro D2.

Y avait-il donc, comme laisse à croire Michalak, les méchants de la Ligue d’un côté et les gentils de la FFR de l’autre ? Si l’on pouvait regretter, comme lui, que la Ligue ait d’abord opposé une fin de non-recevoir à la proposition fédérale concernant le financement du National, on pouvait également entendre les arguments présentés au départ par les cadres de la LNR à Serge Simon, à savoir que la crise actuelle avait placé la Ligue dans une telle situation économique qu’il lui était, à l’heure actuelle, « impossible » de produire le moindre effort. Et puis, ce serait oublier les 5,75 millions de contribution du monde pro aux amateurs.

Goze : "La confrontation ne m'aurait pas déplu mais..."

Comme souvent en politique, les négociations entre Ligue et Fédération ont été âpres et longues. Elles ont finalement débouché, mardi soir, sur un compromis, à savoir un partage équitable du coût de l’organisation de la compétition (1,3 million d’euros), un engagement portant uniquement sur l’année de lancement du championnat National. En contrepartie, la FFR acceptait de ne pas faire appel à son « 49.3 » à elle, soit la loi relative à « l’intérêt supérieur du rugby » qui aurait nécessairement abouti aux promotions de deux clubs de Fédérale 1 dans un Pro D2 alors élargie à dix-huit clubs.

Posons-nous la question : est-ce un camouflet pour la Ligue ou du « win-win », comme semblaient le présenter certains ténors du rugby pro lors de la réunion des présidents tenue mercredi soir en visioconférence ? La vérité doit probablement se situer au milieu et à ce sujet, Paul Goze aurait donc lâché ceci à ses pairs : « Messieurs, je parle ici en mon nom : à moi, Paul Goze, la confrontation (avec la FFR) ne m’aurait pas déplu. Mais je ne suis pas là pour faire des choix personnels. Je suis là pour défendre les intérêts généraux de la Ligue et je crois que la majorité des clubs n’aurait pas été pour qu’on se lance dans une nouvelle procédure contre la fédé, surtout dans la difficile période que nous traversons. L’enjeu n’en valait pas la chandelle. Nous avons donc trouvé cet arrangement avec la FFR. » Entre la Ligue et la Fédé, la querelle au sujet du National en restera là. Sur cette thématique au moins, il n’y aura pas de rebond judiciaire. Dieu soit loué ?

Calendriers : rendez-vous le 15 Juin à Dublin

Passé le point central de la dernière réunion des présidents, la conversation aurait alors rebondi sur l’accord entre la Ligue et Canal + (une avance sur trésorerie concédée par le diffuseur afin d’éponger les dettes actuelles) et, surtout, la réforme du calendrier international : le 15 mai dernier, nous vous annoncions sur notre site, Rugbyrama.fr, que World Rugby planchait sur une refonte du calendrier ayant, si elle se concrétisait dans les semaines à venir, un impact colossal sur les programmes du Top 14 et du Pro D2, soudainement contraints de débuter leur saison en janvier et de jouer quasiment tout l’été. La LNR étant conviée à la prochaine réunion de World Rugby, le 15 juin à Dublin, Paul Goze a donc demandé à cinq présidents du Top 14 et cinq patrons de Pro D2 de constituer un groupe de travail afin de plancher sur le nouvel ordre du monde et, surtout, de débarquer au meeting du 15 juin armé d’un argumentaire défendant les intérêts du rugby professionnel français. World Rugby l’écoutera-t-il ? Ou alors, Bill Beaumont passera-t-il en force comme il en aurait a priori le droit ? Difficile à dire. De ce que l’on sait, le projet présenté vendredi soir ne pourrait pas voir le jour avant la Coupe du monde 2023 en France, dont les dates seraient alors chamboulées.

D’un autre côté, les fédérations du Sud mettent une telle pression sur World Rugby pour que les deux hémisphères soient rapidement alignés que l’on pourrait s’attendre à tout moment à ce que les All Blacks, le fleuron du « produit rugby », fassent sécession avec l’ordre actuel du monde. Là aussi, les prochaines négociations entre les ligues (le Top 14, le Premiership anglais et la Ligue celte) et l’institution reine s’annoncent donc acharnées. Un verdict se dessine d’ici à une dizaine de jours.

CVC n'est pas seul... Boussuge joue les intermédiaires... 

À l’heure actuelle, les responsables de la Ligue Nationale de Rugby sont toujours en pourparlers avec le gouvernement afin que celuici aide les clubs professionnels à supporter l’impact économique lié à la crise du Covid-19 et, surtout, à éponger les dettes qui lamineraient la trésorerie des clubs en cas d’un huis clos prolongé, à la reprise. Selon nos informations, le ministère de l’Economie, qui a visiblement d’autres priorités, ne serait plus favorable au fait d’accorder au monde du rugby des exonérations de charges salariales permettant aux clubs une économie de plusieurs dizaines de millions d’euros. « Les discussions se durcissent à ce sujet », a d’ailleurs expliqué Paul Goze à ses pairs, mercredi soir.

Dès lors, comment les clubs et leur mère pourraient-ils échapper au krach ? « En ouvrant la porte aux fonds d’investissement, nous confiait en début de semaine un président de club. Ceux-ci ont en effet compris qu’en l’état actuel, il y avait des coups à réaliser sur le marché du sport… » À ce sujet, CVC (le géant ayant acheté en partie le Tournoi des 6 Nations, la Ligue Celte et le Premiership) est toujours intéressé pour investir dans le Top 14 et ainsi incorporer le rugby professionnel français, le dernier bastion se dérobant à ses charmes. Plus étrange, il nous est récemment revenu aux oreilles une autre information : il y a peu, l’ancien ailier de Montpellier Jacques Boussuge (désormais dans la finance) aurait rencontré les présidents des sept clubs les plus influents du rugby hexagonal (Toulouse, Lyon, Bordeaux, le Racing, Clermont…) afin de leur annoncer que le fonds d’investissement Novalpina, basé a Londres et détenu par le richissime homme d’affaires Stephen Peel, souhaitait injecter plusieurs centaines de millions d’euros dans l’économie du rugby professionnel français. Mais sous quelle forme, au juste ? Pour l’instant, les présidents sondés par Boussuge ne seraient pas convaincus du bien-fondé du projet et réserveraient encore leur réponse.

Parallèlement à ça, des rumeurs prêtent toujours à Paul Goze et Emmanuel Eschalier plusieurs rencontres avec les représentants de CVC France. Dès lors, qui croire ? Et que penser de ces géants de la finance s’intéressant de plus en plus au rugby français ? Quand certains les envisagent comme les émissaires de Satan, d’autres voient en eux les bienfaiteurs messianiques d’une économie en détresse…

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