Entretien avec Anthony Jelonch, enfant de la terre

  • "à 7 ans, je conduisais déjà le tracteur !"
    "à 7 ans, je conduisais déjà le tracteur !"
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S’il est plus que jamais impliqué dans sa carrière de rugbyman professionnel, le troisième ligne castrais l’a toutefois toujours conjuguée avec son attachement très fort à sa terre, le Gers. L’international aux deux sélections nous la raconte, entre souvenirs d’enfance et hypothèse de reconversion…

Étant fils d’agriculteur, quel est votre lien à la terre ?

J’ai grandi dans la ferme. À 5 ans, je travaillais déjà avec mon père et je conduisais le tracteur à 7 ou 8 ans !

Ce n’était pas un peu tôt pour conduire un tel engin ?

C’est comme ça à la campagne ! Malgré mon âge j’étais déjà suffisamment grand et costaud pour le faire, donc c’est venu comme ça. En fait, j’ai commencé à le conduire à partir du moment où mes pieds arrivaient aux pédales. Mais déjà à 3 ou 4 ans, je tenais le volant sur les genoux de mon père. J’ai été bercé là-dedans. Je me suis donc naturellement orienté vers ce domaine, et j’ai ensuite fait toutes les études nécessaires pour devenir agriculteur. J’ai fait un Bac Pro SDE, Section Dominante Élevage à Mirande avant de devoir arrêter mes études en agriculture à cause du rugby, car j’ai rejoint le centre de formation de Castres. Mais s’il n’y avait pas eu le rugby, je serais certainement agriculteur à l’heure actuelle.

Votre père est donc éleveur ?

Oui, du moins il l’était. Il élevait des vaches, des Blondes d’Aquitaine juste à côté de Vic-Fezensac dans le Gers. Mais aujourd’hui il a arrêté l’élevage et possède des terres qu’il utilise pour faire du fourrage et du bois de chauffage. Il a de la vigne aussi, mais il l’a louée. Donc il se concentre sur le foin et le bois. Il possède 60 hectares de terre qu’il a récemment "passés en bio", c’est-à-dire qu’il a semé du trèfle ou de la luzerne pour reposer la terre. Mais d’ordinaire il cultive et vend son fourrage.

Vous aidez donc votre père sur l’exploitation quand vous y retournez ?

Oui, je n’ai pas perdu la main là-dessus. J’ai d’ailleurs passé tout mon confinement avec mon père sur la ferme et c’était du bonheur…

Qu’avez-vous fait ?

Cette année, on a ressemé du trèfle sur toute l’exploitation, et ensuite on a fait du bois de chauffage pendant un bon mois. Mon père possède des fendeuses. Il achète du bois dont les menuisiers ne se servent pas pour en faire du bois de chauffage. C’est mon père le chef, moi je ne suis que l’ouvrier !

Son métier d’éleveur a toutefois orienté votre carrière quand vous étiez jeune, car vous auriez pu jouer à Clermont…

C’est vrai. Nous étions montés avec mon père faire des essais à l’ASM, alors que j’étais encore jeune. Cela avait plutôt bien marché, le club voulait me prendre. Et puis mon père refusa leur offre, en disant qu’il ne pouvait pas déplacer le troupeau jusqu’en Auvergne et qu’on allait rester dans le Gers ! J’avais signé à Auch à l’époque. Cela a donc forcément guidé mes choix, et de mon côté j’ai toujours cherché à ne pas trop m’éloigner… Et puis on est gâtés dans le Sud-Ouest, on trouve plusieurs clubs performants à deux heures de route.

Aujourd’hui, quel impact à cet attachement à la terre sur votre carrière ? Vous verriez-vous par exemple vivre en région parisienne, et jouer au Stade français ou au Racing 92 ?

C’est vrai que je suis très attaché à mon chez-moi. Ma famille, mes copains… On est comme ça par chez nous. Je ne sais pas si je serais heureux loin de tout ça… S’il fallait vraiment, j’irais, mais cela serait pour moi difficile de ne pas pouvoir rentrer chez moi quand je veux. Depuis Castres, je ne suis qu’à deux heures de chez moi. Je ne peux pas m’en passer…

Quel effet vous fait la campagne gersoise ?

Elle me fait du bien. En vacances, je n’ai jamais besoin de partir loin. Je reste chez moi. À la rigueur je pars trois jours à Biarritz mais c’est tout. Je veux profiter de tout le monde. Après, je ne vais pas vous mentir : je ne suis pas un adepte de la chasse comme c’est le cas pour beaucoup de mes coéquipiers au CO ou de grandes balades en forêt. Par contre, je suis très attaché à chez moi.

Y songez-vous pour votre après-carrière ?

C’est encore très loin, et je ne sais pas ce que je ferai dans dix ans. Pour l’heure, j’espère jouer le plus longtemps possible et faire une belle carrière. Mais je ne sais pas si je reprendrai l’exploitation de mon père à plein temps ou si j’aurai d’autres choses à côté. C’est un métier qui demande beaucoup de connaissances, d’expérience et de savoir-faire. Même si j’ai été élevé là-dedans, ce n’est pas facile d’y revenir quand on a coupé pendant quelque temps. Je devrais m’y remettre sérieusement même si j’imagine que cela reviendra vite.

Votre père vous parle de reprendre son flambeau ?

Il m’en parle, mais je ne sais pas de quoi l’avenir sera fait. C’est une possibilité en tout cas. Je crois que je préférerais la vigne ou le bois de chauffage à l’élevage. Les animaux représentent beaucoup de contraintes et de responsabilités : il faut y être en permanence, et il est impossible de partir trois jours.

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