Daniel Kotze, l'agriculteur moderne

  • Quand il rentre dans son pays natal, Daniel Kotze se rend sur l’exploitation familiale comme ici avec son fils Mattheo. Mais en temps normal, il la pilote de son ordinateur, à Castres, où il surveille la croissance des taureaux de race Brahman, reconnaissables à la bosse qui surmonte leur garrot.
    Quand il rentre dans son pays natal, Daniel Kotze se rend sur l’exploitation familiale comme ici avec son fils Mattheo. Mais en temps normal, il la pilote de son ordinateur, à Castres, où il surveille la croissance des taureaux de race Brahman, reconnaissables à la bosse qui surmonte leur garrot.
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Parallèlement à sa carrière de rugbyman que le pilier tricolore aux 5 sélections compte achever au terme de la prochaine saison, Daniel Kotze gère également à distance une exploitation de bovins chez lui, en afrique du sud. Rencontre avec un agriculteur pas comme les autres...

Quiconque connaît un tant soit peu Daniel Kotze sait que le personnage possède plusieurs facettes. Il y a déjà l’homme, charmant, humble, poli et respectueux, qui prend toujours le soin de vous demander de vos nouvelles. Une facette qui dénote avec celle du rugueux joueur, bien connu et craint de ses adversaires qui, en 2018, a régné sur les mêlées et les rucks du Top 14 jusqu’à soulever le Brennus au Stade de France. Et enfin une dernière facette, multiple : celle du fermier, de l’informaticien, de l’homme d’affaires, du scientifique ou du gestionnaire. Au vrai, on aurait du mal à la qualifier tant le droitier castrais cumule toutes ces compétences pour exercer son deuxième métier, celui d’exploitant agricole d’une ferme de bovins.

L’originalité, c’est que le droitier tricolore (5 sélections) est un agriculteur version 2.0 puisque sa ferme se trouve à Senekal, à 200 kilomètres au nord de Bloemfontein, en plein cœur de l’Afrique du Sud et qu’il la pilote quotidiennement à distance ! Aussi surprenant que cela puisse paraître, Kotze est donc un agriculteur qui fait du télétravail. Mais contrairement au nôtre, celui-ci n’est pas contraint par lecovid-19 : "Cela fait dix ans que je me suis associé à mon père, qui est vétérinaire, pour reprendre cette ferme. Elle s’étend sur 860 hectares et compte environ deux cents bovins. C’est une taille moyenne en Afrique du Sud, où les exploitations de ce type vont de 100 à 10 000 hectares. Nous ne voulons pas faire trop grand pour faire la meilleure qualité possible", explique-t-il dans un français irréprochable.

"Les bovins, c’est comme les rugbymen !"

Alors, comment diable peut-on gérer une telle entreprise de si loin ? Avec la magie d’Internet : tous les matins, Daniel Kotze s’installe devant son ordinateur à Castres et épluche un nombre incalculable de données. Grâce à une multitude de webcams réparties dans toute l’exploitation, il veille sur les troupeaux, et analyse une batterie de données : poids des bêtes, quantité de suppléments alimentaires consommés quotidiennement, masse grasse… Et le pilier de lâcher, dans un éclat de rire : "élever des bovins, c’est comme entraîner des rugbymen ! Tu surveilles leur poids, ce qu’ils mangent, leur état de forme…" à y regarder de plus près, c’est vrai que le travail de Daniel Kotze consiste à former des athlètes : l’objectif de l’exploitation est de produire les meilleurs taureaux d’un point de vue génétique, afin de les revendre pour que ces derniers aillent féconder les vaches d’autres fermes : "Un bon taureau peut significativement augmenter le capital génétique d’un troupeau car il se reproduit entre trente et trente-cinq fois par an. à l’inverse, un mauvais taureau peut être catastrophique pour une exploitation. Sur 140 veaux mâles, 90 % seront vendus pour leur viande et 10 % seront gardés pour la reproduction. Parmi ces quatorze taureaux, on en trouve généralement un seul excellent. Celui-là, on garde sa sœur et sa mère, pour conserver le capital génétique."

Éleveur de champions
Éleveur de champions

Aussi passionné que passionnant, le pilier détaille toutes les subtilités de son métier, les soins aux bêtes, la gestion des terres, la vaccination, les compléments alimentaires, la gestion du climat, l’anticipation… et aussi le respect de la nature : "Le tout, c’est de trouver l’équilibre pour que l’exploitation soit durable. Par exemple, une vache a besoin de 5 hectares pour se nourrir correctement et il faut laisser reposer les terres si l’on veut conserver la banque de semence des sols. Si l’on veut aller plus vite ou plus fort que la nature, on le paie tôt ou tard. J’ai d’ailleurs vu des reportages dénonçant l’exploitation de bovins. Bien sûr, certains entassent leurs vaches sur des terres trop petites et les gavent de maïs : c’est catastrophique pour l’écologie. Mais c’est comme tout, si on respecte la nature, c’est possible."

Des paroles sages, d’un homme sensé et responsable. Un homme qui se trouve à la fin d’un voyage, celui de rugbyman : "Oui, j’ai pris ma décision. J’ai basculé sur la suite et ce sera ma dernière saison. Je me sens en grande forme donc je veux qu’elle soit la plus belle possible. Mais après, je rentrerai m’occuper de ma ferme." Un voyage qui l’a mené jusqu’à Castres, où il a fini par poser ses valises en 2016 après une saison aux Cheetahs, deux à Aurillac puis cinq à Clermont, mais qu’il n’imaginait pas aussi long : "Quand j’ai terminé mes études d’ingénieur mécanique en Afrique du Sud, je me suis dit : "OK, allez je joue sérieusement un ou deux ans au rugby puis je cherche du boulot." Je n’avais pas prévu une carrière et encore moins aussi loin de chez moi ! Mais cela fait douze ans que ça dure…" Une fois la prochaine saison achevée, le gentil géant regagnera donc sa ferme, ses taureaux atypiques et ses paysages superbes. Mais il pourra quitter la France avec la fierté et le sentiment du devoir accompli…

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