Urios : « On s'est fait éclater en vol par un truc incroyable » (2/2)

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Manager de l’Union Bordeaux-Bègles même si elle s’effectue dans des conditions forcément particulières, le boss de l'UBB, Christophe Urios, nous parle de la reprise de son club, qui fut stoppé dans son élan par la crise du covid-19. Avec le franc-parler qui le caractérise, le champion de France 2018 évoque aussi ses relations avec les autres managers, la baisse des salaires, Le recrutement de Ben Tameifuna, le départ du phénomène Radradra, sa vie d’après, et flingue ceux qui mégotent sur les contraintes d’une carrière de rugbyman professionnel. Attachez vos ceintures, ça déménage.

Avez-vous retrouvé une vie normale ?

Pas encore, car nous n’avons pas l’ensemble des joueurs sous la main. Nous sommes dans la phase 2, qui s’étend du 11 au 27 juin. Ce qui signifie que nous travaillons avec une multitude de petits groupes de joueurs… Ça va, ça vient, ça rentre, ça sort… C’est Disneyland ici ! En tout cas, mes horaires de travail commencent à se rapprocher de la normalité : j’arrive au bureau le matin, j’en pars le soir et ce n’était pas le cas jusqu’à maintenant. Il n’en reste pas moins que mes joueurs, le rugby et la préparation au quotidien me manquent encore. Il faut être patient, cela va venir. La vraie reprise sera au mois de juillet, avec le lancement de la phase 3.

Quel est votre agenda des semaines à venir ?

Après cette phase 2, nous aurons une semaine "off", puis on reprendra le 13 juillet par la phase 3, qui sera celle du rugby. Nous aurons une autre semaine "off" début août, puis on entrera dans la phase 4, celle des matchs de préparation.

À quoi ressemblent les semaines de l’UBB ?

Nous avons fait le choix d’un fort volume d’entraînements et nous avons onze groupes de quatre joueurs à faire travailler. Donc ça commence à 8 heures et ça finit tard… Pour les quinze prochains jours, on est sur un rythme de neuf entraînements par semaine, avec une demi-journée de repos toutes les trois séances. Par exemple, on a deux entraînements le lundi, un le mardi matin, puis repos le mardi après-midi. Et ainsi de suite, avec le samedi après-midi et le dimanche de repos.

Comment appréhendez-vous ce travail avec des mini-groupes de quatre, totalement inédit jusqu’alors ?

Il est intéressant car on travaille vraiment en profondeur. Après, c’est délicat en termes de gestion car l’ensemble du staff est très sollicité. En revanche, c’est très utile sur le suivi du joueur et la qualité du travail. Cette semaine, nous avons intégré les skills, notamment les spécifiques aux postes de demi de mêlée et de talonneur sur les journées de lundi, mercredi et vendredi. Les autres jours, on fait des skills généraux. La semaine prochaine, on ajoutera le jeu au pied, et ainsi de suite…

En quoi consiste le travail physique ?

Nous sommes repartis sur un travail de course, basique. On ne peut pas faire de "fitness games", donc on travaille sur une reprise en douceur, mais avec des accélérations et des changements de direction. Le gros du travail se situe au niveau de la musculation : on est à six séances de muscu par semaine. Il faut renforcer les mecs, c’est là où ils ont le plus perdu. Il faut refaire de la viande ! On sera prêts dans trois semaines. Pour l’heure, 80 % de nos joueurs sont dans une condition acceptable. Beaucoup sont même mieux à ce jour qu’ils ne l’étaient à la reprise de l’année dernière.

Durant le confinement, vous nous aviez confié beaucoup réfléchir à ce que vous diriez lors de la première réunion de reprise avec vos joueurs. L’avez-vous donnée ?

Non, pas encore. Ce sera pour juillet. Pour l’heure, on fait des réunions en visio par Zoom, mais cela n’a rien à voir avec le présentiel. Il n’y a pas d’émotion, rien… Au moins, cela permet de faire passer des infos. Nous avons donc profité de ce mois de juin pour instaurer une réunion visio par semaine, le vendredi à 18 heures pour travailler sur la cohésion, présenter nos futurs Bacchus (challenges sportifs de cohésion de présaison, N.D.L.R.), ou faire intervenir des gens, comme le préparateur mental Christian Ramos mercredi dernier. Le prochain sera Manu Mayonnade, un handballeur girondin qui est devenu, en décembre dernier et à 36 ans, champion du monde à la tête de l’équipe de hand féminin des Pays-Bas.

Franck Azéma et Pierre Mignoni proposaient d’échanger et de faire des interventions, pour gérer au mieux le confinement. J’ai trouvé que c’était une très bonne idée, que c’était intéressant. Seulement… je n’avais pas envie d’échanger avec certains mecs

On imagine que Zoom ne doit pas vous plaire…

Disons plutôt que cela rend service ! Après, on ne ressent rien. Tu ne sais pas si les mecs t’écoutent ou quoi… Il n’y a aucune vibration. C’est assez descendant aussi… Dans ces périodes, on aurait besoin de modes plus participatifs mais ce n’est pas facile de prendre la parole devant un ordi quand on est cinquante en même temps…

Comment sentez-vous vos joueurs ?

Plutôt bien. On efface petit à petit cette frustration de la saison dernière, on est dans le rebond. Il va maintenant falloir faire en sorte de le contrôler. On s’est fait éclater en plein vol par un truc incroyable, alors qu’on était lancés sur la fin de saison. Le mystère restera entier sur l’issue de celle-ci… Mais quand je parle de contrôle, je dis qu’il va falloir vouloir les choses plutôt que de les espérer. Il faudra vouloir reconstruire tout ce que l’on a fait l’année dernière. L’autre truc, c’est qu’il va falloir accepter de reprendre à zéro, de reprendre les fondamentaux, les apprentissages, etc. Un peu comme un joueur blessé qui retrouve le terrain. Enfin, le troisième point porte sur l’intime et les ambitions individuelles des joueurs. C’est pourquoi j’ai prévu de tous les voir en entretien, avant la semaine de vacances d’août.

Vous appuyez-vous sur la saison dernière ou tournez-vous complètement la page ?

Nous sommes en train de la solder… Même si ce n’est pas facile, quand on ne peut pas se rencontrer collectivement. Nous avons fait passer un questionnaire qui les a invités à réfléchir sur leur saison. Je suis en train de l’exploiter et il constituera le point de départ de notre projet sportif. On doit solder cette saison dernière le mieux possible, avant de passer à autre chose.

L’UBB sera forcément plus attendue l’année prochaine. En avez-vous parlé avec vos joueurs ?

L’UBB sera plus attendue, c’est certain. Ce sera plus difficile, probablement. Je ne l’ai pas encore abordé. Pour le faire, j’aurais besoin de les avoir en face-à-face car cela fera partie des points importants du projet sportif. Une chose est certaine, il faudra accepter de repasser par les fondamentaux : accepter le projet, travailler sur la cohésion, être exigeant, se faire mal ensemble, etc. C’est un grand défi pour nous. Mais on a tellement envie de vivre…

Avez-vous appris des choses sur votre groupe pendant le confinement ?

Je l’ai trouvé engagé, responsable. À leur retour au centre d’entraînement, on a vite constaté que les mecs étaient préparés. Idem pour mon staff, qui a été très engagé. On était tellement sûrs de reprendre qu’on avait continué à se préparer, pour maintenir la dynamique. Et puis non… Mais je l’ai vite revu quand on s’est retrouvé après le déconfinement.

On sait aussi que durant le confinement, des entraîneurs de Top 14 ont créé un groupe Whatsapp afin que tous les managers du championnat puissent échanger. Vous êtes le seul à avoir décliné l’invitation. Pourquoi ?

Franck Azéma et Pierre Mignoni proposaient d’échanger et de faire des interventions, pour gérer au mieux le confinement. J’ai trouvé que c’était une très bonne idée, que c’était intéressant. Seulement… (il marque une pause) je n’avais pas envie d’échanger avec certains mecs. Donc je n’y suis pas allé. Je m’entends bien avec une majorité de managers du Top 14 et j’aurais adoré échanger avec certains… Mais pas avec d’autres. C’est comme ça. C’est tellement un monde de faux culs… Plutôt que de créer une mauvaise situation ou de me faire ch…, je n’y suis donc pas allé.

Ce choix n’est pas anodin. Ne craignez-vous pas de vous mettre à la marge vis-à-vis des autres managers, alors que vous êtes en désaccord avec seulement quelques-uns ?

C’est vrai, mais je ne calcule pas. Je ne me dis pas : "je vais y aller, sinon cela me donnerait une mauvaise image". Je ne suis pas comme ça. Dans cette période, il y avait des tronches que je n’avais pas envie de voir. C’est tout.

Les clubs de Top 14 travaillent à l’heure actuelle sur une baisse des salaires. Où en sont les choses à l’UBB ?

C’est en cours. Un groupe de leaders s’est mis en place parmi les joueurs, trois d’entre eux vont échanger avec Laurent (Marti, le président de l’UBB). Les échanges sont plutôt courtois. Il y aura un autre échange jeudi et j’espère que cela va être soldé car c’est important.

Cela vous embête, en tant que manager, de savoir cette question en suspens ?

Oui, mais en même temps je suis quand même assez surpris que des clubs de Top 14 soient allés aussi vite sur cette question. Quand je regarde le monde autour de moi, je trouve incroyable que des clubs se soient positionnés aussi rapidement car, in fine, on ne sait pas comment cela va évoluer. L’idéal, ce serait de faire le point en septembre. À ce jour, on imagine des choses. Rien de plus. Donc cela ne me gêne pas que ça soit en cours. Je trouve que les joueurs ont été responsables, ils ont compris qu’il fallait attendre un peu. Les choses semblent allées dans le bon sens. On pense à faire revenir du monde au stade mais cela ne va pas plus loin. Quand je lis la presse, j’ai l’impression que les baisses de salaires se situent davantage autour de 30 ou 35 % que de 15 % En tout cas, la baisse sera la même pour le staff et les joueurs. C’est logique.

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