Urios : « Personne n'enfile un costume de superman quand il entre sur le terrain » (1/2)

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Manager de l’Union Bordeaux-Bègles même si elle s’effectue dans des conditions forcément particulières, le boss de l'UBB, Christophe Urios, nous parle de la reprise de son club, qui fut stoppé dans son élan par la crise du covid-19. Avec le franc-parler qui le caractérise, le champion de France 2018 évoque aussi ses relations avec les autres managers, la baisse des salaires, Le recrutement de Ben Tameifuna, le départ du phénomène Radradra, sa vie d’après, et flingue ceux qui mégotent sur les contraintes d’une carrière de rugbyman professionnel. Attachez vos ceintures, ça déménage.

Quand vos recrues vont-elles arriver ?

Max Lamothe et Pablo Uberti ont déjà repris grâce à des accords passés avec leurs anciens clubs, ils étaient là dès la phase 2. Ensuite, les étrangers arriveront le 1er juillet, à l’exception de Ben Lam qui arrivera le 1er août, une fois qu’il aura terminé le Super Rugby Aotearoa avec les Hurricanes.

Ouais… avec Tameifuna on s’entendra bien ! Le seul truc, c’est que quand Jean-Michel, le cuistot du restaurant de l’UBB, va nous voir débarquer, il va trembler, con !

Quand arrivera Ben Tameifuna ?

Il sera à l’entraînement le 1er juillet. Il rentre le 26 juin, très exactement. Idem pour Joseph Dweba, qui doit arriver aux alentours du 25 ou 26 juin.

L’UBB ne s’était pas vraiment mise en quête d’un pilier droit. Le recrutement de Tameifuna fut-il le fruit d’une opportunité ?

Effectivement, on ne cherchait pas car nous étions complets au poste, avec quatre piliers droits. En même temps, on perdait Peni Ravai à gauche, donc il nous fallait un pilier. Ben peut jouer à gauche, ainsi que Lekso Kaulashvili et Zakaria El Fakir. On a eu cette opportunité avec Ben, que j’avais déjà rencontré deux ans auparavant à Castres. Ce n’était pas passé loin de se faire… J’ai été assez surpris de le voir sur le marché et les choses sont allées très vite. Je le connaissais, il savait comment on travaillait et il avait envie d’une nouvelle aventure.

C’est un joueur qui a aussi eu fréquemment des problèmes de poids, cela ne vous inquiète pas ?

Ouais… (il marque une pause) On s’entendra bien ! Le seul truc, c’est que quand Jean-Michel, le cuistot du restaurant de l’UBB, va nous voir débarquer, il va trembler, con ! (rires)

Tameifuna à gauche et Cobilas à droite, c’est impressionnant…

Ça peut en envoyer certains au fond du bassin d’Arcachon, oui ! (rires) Plus sérieusement, c’est une très belle opportunité et cela renforce notre cinq de devant qui était très dynamique et très coureur mais qui manquait parfois de puissance, dans des conditions difficiles pour le jeu debout, les ballons portés, etc. On va jouer la Champions Cup, qui demande beaucoup d’énergie. Ben la connaît, il l’a jouée. C’est une très belle recrue pour l’UBB. Vous savez, j’ai encore en mémoire la victoire des Springboks à la dernière Coupe du monde. Cette victoire a été rendue possible par le travail d’une première ligne redoutable, tant celle qui démarrait que celle qui entrait en jeu. Même si les tendances semblent indiquer que l’on veut moins jouer les mêlées, je me dis qu’elles peuvent encore faire gagner des matchs. Le recrutement du talonneur des Cheetahs Joseph Dweba s’est aussi fait en ce sens.

Parlez-nous de lui…

Il est très solide (1,75 m, 108 kg). C’est un mec très fort balle en main, qui marque beaucoup d’essais notamment après ballons portés. Et comme on perdait un très bon porteur de balle avec Peni Ravai, il me fallait un joueur pour le remplacer. Il est moins explosif que Peni, en revanche il est plus jeune car il n’a que 24 ans.

Lui aussi risque de faire mal à la cantine…

À nous trois, ça peut faire du bruit, oui…

Ben Lam a marqué le week-end dernier avec les Hurricanes…

C’est un ailier de fort gabarit, qui va très vite et qui est très fort dans les duels. On voulait un joueur décisif, derrière, puisqu’on perdait Semi Radradra. On en a déjà mais il fallait remplacer Semi et le profil de Ben était intéressant.

La perte de Semi Radradra vous inquiète-t-elle ?

Au vu de la saison qu’il nous a faite, on pourrait se dire que son départ fait flipper. Il a été tellement bon… Mais je ne raisonne pas par poste. Ce qui me paraît important, c’est que notre ligne de trois-quarts de cette année soit meilleure que celle de l’année dernière. Malgré le départ de Semi, je crois que c’est le cas. Nous aurons forcément un profil différent mais si nous acceptons de repartir au combat, nous serons plus forts.

Qu’avez-vous à répondre au président de Grenoble, qui vous reproche le recrutement irrégulier du jeune Nathanaël Hulleu ?

Je suppose qu’il a réagi sur le coup de la déception. Je peux comprendre cela, quand tu perds un très bon jeune… Mais nous n’avons pas réagi de cette façon quand nous avons perdu le petit Baptiste Germain, qui va à Toulouse… C’est comme ça. Si le petit Hulleu voulait quitter Grenoble, c’est qu’il ne s’y retrouvait pas trop et je pense aussi que les propos du président sont truffés d’erreurs. Voilà… Je vois aussi que j’ai pas mal de problèmes avec Grenoble, depuis ce titre en 1993 ! J’ai l’impression qu’ils me tombent tous sur la gueule… L’année dernière avec Castres, nous avions gagné là-bas et on nous avait traités de voleurs… Pour en revenir à la question, je pense que c’est sur le coup de la déception.

Qu’avez-vous à ajouter sur la retraite internationale de Jefferson Poirot ?

Tout le monde a un avis sur Jeff… C’est surprenant, certes. On pourrait penser qu’au vu de son âge et de son niveau, il entre dans les plus belles années de sa carrière. Pour moi, il était un élément incontournable de l’équipe de France même si, lors du dernier Tournoi, il a été en difficulté. Il a un profil taillé pour le rugby international. Mais c’est une décision complètement mûrie. Au début, j’avais peur que ce soit un coup de tête, quand il me l’a annoncé en janvier ou février. Finalement, non. C’est réfléchi. Je n’ai pas à me mêler de ce genre de choses. C’est le choix d’un mec, c’est l’engagement d’un garçon. Il est courageux, il porte ses c… illes et il reconnaît qu’il a moins envie qu’avant. Il ne faut pas chercher midi à quatorze heures et dire que le système use les mecs. Ça va…

Vous ne le pensez pas ?

Non. Moi je peux vous citer cent métiers qui usent les mecs ! Il faut arrêter un peu… Être joueur professionnel de rugby, être dans un club d’une ville magnifique, une structure de haut niveau et par-dessus tout ça, jouer pour l’équipe de France, c’est la belle vie quand même ! Et je n’évoque même pas la partie salariale… Je ne parle plus de Jeff là, mais en général. Quand je lis que le rugby essore les mecs… Sans déconner, les maçons ne sortent pas essorés de leurs journées de travail ?

Il y a forcément une usure mentale et physique…

Bien sûr, quand on fait de grandes saisons et que l’on enchaîne avec la sélection. Mais bon… Il y a forcément aussi un moment où l’on coupe.

Que pensez-vous du double projet sportif et professionnel pour les jeunes joueurs et joueuses afin d’assurer leurs arrières ?

Il est fondamental. Je suis pour ça, et je l’ai toujours défendu. Partout où je suis passé, à Oyonnax, Castres, ou ici, j’assiste toujours aux conseils pédagogiques de nos jeunes du centre de formation.

Vous faites les conseils de classe ?

Exactement. C’est important pour moi. Je veux que les jeunes qui s’entraînent avec nous soient exemplaires. Je peux sortir un mec de l’entraînement parce qu’il ne va pas à l’école, qu’il fait le con ou qu’il n’est pas sérieux. Pourquoi c’est fondamental ? Parce qu’il s’agit de la même personne, en classe, dans la vie ou sur le terrain. On n’enfile pas un costume de Superman quand on est sur le terrain. C’est la même personne. Donc si on n’est pas fiable à l’école, on ne le sera pas sur le terrain. Et si l’on n’est pas capable d’absorber le double projet, cela veut dire que l’on ne pourra pas jouer à haut niveau. Les joueurs de haut niveau sont structurés, organisés, sérieux, rigoureux. Et c’est d’autant plus important de le faire quand on est jeune, car ces apprentissages les délesteront d’un poids quand ils passeront pros.

En tant que manager, la réussite scolaire vous prouve que l’individu en question est capable de se prendre en main comme il le ferait sur le terrain ?

Exactement. Savoir s’il est fiable ou non. À ce titre l’organisation à Castres était très bien : ils avaient construit un partenariat avec une entreprise qui faisait des bilans de compétences, ou qui organisait des visites dans des entreprises pour tester des métiers. Ce n’était pas contraint mais les jeunes jouaient le jeu. Les joueurs doivent rester dans la vraie vie. D’autant plus en ce moment, avec tous les dégâts causés par la crise…

Sur le plan personnel, vous venez de vous porter acquéreur d’un domaine viticole…

C’est vrai. Je suis fils de viticulteur et je savais que j’allais revenir dans ce métier dans la deuxième moitié de ma vie. Cela fait déjà deux ou trois ans que j’avance sur ce projet. On m’a proposé plusieurs domaines dans les Corbières, le Maleterre mais j’ai refusé car je suis du Minervois. Et puis j’ai découvert le domaine du château Pépusque, situé chez moi, dans mon village, à Pépieux. C’est là où j’ai passé toute ma jeunesse. Mon père était régisseur de cette propriété, donc cette cave était mon terrain de jeu. Cela a donc du sens. C’est mon rêve absolu.

En quoi consiste le projet ?

Il y a le volet vin bien évidemment, mais pas seulement. Nous avons six hectares de La Livinière, le seul cru du Languedoc. Le deuxième volet est le réceptif, et le troisième, le plus atypique, visera à organiser des conférences sur le management dans cet environnement. Au total cela représente 52 hectares, ce sont des vins du soleil, typiques, avec beaucoup de personnalité qui sont issus des cépages de chez nous c’est-à-dire syrah, carignan, mourvèdre, grenache, etc. Ce qui est intéressant, c’est que j’embauche également mes frères, donc c’est aussi un projet familial, qui me fait revenir à mes sources. C’est une belle histoire.

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