Les Bleus de Galthié

  • À l’été 2010, Fabien Galthié (photo en haut à gauche) a posé ses valises à Montpellier pour y entraîner en compagnie de son copain et mentor Éric Béchu (ci-contre). Les deux hommes vont métamorphoser un club habitué à végéter tout en bas du classement du Top 14. S’appuyant sur une génération dorée - Ouedraogo (en haut à droite), Tomas, Trinh-Duc (en bas à droite, contre le Racing lors d’un match référence en aôut 2010), de joueurs formés au club (Doumayrou, Bérard) ou d’Argentins venus dans leurs bagages (Fernandez, Bustos Moyano, Figallo), les deux hommes vont mener le MHR de Sylvain Mirande (en bas à gauche) au Stade de France pour y disputer la finale (en bas au milieu) dès leur première saison. Une année, où tous auront vécu une aventure humaine hors du commun, comme lors de ce bizutage d’avant-saison à Saint-Girons (en haut au centre). Photos Icon Sport  et collection personnelle
    À l’été 2010, Fabien Galthié (photo en haut à gauche) a posé ses valises à Montpellier pour y entraîner en compagnie de son copain et mentor Éric Béchu (ci-contre). Les deux hommes vont métamorphoser un club habitué à végéter tout en bas du classement du Top 14. S’appuyant sur une génération dorée - Ouedraogo (en haut à droite), Tomas, Trinh-Duc (en bas à droite, contre le Racing lors d’un match référence en aôut 2010), de joueurs formés au club (Doumayrou, Bérard) ou d’Argentins venus dans leurs bagages (Fernandez, Bustos Moyano, Figallo), les deux hommes vont mener le MHR de Sylvain Mirande (en bas à gauche) au Stade de France pour y disputer la finale (en bas au milieu) dès leur première saison. Une année, où tous auront vécu une aventure humaine hors du commun, comme lors de ce bizutage d’avant-saison à Saint-Girons (en haut au centre). Photos Icon Sport et collection personnelle
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Pour sa première saison à la tête du MHR, en 2010-2011, Fabien Galthié a mené le club, avec son compère Éric Béchu, jusqu’à la finale du Top 14 au stade de France. Il a transformé une bande de jeunes formés au club en une véritable équipe pratiquant un rugby à la fois spectaculaire et efficace.

L’histoire s’est mal terminée, devant les prud’hommes en 2018 où le MHR a été condamné à payer 565 071 € à Fabien Galthié. Mais si cette histoire d’amour - comme tant d’autres - a mal fini, elle avait commencé comme un véritable conte de fées ! Août 2010. Au hasard d’une rencontre fortuite sur une aire d’autoroute, Galthié, qui vient tout juste de prendre en mains l’entraînement de l’équipe héraultaise, demande aux envoyés spéciaux de Midi Olympique leur pronostic pour la saison qui s’annonce à Montpellier, alors en route pour Biarritz où le MHR doit débuter en Top 14. Le traditionnel sondage des entraîneurs place sa nouvelle formation parmi les possibles relégués. Galthié s’interroge alors sur son choix et sur le jugement de ses pairs. Curieux, il veut aussi connaître le sentiment des spécialistes du Midol : "Le maintien, au mieux." Galthié prend note et ne commente pas. "Il y avait une forme de logique surtout qu’en interne, le club vivait une très grave crise, passant par deux fois tout près de la cessation de paiements" se souvient aujourd’hui le désormais sélectionneur. "Je me souviens que début septembre, le président d’alors, Jean-Pierre Massine, nous avait indiqués, à Éric et moi, que si on voulait, nous pouvions retrouver notre liberté. Le club ne pouvait plus nous payer." Fabien Galthié avait choisi Montpellier pour travailler avec son ancien mentor à Colomiers, Éric Béchu. "Je venais de scolariser mes enfants. Alors, avec Éric, nous nous sommes dit qu’on allait faire au moins un an." En moins de deux mois, tous deux avaient déjà métamorphosé la partie sportive. Fulgence Ouedraogo, enfant du club, témoigne : "Ils sont arrivés avec des idées différentes, un plan de jeu pour chaque rencontre. C’était inédit pour nous. Surtout, Fabien apportait une exigence nouvelle. Je me souviens encore des répétitions, pendant des heures et des heures, sur le placement et les courses sans ballon. Nous nous posions énormément de questions sur sa méthode. Et puis, on n’avait pas l’habitude de se faire engueuler autant !" Galthié explicite, neuf ans après : "L’enjeu était de leur apprendre à se déplacer face à la défense, à ne plus être obnubilés par le ballon mais de s’en détacher pour ne plus courir après lui et d’anticiper les choses."

Une combinaison nommée "Samu"

La révolution est en marche, le chantier rugbystique immense. Au départ, Galthié, qui vient de passer deux ans en Argentine, avoue ne pas connaître le prénom de la plupart de ses joueurs. Il est venu avec trois Argentins sur son porte-bagages, qui vont devenir des personnages centraux dans l’équipe. "Martin Bustos Moyano est devenu le grand buteur qui manquait à cette équipe ; Santiago Fernandez était le pendant de François Trinh-Duc à la charnière et avec Juan Figallo, nous avions l’un des meilleurs piliers gauches au monde", détaille celui qui est revenu dans le giron international, en prenant en mains le XV de France.

Le duo Galthié-Béchu bouleverse le quotidien des jeunes Montpellierains et brusque parfois le vestiaire. "Je n’avais pas d’histoire, ni de passif avec ce groupe. J’ai fait jouer ceux que j’estimais les meilleurs", justifie-t-il. Dès le départ, il fait donc sa sélection. Non sans quelques heurts. "Il est tombé sur un groupe très soudé. Avec Éric, ils nous ont apporté une très grande plus-value technique mais ils ont eu la chance de ne pas avoir à s’occuper de la cohésion. Des gars qui ont été vite écartés. Pourtant, les Petit, Kuzbik ou Macurdy ont été aussi importants dans la réussite de cette saison, par leur implication dans la vie hors du terrain", affirme le centre Sylvain Mirande, qui reconnaît que cette année 2011 et son final au Stade de France resteront comme "le point culminant de ma carrière".

Sportivement aussi, la greffe ne s’était pas faite sans quelques interrogations. Elles peuvent être symbolisées par la combinaison nommée "Samu". Galthié en révèle la genèse : "C’est un lancement qui devait nous permettre de franchir en première main, où les deux centres devaient avoir une course inversée à l’arrivée du ballon et le porteur avait plusieurs options pour le transmettre. François Trinh-Duc m’avait demandé de la baptiser ainsi car il était persuadé que cela allait envoyer celui qui était censé franchir à l’hôpital." Pourtant, cela deviendra l’une des armes offensives prioritaires. "On n’y croyait pas, c’est vrai. Nous étions même très sceptiques mais quand on l’applique lors du premier match de la saison à Biarritz, l’ailier Jean-Mathieu Alcade termine au milieu des perches. La semaine suivante, face au Racing, c’est encore sur une "Samu" que Geoffrey Doumayrou marque l’essai du break", affirme Mirande. Le MHR en fera une arme dévastatrice avant qu’elle ne soit disséquée par la vidéo. Cette rencontre face au Racing sera d’ailleurs fondatrice de l’osmose du groupe et de son staff. "Jusqu’à cette victoire, ils nous prenaient pour des fous avec Éric !", dixit Fabien Galthié. "C’est vrai que le vestiaire se posait beaucoup de questions. On courait beaucoup aux entraînements, ils avaient bouleversé nos certitudes et nos axes de travail, admet Ouedraogo. Lors des matchs amicaux, cela avait été compliqué. À Biarritz, on ne voit pas le jour en première période. À la pause, on avait déjà perdu. Et puis, le match face au Racing est arrivé…". Cette première rencontre à domicile, face à l’un des cadors du championnat de l’époque, marque un premier tournant. "Même si le stage de présaison à Saint-Girons avait posé les bases, après ce succès, c’était parti !", selon Galthié.

Fin septembre, après des victoires retentissantes sur Toulouse mais aussi à Perpignan et Agen, le MHR est leader !

Le retour des bannis

Le duo Galthié-Béchu se révèle complémentaire. Les deux amis, complices dans la vie, forment un staff extrêmement performant. À Galthié, le mouvement général, le système défensif et l’animation des séances d’entraînement. Sans oublier le rôle de père Fouettard, lors des séances vidéos. Julien Tomas relate : "Il m’est arrivé de passer l’intégralité du voyage retour en bus, assis à côté de Fabien pour débrieffer précisément mon match et mes six options de sortie de rucks. Mes partenaires se fendaient la poire, au fond, conscients que je passais un sale quart d’heure. En matière de numéro 9, il est exigeant et connaît son sujet." Béchu, lui, supervise les phases de conquêtes et une proximité plus importante avec les joueurs. "Éric savait faire passer les messages tout en rondeur, en plus d’être très compétent sur la mêlée fermée et la touche", glisse Michel Macurdy, ex-capitaine déchu par le duo Galthié-Béchu au profit de son compère Fulgence Ouedraogo. Symbole du travail de formation du club, ce dernier, alors titulaire chez les Bleus, effectuera également une saison tonitruante avec le MHR ! Jusqu’à devenir indispensable et jouer la finale sous infiltration, pour cause de fracture à une main. Avant cela, il avait fait tomber à lui tout seul le grand RCT, lors de la dernière journée régulière de Top 14. Match qui était un véritable huitième de finale puisque le gagnant se qualifiait pour les barrages et le perdant était éliminé. Dès le coup d’envoi, un plaquage dévastateur du troisième ligne héraultais désintégrait le grand George Smith et donnait le ton de la rencontre. Ouedraogo finira, comme Galthié, par un tour d’honneur du stade en scooter, pour répondre à une provocation d’avant match du président varois, Mourad Boudjellal, pour une fois pris à son propre jeu.

Le MHR se retrouve en phases finales, la légende est en marche. Castres et Teulet sombrent face à l’enthousiasme débordant en barrages. Montpellier se retrouve à quatre-vingts minutes d’une finale au Stade de France, comme l’avait prévu, programmé, pronostiqué son nouveau guide. "Quand nous avons affronté le Racing chez lui à Colombes, le bus est passé devant l’enceinte de Saint-Denis. J’ai alors dit aux garçons que nous devions finir la saison dans ce stade", détaille Fabien Galthié. Avant, c’est de nouveau les Ciel et Blanc de Chabal, Nallet et Steyn qui s’offrent à eux à Marseille. Le manager sent que ses jeunes ouailles peuvent être prises par l’évènement. Il a alors une idée géniale. Sylvain Mirande raconte : "Sa veillée d’armes fut exceptionnelle de générosité. La remise de maillot fut poignante, surprenante." Pour Fulgence Ouedraogo, "cette demi-finale et les heures qui l’ont précédée sont l’un des meilleurs souvenirs de ma carrière".

Mais que s’est-il passé ? Retour en arrière. La veille, l’équipe est rassemblée à l’hôtel Royal Mirabeau d’Aix-en-Provence. Aux alentours de 18 heures, les vingt-trois retenus sur la feuille de match découvrent, en entrant dans leur salle de vie, les "écartés" du groupe : Alcalde, Kuzbik, Petit ou encore l’historique Vallée. Fabien Galthié a choisi les "bannis" pour remettre les maillots du match. "J’ai copié ce que nous faisait faire Max Guazzini au Stade français, les veilles de finale." L’effet de surprise est total. La mise en scène soignée. Ainsi, Julien Tomas reçoit le sien de son petit frère, Adrien, numéro 9 comme lui. Les numéros défilent. Vient le tour du capitaine "Fufu" Ouedraogo. Ce sera le pilier gauche Sébastien Petit, homme de base de Sabathé (l’ancien stade). Il a vécu la première année du mandat de Galthié comme un long chemin de croix. Barré par le talent de Figallo, il n’entre que très peu sur le terrain. Il le vit mal (il partira à l’intersaison) et est prié de s’entraîner à part. Mais c’est à lui que Fabien Galthié et Éric Béchu ont demandé de remettre la tunique floquée du numéro 7. Sur l’instant, le première ligne ne peut retenir ses larmes. Il ne dira pas un mot. Tout le groupe finira par enlacer son pilard.

Le mariage de Tomas décalé pour cause de finale

L’émotion passée, le MHR allait connaître son premier jour de gloire. "Dans un Vélodrome tout acquis à notre cause" glisse Ouedraogo, qui avoue que l’évocation de cette saison et de ses moments particuliers lui filent encore la chair de poule. Nouveau succès, d’un point, comme face au CO. Montpellier est en finale face au grand Toulouse.

Cette finale, perdue, verra la troisième mi-temps se terminer au petit matin, au milieu d’une rue de Saint-Germain-des-Prés, à Paris, pour un petit-déjeuner impromptu entre coachs et joueurs. Autour d’un café et d’un croissant, ils se sont promis de retourner au Stade de France. Le MHR y parviendra, en 2018, pour une nouvelle défaite face à Castres. Mais pas avec le même groupe, ni le même état d’esprit. Avec seulement l’inamovible Ouedraogo comme trait d’union. "Fabien restera l’entraîneur qui a pris une équipe de fond de tableau pour en faire une de haut niveau. Avec lui, nous avons franchi beaucoup de paliers", dit-il en guise de mot de la fin. Un groupe qui, une semaine après, en compagnie de Louis Picamoles, enfant du club mais passé à Toulouse, se retrouvera en grande partie pour le mariage de Julien Tomas. "En janvier, au moment de choisir la date, je voulais réserver le week-end des demi-finales. Aurélie, qui allait devenir mon épouse, m’a alerté en me disant que vu le parcours que nous effectuions, il fallait plutôt l’organiser la semaine après la finale. Je l’avais écouté sans y croire…"

L’an prochain, pour les dix ans de l’épopée, il n’y aura pas de fête anniversaire. D’abord "parce qu’il n’y a pas eu de titre au bout", dixit Macurdy. Surtout parce que ce groupe ne s’est pas perdu de vue. "Même si certains ont arrêté ou sont repartis en Argentine, nous sommes en relation sur une application de messagerie instantanée et le groupe est plutôt actif", conclut Sylvain Mirande, aujourd’hui reconverti dans la boulangerie à Agen. Son associé ? Vassili Bost, rencontré… À Montpellier.

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