Saracens : les indestructibles

  • Premiership - Nick Isiekwe va partir en prêt un an à Northampton avant de revenir aux Saracens.
    Premiership - Nick Isiekwe va partir en prêt un an à Northampton avant de revenir aux Saracens. Sportsfile / Icon Sport / Sportsfile / Icon Sport
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Même s’ils ont été lourdement condamnés pour leurs multiples et graves infractions au salary cap, les Saracens parviennent, semaine après semaine, à mettre en place un plan qui devrait leur permettre de retrouver très vite les sommets après une saison au purgatoire de la deuxième division...

La domination sans partage que les Saracens ont exercé dans les années 2010 n’a eu d’égal que la violence de leur chute. En effet, les triples champions d’Europe (2016, 2017, 2019) et les quintuples champions d’Angleterre (2011, 2015, 2016, 2018 et 2019) n’ont pas bâti ce colossal palmarès à la régulière mais en dépassant allègrement, pendant au moins trois saisons, les limites du salary cap fixé par le Premiership. Aussi, ils étaient nombreux à vouloir le scalp des Saracens. Qui ? Les autres présidents du championnat anglais, à commencer par celui d’Exeter, qui avait vu, entre 2016 et 2019, son club perdre à trois reprises en finale nationale face aux tricheurs de l’Allianz Park. Ils s’étaient tous ligués pour faire éclater l’affaire et précipiter la chute des arnaqueurs de l’ex-président Nigel Wray. Celle-ci fut lourde : 105 points de pénalité au classement qui les condamnaient mathématiquement à la relégation et plus de 6millions d’euros d’amende. On ne plaisante pas outre-Manche… Nombre ont aussi été ceux dansant autour de la dépouille des Sarries, dont on se demandait bien comment ils allaient s’y prendre pour se relever d’une telle crise : fuite des joueurs, des partenaires, désamour des supporters… L’arrêt de mort des Saracens semblait être signé.

Le temps d’agir

Sauf que cette interminable descente aux enfers a été stoppée par une catastrophe plus grave encore, le coronavirus, qui a contraint les dirigeants du rugby anglais à suspendre le Premiership depuis le 17 mars. Plus de matchs, plus de compétition, un marché des transferts soudainement mis au ralenti… Comme par miracle, les Saracens se sont vus offrir la chose plus précieuse qu’aucun président ne peut acheter : du temps. Du temps pour travailler, préparer leur reprise, gérer leurs dossiers, leurs transferts. D’ailleurs, il faut préciser qu’à ce jour, la saison du Premiership n’a toujours pas été annulée, au contraire de celle de la seconde division. Mais on ne sait toujours pas s’il y aura une relégation, une montée ou si le championnat passera à treize clubs au lieu de douze. Selon toute vraisemblance, les Saracens devraient tout de même quitter l’élite et passer au moins une saison au purgatoire du Championship.

Pardon, retirez le « au moins » de la phrase précédente. Car au vu de l’effectif qu’ils ont su conserver malgré cette crise sans précédent, les Sarries risquent de marcher sur le championnat de deuxième division comme jamais aucune équipe ne l’a fait auparavant. Pourquoi ? Parce que très tôt après le début de la crise, les dirigeants des Saracens se sont fixés une priorité : garder leurs meilleurs joueurs et alléger au maximum la masse salariale en se délestant des contrats des joueurs de moindre calibre. À ce jour, il est acquis qu’Owen Farrell, Elliot Daly, Jamie George, Billy Vunipola, Mako Vunipola, Jackson Wray, Brad Barritt, Alex Goode et Alex Lewington vont rester. Soit presque la moitié de l’équipe d’Angleterre, rien que ça. En début de semaine, le prodigieux deuxième ligne Maro Itoje a indiqué à nos confrères anglais qu’il était sûr à 97 % de rester au club malgré la relégation. Deux semaines plus tôt, il avait déclaré être sûr à 95 % : « Jouer un rugby moins intensif peut être une bonne occasion de mieux se préparer.Il y a donc des avantages et des inconvénients. » Et Itoje, comme nombre de ses coéquipiers sait qu’il aura besoin de fraîcheur pour aborder 2021, date de la tournée des Lions britanniques et irlandais chez les champions du monde sud-africains. Même s’ils évoluent en D2, les joueurs londoniens ont déjà été assurés par Warren Gatland en personne que ce ne serait pas une entrave à leur sélection. Et, cerise sur le gâteau, les Saracens n’auront aucun problème à conserver toutes leurs stars car le Championship ne comporte pas de salary cap…

Des départs qui n’en sont pas

Bien sûr, les Sarries ont perdu des joueurs et vont probablement continuer à en perdre. L’arrière gallois Liam Williams est d’ores et déjà rentré au pays de Galles et le demi de mêlée international BenSpencer s’est engagé en faveur de Bath… Mais pour le remplacer, les dirigeants des Saracens ont enrôlé le Gallois Aled Davies, qui compte 20 sélections avec les Diables rouges ! Il y a enfin les départs qui ne sont pas vraiment : comme prévu depuis de longs mois, le deuxième ligne anglais George Kruis va bien rejoindre la Top League japonaise… mais pour une saison seulement, avant de revenir au bercail ! Idem pour l’excellent centre Alex Lozowski, qui va évoluer pendant un an avec Montpellier avant de retrouver ses petits camarades, ou comme le troisième ligne Ben Earl, qui hésite entre un prêt d’une saison à Gloucester ou à Leicester. En milieu de semaine, le jeune deuxième ou troisième ligne international Nick Isiekwe a annoncé qu’il allait en faire de même : une saison à Northampton et retour aux Saracens. 

Et pour courronner le tout, il semblerait que le club va même conserver son siège à la PRL, équivalent anglais de la Ligue nationale de rugby, qui en comptera donc treize au lieu de douze la saison prochaine. Les Saracens pourraient donc revenir plus fort que jamais à l’horizon 2022… 

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