T'as le look, Caucau !

  • SAISON 2012 2013 
TOURNEE EQUIPE DE FRANCE EN NOUVELLE ZELANDE 
 CAUCAUNIBUCA
    SAISON 2012 2013 TOURNEE EQUIPE DE FRANCE EN NOUVELLE ZELANDE CAUCAUNIBUCA Midi Olympique / Patrick Derewiany / Midi Olympique / Patrick Derewiany
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Making-of : En juin 2013, l’équipe de France de Philippe Saint-André est en tournée en Nouvelle-Zélande. Un soir d’orage, on rencontre par hasard dans l’un des bureaux des Auckland Blues un certain Glenn Subritzki. Celui-ci, quinquagénaire affable, se dit l’agent de Rupeni Caucaunibuca et nous propose alors de rencontrer le Fidjien, qui a quitté le Stade toulousain quelques mois plus tôt. Obèse à son départ de France, « Caucau » a selon les dires de Subritzki perdu une bonne dizaine de kilos pour redevenir la machine de guerre qu’il était à son début de carrière. Après une simple poignée de mains, on rencontrera le nouveau Rupeni, l’un des meilleurs ailiers de tous les temps, quelques jours après avoir croisé la route de Subritzki chez les Blues. Pour « Caucau », l’embellie ne dura pourtant pas longtemps. Aujourd’hui ruiné, il vit sans eau courante ni électricité, aux Fidji...

 Métamorphosé par huit mois de travail acharné, Rupeni Caucaunibuca veut retrouver le Top 14. Rencontre.

Nous étions près de Parnell, un quartier pittoresque d’Auckland, niché sur les hauteurs de la capitale néo-zélandaise. En contrebas, le vent courbait les gigantesques magnolias entourant un cimetière ; l’immense coupole formée par leur feuillage protégeait la paix de ceux qui reposaient là, des gens arrivés un jour dans le sud du monde, pleins de rêves, de projets, d’amour ou de haine, ces matériaux élémentaires qui façonnent notre bref passage sur terre. Ils étaient Anglais, Tahitiens, Allemands ou Italiens, débarqués sur Aotaeroa avec leurs coutumes et leurs langues ; tous avaient fini là, oubliés du monde et comme unis dans la paix souterraine de l’autre hémisphère. Soudain, la sonnerie du téléphone nous arracha à cette métaphilosophie de comptoir. Glen Subritzki, le mentor de Rupeni, venait de garer son énorme pick-up à proximité d’un café…
Cet ancien talonneur, quinquagénaire aux mains calleuses et au crâne rasé, a donc découvert Caucau au début des années 2000. « Il jouait au rugby sur une plage de Lambasa, aux Fidji. Quand je vous dis qu’il allait deux fois plus vite que les autres, je suis encore très loin de la vérité. Une fois le match terminé, je lui ai aussitôt demandé de me suivre à Awanui, un petit club de la province du Northland. » Douze ans plus tard, c’est au même endroit, à 500 kilomètres d’Auckland, que Glen et Rups se sont retrouvés. « Lorsque Rupeni a quitté Toulouse en 2012, poursuit Subritzki, patron d’une entreprise de bâtiment, il m’a immédiatement appelé. » L’ailier fidjien avait le genou en miettes, pesait 126 kg et n’avait plus joué le moindre match depuis huit mois. Glen a recueilli Caucaunibuca dans son immense propriété de Whangarei. Et l’a métamorphosé…

Seize essais en trois matchs

Accoudé au comptoir du Rosehip Café, Rupeni revit l’itinéraire de ces huit derniers mois. Réajuste sa casquette. Se marre : « Tu m’as fait la guerre, boss! » De fait, l’ancien agenais est méconnaissable. à 33 ans, il en paraît dix de moins. Le double menton et la bedaine qu’il affichait à Toulouse ont disparu. Son tee-shirt blanc peine à dissimuler des pectoraux et des biceps saillants. Rups se tape sur le ventre, relève le haut et présente à notre regard hébété une rangée d’abdominaux parfaitement dessinés. « Et ouais ! Six tablettes ! J’ai dû attendre 33 ans avant de les découvrir ! » Aux côtés de son père spirituel, Rupeni a donc perdu 24 kg en huit mois. Il a arrêté de fréquenter les KFC, ne touche plus « aux frites, au Coca et au pain », privilégie le blanc de poulet aux ailes de poulardes frites dont il se goinfrait jadis. « Je fais aussi de l’athlétisme, du rugby et beaucoup de boxe. » De la boxe, comme au temps béni où il arrosa Olivier Magne d’une infâme manchette, en plein Mondial 2003 ? « Il s’en était pris à mon coloc, Vula Maimuri ! J’aurai pu faire pire, s’il n’y avait pas eu l’arbitre ! »
Transformé, Rupeni Caucaunibuca a marqué seize essais lors de ses trois dernières sorties avec le club d’Awanui (première division amateur), vient d’être sélectionné avec les All Blacks Classics pour affronter les Fidji aux côtés de Chris Masoe et Sitiveni Sivivatu, s’apprête à disputer le NPC avec le Northland et espère, à l’automne, décrocher un dernier contrat en Europe. Subritzki poursuit : « Les Français n’ont pas su s’y prendre, avec Rups. Moi, je le réveille tous les matins à 8 heures. Je ne le quitte pas d’une semelle à l’entraînement et ne le laisse jamais seul à table. Je ne m’endors qu’une fois qu’il est au lit. C’est mon troisième enfant. » à ses mots, Caucau esquisse un sourire, descend une gorgée d’eau gazeuse et, dans un soupir, glisse à notre intention : « Je regrette de m’être comporté de la sorte, en France. Je n’ai pas pris soin de mon corps. Je n’ai pas respecté ces gens. » Et Carcassone, avec qui il s’était engagé l’an passé, avant de faire faux bond à Christian Labit ? « Je ne vais pas vous mentir. Le Pro D2 ne m’intéressait pas. C’est tout. »

Un autre homme

Mi-2012, on avait donc quitté Caucau hors de forme, pour ne pas dire obèse. De l’ailier fidjien, on nous assurait alors qu’il ne parlait pas l’anglais, pouvait rester muré dans le silence pendant des heures, se foutait royalement des médias et de la gloriole. Et c’est un père de famille épanoui (Rupeni Junior a sept ans), un gentil mégalo (« vous étiez là quand j’ai reçu l’oscar Midi Olympique en 2007 ? »), un homme disert et taquin qui nous a raconté sa vie, le temps d’une après-midi. « à Agen, j’ai toujours fait croire que je ne parlais pas anglais pour que les gens me fichent la paix… » Nouveau clin d’œil vers Subritzki. « Boss » secoue la tête, feint l’indignation. Rupeni esquisse un nouveau sourire, hausse les épaules et déroule à présent le fil de ce qu’il considère comme son dernier grand match de Top 14, la demi-finale de 2011. « Deux essais, boss ! Les Clermontois n’ont pas eu assez peur de moi, ce jour-là. Guy (Novès) le savait : même à 120 kg, les autres avaient du mal à me rattraper. » Une pause. Une gorgée d’eau. Et Rupeni reprend : « Qui est champion de France, cette année ? » Castres. « Castres ? C’est vrai ? Quand j’étais à Toulouse, on les battait tout le temps. » Caucau engloutit les derniers centilitres de sa bouteille d’eau gazeuse et, avant de rejoindre l’aéroport d’Auckland, nous demande : « Que devient mon pote Byron Kelleher ? » Il vit à Monaco. « Il joue encore ? » Non, il a repris le club de rugby de la principauté. « Ah… Vous savez comment je l’appelais à Toulouse ? » Non. « Manu manu ! Ça veut dire le chien en fidjien ! » à ces mots, Rupeni Caucaunibuca éclate d’un rire sonore, pousse la porte en verre du Rosehip Café et disparaît derrière les vitres fumées du pick-up de Subritzki…

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