Bilan des clubs - Au MHR, l'année de transition était obligatoire

  • Arrivé l’été dernier, Xavier Garbajosa a déjà marqué de son empreinte dans l’Hérault. Davantage de confiance aux jeunes formés au club et des préceptes de vitesse dans le jeu sont deux des ingrédients amenés par l’ancien joueur du Stade toulousain.
    Arrivé l’été dernier, Xavier Garbajosa a déjà marqué de son empreinte dans l’Hérault. Davantage de confiance aux jeunes formés au club et des préceptes de vitesse dans le jeu sont deux des ingrédients amenés par l’ancien joueur du Stade toulousain. Icon Sport / Icon Sport / Icon Sport
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L’équipe de Xavier Garbajosa n’avait pas encore réussi à trouver son rythme de croisière avant l’arrêt du championnat.

Ils sont rares les entraîneurs qui ont réussi à transformer une équipe en quelques semaines, voire quelques mois. Xavier Garbajosa connaissait l’ampleur du défi qu’il devait relever en arrivant l’été dernier à Montpellier, une équipe qui a muté selon les envies des derniers managers et qui était en quête d’une identité mieux définie, en tout cas moins internationale comme cela avait pu être le cas par le passé. Il n’est jamais facile pour un nouvel entraîneur de réussir à trouver l’alchimie nécessaire notamment car l’effectif en place a été dessiné par d’autres.

Le MHR avait besoin d’une saison de transition, comme d’autres équipes ont eu besoin par le passé, à commencer par le Stade toulousain d’Ugo Mola qui avait terminé douzième du Top 14 avant de soulever le Bouclier de Brennus. Un exemple d’autant plus parlant que les préceptes du jeu toulousain guident toujours Xavier Garbajosa mais il n’est jamais simple de les imposer ailleurs qu’à Ernest-Wallon.

Lui-même le reconnaissait récemment dans ces colonnes : "Je dois m’adapter aux profils que j’ai mais aussi les faire progresser, peut-être dans un autre modèle que celui dans lequel ils évoluaient. Il n’est pas mieux ou moins bien, juste différent. Cela peut faire sortir les joueurs de leur zone de confort : soit ça marche et les mecs adhèrent immédiatement, soit tu casses la dynamique et tu leur enlèves un peu de confiance. Le risque, c’est qu’ils soient moins spontanés et moins dans la prise d’initiative […] Il faut faire ta propre symphonie avec les joueurs que tu as, ce que tu peux mettre en place mais, inexorablement, tu entraînes selon l’homme que tu es. Dans un souci de cohérence, je suis peut-être plus compétent en transmettant les valeurs qui m’ont été inculquées. Il y a aussi le recrutement, pour que les joueurs que tu vas chercher soient adaptables au projet de jeu et d’équipe, capables de jouer debout, avec du soutien permanent, du déplacement, de la vitesse, de la recherche d’espaces. ça, c’est mon dada ; chacun le sien. Mais il faut des mecs qui s’intègrent dans l’état d’esprit général."

Invaincus à domicile en Top 14

C’est ainsi que le MHR a encore tâtonné cette saison, réussissant quelques sorties très prometteuses avant de se perdre les chèvres dans des matchs à sa portée. Le bilan comptable n’est pas exceptionnel avec six victoires, trois nuls et huit défaites mais les Héraultais étaient pourtant toujours en course pour disputer la phase finale et avaient réussi, tant bien que mal, à rester invaincus à domicile en championnat, malgré deux nuls. Il a certainement manqué un exploit loin du GGL Stadium pour donner la confiance nécessaire à cette équipe et cette défaite d’un petit point à Castres lors de la 1re journée peut faire nourrir quelques regrets. Au final, la déception est assez grande dans les rangs cistes et Xavier Garbajosa ne le cachait pendant le confinement : "Il faut se projeter sur l’avenir parce que je ne suis pas persuadé que nous soyons capables de faire deux saisons compliquées comme celle-là."

Cette saison a aussi été marquée par un changement de taille dans l’organigramme. En effet, Vern Cotter, qui occupait la fonction de directeur de rugby depuis l’arrivée de Xavier Garbajosa, a quitté le MHR au début de l’année pour prendre le poste de sélectionneur des Fidji. Le président Mohed Altrad ne voulait pas laisser le poste vacant et a réussi à convaincre l’ancien patron du XV de France, Philippe Saint-André, qui a pris ses fonctions quelques jours avant le début du confinement.

Au moment d’évoquer ce projet "plus qu’intéressant", l’ancien ailier international avait évoqué chez RMC Sport ses motivations : "Le président Mohed Altrad investit depuis longtemps dans son club. Il a mis en place des structures qu’il faut faire évoluer. Il y a un entraîneur français, Xavier Garbajosa, qui est sûrement un des plus doués de sa génération. Mais beaucoup de particularités au Top 14 existent, en particulier les joueurs issus des filières de formation (Jiff) et le salary cap. Même si des choses ont déjà été mises en place, il y a un gros travail à réaliser sur l’organisation, l’institution, la structure du club et le centre de formation qui doit être le vivier du club. Le club cherchait un directeur du rugby, un rôle que j’ai déjà occupé à Gloucester, à Sale et plus ou moins à Toulon." Depuis son arrivée, Philippe Saint-André cherche donc à mettre en place une politique viable sur le long terme : "La formation, le plan de succession, c’est la base d’un club pour durer." 

Essais pour Nagusa 

L’ailier Timoci Nagusa a disputé sa dixième et dernière saison sous les couleurs du MHR. En inscrivant 2 essais en Top 14, il a porté son total à 92 avec le club héraultais (80 en Top 14 et 12 en Coupe d’Europe) en 203 matchs, sans oublier un quatre-vingt-treizième marqué lors du Super Sevens. à 32 ans, Nagusa est le meilleur marqueur d’essais de l’histoire du MHR. Un record qui ne devrait pas être battu de sitôt. L’international fidjien (24 sélections) va maintenant faire parler ses jambes de feu en Pro D2, avec Grenoble.

Montpellier souffre d’un déficit de popularité, notamment depuis le passage de Jack White qui avait donné un fort accent sud-africain au MHR, au détriment de la formation tricolore. Cette saison confirme qu’un virage est en train de s’opérer et le groupe France retenu par Fabien Galthié pendant le Tournoi des 6 Nations en a témoigné puisque cinq Montpelliérains en faisaient partie. Une petite révolution car, mis à part le deuxième ligne Paul Willemse, Mohamed Haouas (25 ans), Arthur Vincent (20 ans), Anthony Bouthier (27 ans) et Gabriel Ngandebe (22 ans) n’avaient jamais été convoqués chez les Bleus avant cette saison.

Ce n’est pas neutre pour le nouveau directeur du rugby, Philippe Saint-André qui se confiait à France 3 Occitanie : "Il y a souvent un faux procès fait sur Montpellier. On peut se rendre compte qu’il y a beaucoup plus de Jiff qu’on peut le croire. Le club a cinq éléments dans la première liste de quarante-deux joueurs et il a recruté des Français comme Vincent Rattez. Xavier Garbajosa fait un travail en ce sens et nous allons continuer. On ne veut pas faire n’importe quoi. Si un joueur veut venir, c’est pour le projet sportif. C’est la priorité." Seul l’ailier Gabriel Ngandebe n’a pas eu la chance de porter le maillot tricolore jusqu’à présent mais les autres ont eu du temps de jeu pendant le Tournoi des 6 Nations et notamment le tout jeune Arthur Vincent qui a enchaîné trois titularisations. Montpellier a donc vu la vie en Bleu. Les Montpelliérains ont une nouvelle fois déçu sur la scène européenne, ne terminant qu’à la troisième place de leur poule avec deux victoires pour quatre défaites. Pourtant, on pouvait penser que le MHR avait les armes pour être un concurrent sérieux au Stade toulousain dans la poule 5 où les deux clubs français faisaient figure de favoris devant Gloucester et le Connacht.

Le club héraultais n’a finalement pas gêné la formation d’Ugo Mola dans sa quête de qualification puisque les Haut-Garonnais sont même venus s’imposer avec le bonus offensif à Montpellier et cette nouvelle élimination sans panache dès la phase de poule a renforcé l’idée que le MHR n’est décidément pas un Européen convaincu puisque le club de Mohed Altrad n’a atteint qu’une seule fois les quarts de finale de l’épreuve et c’était lors de l’exercice 2012-2013. Il faut quand même reconnaître que Xavier Garbajosa n’a pas été chanceux au niveau de son effectif lorsqu’il a fallu aborder les périodes continentales et qu’il n’a jamais pu compter sur l’expérience de Guilhem Guirado qui s’est blessé juste avant le premier rendez-vous. Déjà vainqueur de l’épreuve avec Toulon, l’ancien capitaine des Bleus aurait pu apporter à une équipe qui semble faire un complexe d’infériorité dans cette compétition alors qu’elle a pourtant des arguments à faire valoir. 

Arthur Vincent (Montpellier)
Arthur Vincent (Montpellier) - Icon Sport - Icon Sport

Arrivé l’été dernier en provenance de Vannes, l’arrière Anthony Bouthier a été une des attractions de la saison. Inconnu du grand public, néophyte en Top 14, il a rapidement trouvé ses marques dans le système montpelliérain de Xavier Garbajosa qui ne tarit pas d’éloge son arrière alors que ce dernier ne vivait que sa sixième saison comme joueur professionnel : "C’est un gamin qui pige vite, attaque la ligne et affiche un état d’esprit irréprochable. Il a fait des conneries mais il a gagné la confiance de ses pairs. C’est même un mec important dans notre système. Titulaire ou remplaçant, arrière ou ouvreur, il amène toujours quelque chose." En Fédérale 1 puis en Pro D2, à Dax puis à Vannes, Anthony Bouthier était surtout réputé pour ses relances fracassantes.

Le public l’a découvert grâce à un coup de pied monumental, renvoyant l’Angleterre devant son en-but alors que la France était acculée sur sa ligne. Une ogive stratosphérique qui lui a permis de se faire un nom dès sa première sélection lors du Tournoi des 6 Nations. Il était certainement la plus grosse surprise de la première équipe de France préparée par Fabien Galthié. Des performances en Bleu qui ont confirmé tout le potentiel entrevu en Top 14 où il a déjà inscrit 5 essais en onze titularisations. D’ailleurs, le MHR n’a pas voulu attiser les convoitises autour de sa nouvelle pépite et alors que son contrat initial courrait jusqu’en juin 2021, Anthony Bouthier a déjà signé une prolongation de contrat jusqu’en juin 2023. Son bail avec le XV de France devrait aussi perdurer. 

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