Ménard : « C'est Dallas à Béziers, nous devenons un feuilleton »

  • Robert MENARD mayor of Beziers  during a press conference of Beziers on June 24, 2020 in Beziers, France. (Photo by Alexandre Dimou/Icon Sport) - Robert MENARD - Béziers (France)
    Robert MENARD mayor of Beziers during a press conference of Beziers on June 24, 2020 in Beziers, France. (Photo by Alexandre Dimou/Icon Sport) - Robert MENARD - Béziers (France) Icon Sport / Icon Sport
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En conférence de presse ce mercredi, le maire de Béziers est revenu sur l'imbroglio qui berce l'ASBH depuis plusieurs jours.

Louis-Pierre Angelotti avait déclaré se retirer du club. Aujourd'hui, il présente un nouveau projet, accompagné de M. Bouscatel. Avez-vous l'impression d'avoir été floué ?

Le moins que l'on puisse dire, c'est que je n'avais pas vraiment été informé. Je savais par Louis-Pierre Angelotti qu'il discutait avec René Bouscatel, mais c'était pour du conseil. Donner des conseils et devenir président d'un club, ce n'est pas exactement la même chose. J'ai découvert tout cela hier (mardi) à 7h du matin. Je n'ai rien su avant.

Vraiment ?

En tout cas, rien officiellement. Béziers est petit. C'est un grand club, une grande histoire mais une petite ville. Il y a un dîner qui s'est tenu lundi soir dans un restaurant bien connu de la ville, le Pica-Pica. Tout le monde le sait et évidement que quelqu'un m'a appelé pour me prévenir de ce repas. Moi, je croyais que c'était encore pour donner du conseil. Ce n'est que mardi matin que j'ai appris qu'il (René Bouscatel) allait devenir le président de la SASP et que Mr Angelotti allait devenir le président du conseil de surveillance. Avant, je n'en savais pas plus. Je l'ai appris comme ça et je regrette qu'on m'ait aussi peu parlé, qu'on m'ait tenu aussi peu au courant de ce qui se discutait. Je trouve que c'est... (il marque une pause) Je pèse mes mots : c'est incorrect, vis-à-vis du maire que je suis et des Biterrois que je représente.

Quelle est alors votre réaction ?

On ne peut plus traîner, c'est impossible. Mais on pouvait attendre 24 heures. J'avais hâte d'être convaincu par mes interlocuteurs, qu'ils soient ceux du club ou ceux qui représentent les intérêts émiratis. J'avais hâte d'être convaincu, pièces comptables en main, que l'argent était bien là ! Il faut désormais aller vite, passer sur les egos des uns et des autres, s'oublier un petit peu pour laisser place aux intérêts du club. J'inviterai donc tout le monde à s'expliquer.

Dans les colonnes du Figaro, Louis-Pierre Angelotti dit que le club n'a jamais été en vente...

C'est jouer sur les mots. Effectivement, il n'y a pas d'annonce de mise en vente mais le club est en difficultés. J'ai assisté, ici, à la mairie, à la première rencontre entre les Emiratis – appelons-les ainsi par facilité de langage – et les propriétaires du club. Je n'ai pas eu la sensation que le club n'était pas en vente. C'est euphémisme. J'ai vu des gens qui étaient prêts à vendre. Ont-ils changé d'avis ? Peut-être. Mais lors de cette première rencontre, ils n'ont jamais dit non. Ils ont accepté de parler d'argent. En général, quand on se comporte ainsi, c'est qu'on veut vendre. Comme il y avait des problèmes, les actionnaires du club voyaient d'un bon œil l'arrivée d'un certain nombre d'acheteurs. Peut-être pas ceux-là, je vous le concède. Mais j'ai entendu Mr Bistué, comme Mr Valaize, dire systématiquement : « si, demain, quelqu'un arrive avec de l'argent et veut prendre notre place, on n'a aucun problème pour le faire. »

Pourquoi ne se sont-ils pas entendus, alors ?

Très vite, les rapports ont été difficiles, électriques. Moi, je ne m'en suis pas formalisé. Quand on parle d'argent et d'affaires, il est normal que chacun soit sur ses gardes. Ensuite, l'arrivée de Thierry Braillard dans le dossier a calmé les choses. On en venait à des discussions d'affaire plus normales. Je pensais qu'ils allaient s'entendre. Je me suis trompé. Je me suis trompé sur plein de choses... J'aurais dû être plus présent au conseil de surveillance du club. J'aurais dû plus peser sur les négociations, être plus exigeant. Mais ma position est difficile. Deux sociétés privées discutent entre elles et je ne suis que le maire. Malgré tout, le club joue dans un stade qui appartient à la ville. Chaque année, ma ville perd 100000€ sur la location du stade. Cela ne nous donne aucun droit, certes, mais tout de même un droit moral.

Quel est votre calendrier pour trouver une issue à la situation actuelle ?

Le plus rapidement possible. On ne peut pas continuer comme ça. Nous devenons un feuilleton, c'est Dallas à Béziers. Toutes les semaines, tous les jour, toutes les heures, il y a des informations qui sortent, des documents qui circulent. Des documents attentatoires à l'honneur des gens. Tels qu'ils sont présentés, ils relèvent des tribunaux. Il faut que cela cesse.

Comment procédez-vous pour maîtriser au mieux ce dossier ?

J'ai eu tous les dirigeants du rugby français, ce matin, même ceux qui ne s'entendent pas entre eux. Je sais mes limites, mes insuffisances de ce domaine. Je les ai appelés et je ne leur ai donc rien demandé. Je les ai écoutés. Il fallait que j'entende ce qu'ils pensent de la situation. Ce qui me rassure, c'est que Béziers n'est pas un club comme les autres. Ce n'est pas une formule toute faite. Là, c'est vrai : Béziers n'est pas un club comme les autres. Ces gens m'ont dit leur sentiment, leurs espoirs, leurs craintes. Ils m'ont aussi tous dit que Béziers est un club différent, compliqué.

Comment s'extirper de la situation d'enlisement actuel ?

Il faut que chacun revienne s’asseoir autour de la table et discute. Il est anormal que les supporters publient le communiqué que j'ai pu lire. On en est à un degré de défiance, d'inimité avec la direction actuelle du club qui semble impossible. Dans l'autre sens, ils menacent de traîner les clubs de supporters devant les tribunaux ? C'est tout aussi impossible. Il est impossible à mes yeux qu'entre la SASP et l'association d'un même club, les relations passent par voie d'huissier. Vous entendez ce que je dis ? Nous sommes dans le sport, la passion et notre situation n'a pas de sens. Je ne veux plus voir cette violence dans les attaques personnelles. Face à une telle situation, mon rôle, mon obligation, c'est de réunir tout le monde et de faire en sorte qu'ils se parlent, calmement. Je vais les réunir à la mairie. La mairie, c'est la maison de tous.

Le projet porté par Christophe Dominici peut-il encore exister, en cas de garanties financières apportées ?

Dans la vie normal, quand quelqu'un vient et se propose de vous aider, il ne faut pas l'éconduire. Il faut lui proposer de s’asseoir à votre table et voir dans quelles conditions il peut aider la ville. Je suis peut-être naïf. Certains vont peut-être me dire qu'il en est hors de question, que tout cela est terminé. J'espère qu'ils ne refuseront pas et que, par respect, ils se retrouveront autour d'une table. Je ne veux pas baisser les bras.

Pourquoi poursuivre ?

J'ai vu la violence des réactions aux dernières propositions. Je suis maire et je ne veux pas que la ville soit divisée. Faisons en sorte de se retrouver pour parler posément.

Les garanties financières des investisseurs émiratis devaient arriver ce mercredi. En avez-vous vu la trace ?

J'ai posé la question, pas plus tard que ce matin. Désolé pourtant de ne pas pouvoir vous répondre. J'ai demandé à un avocat, en l’occurrence M. Braillard, qui m'a logiquement répondu : « M. le maire, vous dépassez vos prérogatives. Je vous rappelle qu'il y a un droit des affaires ». Il a logiquement ajouté : « pourquoi n'ont-ils pas attendu 24h ? ». La stupidité, elle est là. Effectivement, nous n'étions pas à 24 heures près. Ce n'est pas vrai. Nous n'aurions pu attendre. Et si l'argent n'était pas là, on aurait su.

Regrettez-vous, alors, la décision précipitée de la direction en place et du projet porté par le duo Angelotti-Bouscatel ?

Depuis des semaines, le club dit aux Emiratis – et ils l'ont fait devant moi : « il nous faut une lettre de confort bancaire qui garantisse que cet argent est sur le compte d'une banque française. » Pourquoi, alors, ne pas avoir attendu mercredi pour savoir si cette lettre était là ? Si elle n'avait pas été là, on aurait pu savoir que ce n'était pas sérieux. Là, on ne sait rien. Personne n'en sait rien, même pas moi. Je ne le cache pas : je me pose moi aussi la question de savoir si cet argent existe ou pas. C'est la garantie bancaire qui aurait répondu à cette question. Là, on ne saura pas. On passera notre vie à se poser la question. On se demandera toujours si on aurait réellement pu avoir Michalak à Béziers. J'aurais moi aussi voulu savoir s'il serait vraiment venu.

Vous disiez ne pas comprendre la colère des supporters...

(il coupe) Je n'ai pas dit que je ne comprends pas cette colère. Je dis simplement que je la trouve terrible et catastrophique pour le club. Que les rapports entre les présidents d'un club et leurs supporters soient si mauvais, je ne trouve pas cela bien.

Vous semblez regretter que le projet porté par Christophe Dominici n'ait pas abouti...

Attention, j'ai beaucoup parlé sur un côté mais on ne peut pas dire que Monsieur Dominici a mis des gants tous les matins. On ne peut pas dire qu'il ait toujours été adroit. Il y a un certain nombre d'informations et d'affirmations qu'il doit prouver ! Il y a eu de vraies maladresses. M. Dominici me répondait au début – à la fin, il le faisait moins. Je m'inquiétais de la réalité de l'argent et de son origine. Il me répondait simplement : « ne vous inquiétez, c'est acquis ». Mais j'en veux des preuves ! Je ne fais aucun outrage à personne. Mais M. Dominici a pris à la légère ces questions-là, les trouvant inquisitrices. Je suis le maire de la ville, j'ai légitimité à poser ces questions là ! Et je n'ai jamais eu les réponses. C'est pour cela que je voulais attendre 48h. Pour savoir si ce qu'on me disait depuis des semaines était vrai. (il s'emporte) Aujourd'hui, personne ne peut affirmer que l'argent existe et d'où il vient. Pas plus Christophe Dominici que Yannick Pons ou moi-même. Personne n'en sait rien ! Me répondre seulement que cette question est quasi-blasphématoire ? Non ! Elle est logique. Donc je la pose. Et M. Dominici n'y a jamais répondu.

Les garanties financières sont-elles présentes dans le projet porté par le duo Bouscatel-Angelotti ?

Qu'on s'entende bien : je ne donne raison à personne. Je n'ai pas à le faire, je ne suis pas le président du club. Le club est une société privée par actions. Ce sont donc les actionnaires qui décident. Pas moi. Et je terminerai là-dessus : j'ai besoin, comme vous, d'éclaircissements de la part de tout le monde. Je ne choisis aucun camp. J'essaie juste de défendre au mieux les intérêts du club. Il y a des torts, des maladresses de chaque côté. Moi, je vais essayer de recoller ces pots cassés. Si c'est encore faisable.

Si M. Dominici prouve que l'argent est sur un compte en banque, son projet a-t-il encore un avenir ?

J’essaierai de jouer une dernière fois la carte de la conciliation et de la bonne foi. Mais je ne suis pas actionnaire du club. Ce n'est pas moi qui décide.

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