Comment les entraîneurs se sont réinventés

  • Mauricio Reggiardo à Castres ou Joe El Abd à Oyonnax ne voient dans ces échanges que des aspects positifs.
    Mauricio Reggiardo à Castres ou Joe El Abd à Oyonnax ne voient dans ces échanges que des aspects positifs. Icon Sport / Icon Sport / Icon Sport
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S’ils étaient nombreux à déplorer le manque d’échanges entre eux dans un quotidien obnubilé par la compétition, les managers et entraîneurs du Top 14 ont profité du confinement pour renouer le dialogue entre eux par le biais d’un groupe Whatsapp. Initiative qui a bouleversé bien des habitudes…

La coutume est écrite dans l’ADN du rugby français, qui n’a devant l’histoire jamais été aussi riche que de ses querelles d’école. On parle ici, bien sûr, des débats sans fin opposant les disciples de Deleplace aux partisans d’un rugby pragmatique, le global contre l’analytique, les "profs de gym" aux "vieux sorciers". Des oppositions d’idées dont le rugby français, faute d’en réaliser une synthèse susceptible de devenir la marque de fabrique ferme et définitive du XV de France (le fameux "French flair" n’en étant jamais qu’un ersatz…), eut au moins toujours le mérite de se nourrir. Du moins jusqu’à une certaine époque… Car s’il fut en effet un temps où le jeu était véritablement placé au centre du débat, cette agora ne résista pas vraiment à l’arrivée du professionnalisme et de ses enjeux. "Auparavant, les réunions d’entraîneurs étaient courantes, nous expliquait voilà quelque temps Alain Gaillard, le président de Tech XV. Pendant l’été notamment on organisait des séminaires, des débats où tout le monde apportait ses convictions, ses méthodes, ce qui donnait lieu à des échanges fabuleux. Le professionnalisme a changé cela dans le sens où tout le monde s’est un peu cloisonné, en essayant de garder ses petits secrets. L’afflux d’entraîneurs étrangers a fait le reste, qui a contribué à ce que l’on perde petit à petit notre identité."

Les visioconférences du jeudi

Et puis, la pandémie de covid-19 est passée par là… Rappelant aux managers tout-puissants que leur pouvoir était en réalité bien relatif et que le rugby n’était pas le centre du monde, tout en relativisant l’importance d’un résultat. Tant est si bien que lors du confinement, par angoisse autant que par ennui, un petit miracle se produisit, qui vit les managers du Top 14 se rapprocher les uns des autres, jusqu’à mutualiser leurs conversations par le biais d’un groupe Whatsapp. Des échanges qui, d’abord voulus d’utilité pratique, sont subitement devenus plus "rugbystiques", le naturel revenant naturellement au galop. Si bien que rapidement, les jeudis après-midi du confinement furent dédiés par les managers à des visioconférences qui virent des intervenants extérieurs prestigieux comme Joe Schmidt ou Claude Onesta (entre autres…) apporter leur vécu et leurs réponses aux managers du Top 14. "À chaque fois, il y avait toujours un petit quelque chose à retenir, auquel on n’avait jamais pensé, s’amusait le Castrais Mauricio Reggiardo. C’est ce qui a rendu ces échanges hyper intéressants. Le groupe est un peu moins actif depuis le début du déconfinement, mais on continue d’échanger des messages et à titre personnel, je serais favorable à ce que les échanges continuent lorsque la saison aura débuté."

Mauricio Reggiardo à Castres ou Joe El Abd à Oyonnax ne voient dans ces échanges que des aspects positifs.
Mauricio Reggiardo à Castres ou Joe El Abd à Oyonnax ne voient dans ces échanges que des aspects positifs. - Icon Sport - Icon Sport

Phénomène de ruissellement

Ces nouveaux comportements en Top 14 ayant rayonné à tous les niveaux, dans un phénomène de ruissellement, à l’image de l’initiative prise par les clubs du Lou et d’Oyonnax (lire l’interview de Pierre Mignoni). "Dans tous les staffs, il y a des entraîneurs compétents lorsqu’il s’agit de parler de rugby, sourit le manager de l’USO Joe El Abd. Ce qui ressort de ces échanges, au final, c’est que la différence se fait de plus en plus sur le facteur humain, relationnel. La vraie différence, elle est là. C’est pour cela qu’il est toujours intéressant d’échanger quand on est entraîneur, même avec ceux d’autres disciplines. Il n’y avait pas en Pro D2 de groupe semblable à celui du Top 14, mais j’étais dans plusieurs autres. Avec des coachs anglais, des coachs néo-zélandais, australiens… J’ai beaucoup appris durant cette période." Et l’ensemble des entraîneurs du Top 14 aussi, pour tout dire, à qui le confinement a finalement permis de réinventer leur métier, et de redécouvrir le sens du partage. Une moralité bien naïve, on vous l’accorde, et qui ne résistera peut-être pas au retour imminent de la compétition. Mais on peut bien rêver, non ?

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