D’un Toulonnais à l’autre

  • L'ancien ailier international Christophe Dominici, né à Toulon, a mené le projet de rachat de l'ASBH
    L'ancien ailier international Christophe Dominici, né à Toulon, a mené le projet de rachat de l'ASBH Icon Sport / Icon Sport
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L'édito d'Emmanuel Massicard - Cette semaine, deux Toulonnais occupent le devant de notre scène médiatique : Christophe Dominici et Daniel Herrero. « Domi » et « Dany », deux personnalités aux contours diamétralement opposés, sises aux frontières de la caricature, avec des parcours atypiques.

Le premier, l’ancien ailier, est en haut de l’affiche pour avoir fait imploser de l’intérieur le coffre-fort qui enfermait l’AS Béziers-Hérault. Le tout pour offrir le club à un nouvel ami, investisseur franco-émirati, et trouver un rôle à jouer sur l’échiquier rugbystique. Ces derniers jours, ses mots ont souvent dépassé l’état de ses pensées, surtout quand il fut roulé dans la farine en milieu de semaine par le tandem Angelotti-Bouscatel qui imagina un Béziers sans lui.

Vous l’avez vu, Dominici n’y a pas cru. Dans son style, il a rué dans les brancards en direct dans le « Moscato Show », jeudi. Mauvais perdant, il a appelé au secours tout le peuple biterrois ; téléphoné encore à tous les ennemis supposés à son projet de reprise pour leur livrer sa façon de penser. Rien de glorieux. Des coups de courge en version « trash talk », qui ont écorné l’image de l’ancien international. Des coups de cabestron, comme dirait « Dany », qui ont finalement eu raison du pouvoir de résistance des dirigeants biterrois.

C’est ici la drôle de morale du feuilleton de l’été, où quand Béziers s’est déchiré version Dallas avec son univers impitoyable. L’ASBH est l’incarnation parfaite du syndrome de notre rugby qui tente de développer et valoriser sa formation mais qui fait encore appel à des mécènes pour sauver certains de ses clubs de la banqueroute. Avec la promesse indicible de recruter toujours plus de vieux chevaux sur le retour que d’espoirs en devenir. Pour faire rêver les foules, on rase même gratis en annonçant le recrutement des Nonu, Biggar ou Lawes et une armée de Pumas qui reviendront chercher fortune en France. Qu’importe s’ils ne seront pas tous présents au final : à leurs corps défendant, ils auront contribué à écrire l’histoire d’un drôle de putsch.

La morale, toujours ? Si ce nouveau mécène peut être une aubaine pour Béziers, il ne fait pas forcément le bonheur des autres présidents de Top 14 qui ont déjà perçu la menace que représente ce concurrent potentiel, qui va « doper » un marché des transferts - jusqu’ici atone - et faire grimper l’échelle des rémunérations quand tous les autres dirigeants militent, eux, pour diminuer les masses salariales. Béziers n’invente rien. Il suit l’exemple de tant d’autres présidents-mécènes qui ont joué les réanimateurs, voire les rénovateurs de surface. Tout n’est jamais qu’une question de point de vue et d’apparence…

Un monde qui n’est pas celui de Daniel Herrero, vous l’aurez compris. Le barbu au bandeau de corsaire vibre toujours au gré de la mélodie de ses mots ; tant d’invitations au voyage. Nous l’avons retrouvé après le confinement. C’était chez lui, du côté de Toulon et cela a duré plus de trois heures. Il avait des choses à dire après trente ans de silence dans Midol. Trente ans d’incompréhensions et de gorges nouées. Les couteaux sont rangés. Nous nous reparlons à présent. Vous lirez, c’est du miel.

Ce qui relie Dominici à Herrero, la passion des minots. La pointe d’accent et surtout leur flamme. C’est elle qui trace une ligne directrice entre Toulon et Béziers, deux de nos plus chauds bastions. Deux de ces clubs que l’on ne voudrait jamais voir disparaître et qui mérite le plus grand respect, la plus grande attention. Herrero le dira plus tard : « Tu transmets ce que tu es. » Et d’ajouter : « La déesse Ovalie, elle boite. Elle doit retrouver un équilibre mais elle boîte. » Sur tous les terrains. À Béziers comme ailleurs

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