Rome pleure son « Maximus »

  • Gilbert Doucet (assis, en blanc, deuxième en partant de la droite) avait permis au club romain de glaner le cinquième et dernier titre de champion d’Italie de son histoire. Depuis, Rugby Roma évolue plutôt dans le ventre mou du championnat.
    Gilbert Doucet (assis, en blanc, deuxième en partant de la droite) avait permis au club romain de glaner le cinquième et dernier titre de champion d’Italie de son histoire. Depuis, Rugby Roma évolue plutôt dans le ventre mou du championnat.
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Gilbert Doucet a été entraîneur en Italie durant cinq saisons. En 2000, Il mena Rugby Roma au titre. Ses anciens joueurs ont souhaité rendre hommage à celui qui est parti cette semaine....

Un coup de massue au cœur de la nuit romaine. Une sentence définitive révélée par les réseaux sociaux. Un message funeste qu’Angelo Bencetti, ancien deuxième ligne romain, a fait tomber sur le tchat des champions de l’an 2000 : « Les gars, Gilbert a fait sa dernière passe ! » Incrédulité, désespoir, tristesse car « Maximus », comme son équipe l’appelait, à l’instar du protagoniste de « Gladiator », n’est plus. Un mois avant, ces mêmes anciens joueurs, dirigeants et staff du Rugby Roma s’étaient tous mobilisés pour préparer la fête des 20 ans du titre de champion d’Italie qu’on attendait depuis longtemps, en conformité avec les mesures de confinement. Sa meute des gladiateurs, solidaire comme il y a vingt ans, grâce à cet homme spécial venu de France pour ramener le scudetto après cinquante et un ans d’attente, avait lancé son appel de rassemblement pour le 17 juin au nouveau siège du club, le centre sportif nommé du président mécène, Renato Speziali.

Gilbert Doucet, en tant qu’ancien entraîneur, fut parmi les premiers à être convié : Carlo Caione, le capitaine, Giampiero Mazzi, son second, et tous ses gars étaient prêts à faire de gros efforts pour que le « commandante » Gilbert soit présent. Obligé de décliner l’invitation à cause du confinement, il avait promis un rendez-vous futur à Rome, une fois les mesures sanitaires terminées…

Fin psychologue

Les rires, les mémoires, les blagues et les connexions vidéos avec les anciens coéquipiers, demeurants en Argentine, aux États-Unis ou Nouvelle-Zélande, prévus pour la fête, ont laissé place aux souvenirs d’un congé déchirant. « Il était un chef énorme, dit Carlo Caione, ancien international et capitaine. Son discours avant la finale résonne à jamais en nous : la vie est un train qui court très vite. Au bon moment, il faut saisir toute opportunité car on ne sait pas si ou quand cela pourra se représenter. Cette mission, aujourd’hui, peut changer votre histoire. Et vous les Romains, vous êtes des conquérants, c’est votre histoire qui le dit ! »

Doucet était réputé fin psychologue. Il savait trouver des mots au moment idoine pour stimuler la motivation de ces troupes, de façon individuelle ou collective. La responsabilisation de ses joueurs faisait partie de sa manière de travailler, que ce soit à l’analyse vidéo du lundi, ou la discussion était toujours franche et proactive, que sur le terrain. « Le mardi, c’était l’enfer sur terre pour nous les avants, évoque le talonneur Carlo Pratichetti, intarissable. Un jour, on voit la machine à mêlée en dehors du terrain, déplacée sur le sentier à côté. Il avait fait créer une grille en acier soudée au joug et fixée sur le tarmac : « Voilà la grille de la mort ! », nous dit-il. C’était impossible à bouger, on y travaillait en isométrie. C’était terrible. En demi-finale, nous sommes restés qu’à cinq dans le pack pour deux cartons jaunes et un joueur blessé mais on lamina le pack de Viadana pour marquer l’essai décisif. Il avait réussi à transmettre à l’équipe sa vision d’un rugby de combat solidaire. On se sentait complètement impliqués. Son humanité était incomparable. »

Il en est de même pour son empathie envers n’importe qui. Il montrait le fond de sa pensée à son interlocuteur en face, savec toute sa sensibilité. « Lors de la fête d’après match, lors de la finale, j’étais très déçu car je n’avais pas eu l’opportunité de rentrer sur le terrain, raconte Luciano Mazzi, demi d’ouverture remplaçant. Il vint me voir au bar : « Je te prie de me pardonner car je t’ai causé un tort énorme. Mais honnêtement, j’étais plongé dans l’excitation des dernières minutes et finalement je t’ai oublié. » Ce fut un geste d’énorme humanité. Peut-être est-ce le souvenir le plus beau que je garde dans mon cœur. »

Diego Antenozio
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