Roman d'un club - Toulon : les années Boudjellal - Laporte

  • Incontestablement, le duo Boudjellal-Laporte a marqué l’histoire du RCT d’une empreinte indélébile. En cinq ans, ils atteignent huit finales, et en remportent la moitié. En haut à gauche, la première image des deux hommes lors de la présentation de l’entraîneur en septembre 2011. En haut à droite, leur premier trophée : la Champions Cup en 2013. Au milieu, Johnny Wilkinson et le bouclier de Brennus qu’ils remportent l’année suivante. À gauche, Bryan Habana, Leigh Halfpenny et Matt Giteau soulèvent la troisième Champions Cup consécutive pour le club, du jamais vu. En haut à droite, le club tourne définitivement cette formidable page, cet hiver avec le départ du président. Photos Icon Sport.
    Incontestablement, le duo Boudjellal-Laporte a marqué l’histoire du RCT d’une empreinte indélébile. En cinq ans, ils atteignent huit finales, et en remportent la moitié. En haut à gauche, la première image des deux hommes lors de la présentation de l’entraîneur en septembre 2011. En haut à droite, leur premier trophée : la Champions Cup en 2013. Au milieu, Johnny Wilkinson et le bouclier de Brennus qu’ils remportent l’année suivante. À gauche, Bryan Habana, Leigh Halfpenny et Matt Giteau soulèvent la troisième Champions Cup consécutive pour le club, du jamais vu. En haut à droite, le club tourne définitivement cette formidable page, cet hiver avec le départ du président. Photos Icon Sport.
  • Les deux faisaient la paire
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    Les deux faisaient la paire
Publié le / Mis à jour le

Mourad Boudjellal et Bernard Laporte auront été les deux chevilles ouvrières de la formidable épopée du RCT qui durant cinq ans a dominé le rugby français et même européen. Avec eux, Toulon a disputé huit finales, remporté trois Coupes d’Europe et un bouclier de brennus. Sacrée saga !

Boudjellal – Laporte, c’est d’abord l’histoire d’un deuxième choix. Flash-back. Août 2011, Saint-André est appelé à la tête du XV de France après le Mondial en Nouvelle-Zélande. La nouvelle fait l’effet d’une bombe. Le RCT se retrouve orphelin de son patron du sportif. Si PSA n’a pas gagné avec le RCT, il l’a structuré principalement au niveau du staff. Les adjoints Pierre Mignoni et Sébastien Bruno, le médecin Jean-Baptiste Grisoli, le préparateur Steve Walsh, tous des hommes de son choix...

Cet été-là, Boudjellal se retrouve à la recherche d’un manager de remplacement. Il jette d’abord son dévolu sur le ticket Travers-Labit. Pendant que l’équipe de France file en finale de Coupe du monde, il essaie de convaincre le duo (qui n’est pas encore doublement titré) de venir le rejoindre sur la rade. Sous contrat avec Castres, ils tergiversent. Boudjellal n’aime pas les dossiers qui traînent en longueur. Il raconte le rebondissement à venir. "J’avais eu très peur de l’association Afflelou-Laporte à Bayonne. Elle n’a pas duré. J’avais entendu tellement de choses sur Bernard que c’est plus par curiosité que j’ai voulu le rencontrer. On devait se voir une heure à l’aéroport de Marignane. Au bout de cinq minutes, j’étais conquis. Je l’ai invité à déjeuner, il a décalé son avion du retour et nous avons passé une bonne partie de la journée ensemble". La légende est en marche. Sur la route du retour, Boudjellal prévient Laurent Travers que les contacts sont rompus. Quinze jours plus tard, Laporte dirige son premier entraînement à Toulon.

Coup de foudre

L’ancien sélectionneur débarque dans un vestiaire, loin d’être acquis à sa cause. Il doit tout apprendre de l’environnement du club, de son président hyperactif, d’une équipe qui compte déjà pas mal de stars avec Wilkinson, Giteau ou Botha... "C’est pour ça que j’ai signé. Avec Mourad, au départ, je n’avais pas d’atome crochu mais il m’offrait la perspective d’entraîner des adversaires qui m’avaient souvent battu quand j’étais sélectionneur des Bleus. Ce n’était que des très grands joueurs. Et je voulais découvrir qui ils étaient vraiment." Dès les premières semaines, la magie opère. Rapidement Boudjellal et Laporte forment un couple professionnel quasi fusionnel. "Un mariage de raison passionnelle", dit le maire de Toulon, Hubert Falco, proche des deux hommes. Le président est littéralement sous le charme de son technicien. "Bernard était le grand patron du sportif dans son ensemble. Le véritable chef d’orchestre, mais il laissait à Mourad le soin de lire la partition avant tout le monde et, surtout, il conservait ses prérogatives de président en termes de recrutement", détaille l’ex-médecin du club Jean-Baptiste Grisoli. La greffe Laporte ne se fait pas naturellement chez les joueurs, habitués au management participatif de PSA, sur le modèle anglo-saxon. "Je me souviens du premier débriefing de Bernard lors de son premier entraînement : "Saint-Tropez, c’est terminé ! Les virées en boîte de nuit c’est fini, du moins pas avant d’être bon sur le terrain !"", témoigne près de dix ans plus tard Sébastien Tillous-Borde. Le ton est donné. Et Grisoli de poursuivre : "Je me rappelle l’une de ses premières séances vidéos de débriefing après une défaite. Bernard avait eu des mots très durs envers Giteau qui venait d’arriver lui aussi. Ce dernier lui avait rétorqué devant le groupe mécontent : "Coach, jamais un entraîneur ne m’a parlé comme cela !". Bernard toujours en colère l’avait repris : "Et moi je n’ai jamais eu un centre qui coûte aussi cher pour aussi peu de rendement".

La main de fer de laporte

Si Laporte n’arrive pas tout de suite à obtenir l’adhésion du vestiaire, c’est parce qu’il casse les code et surprend par la méthode. à chaque défaite, il convoque le groupe tout entier le lendemain matin tôt (parfois dès 6 heures du matin) pour une explication de texte entre quatre murs. "Il est arrivé qu’on rentre à cinq heures du matin avec le bus et que les joueurs doivent revenir à Berg, au centre d’entraînement à 8 heures", révèle Jean-Baptiste Grisoli. Chez Bakkies Botha, le dimanche quand il n’y a pas de match, c’est sacré et c’est en famille ! "J’ai souvenir de quelques séances vidéos du dimanche matin… Mon Dieu… C’était violent… Mais on avait besoin de ça. On avait besoin de cette pression quotidienne. Après le départ de Bernard en 2016, le club n’a d’ailleurs plus jamais été le même", affirma le colosse Sud-Africain dans Midi Olympique, il y a quelques semaines. Laporte en père fouettard, et Boudjellal qui dézingue à tout va dans les médias à propos de ses joueurs... "Ils étaient tous les deux dans leur rôle. Ils cherchaient chacun à leur manière à nous piquer", raconte Tillous-Borde. "Si la mayonnaise a pris, c’est parce que, chacun dans leur domaine, ils étaient les meilleurs. Bernard était le meilleur entraîneur possible pour Toulon. Mourad le meilleur président pour le RCT", surenchérit le premier supporter, Hubert Falco, bénévole au club dans les années 1970.

Écraser plutôt que gagner

Assez vite, Boudjellal et Laporte forment un véritable tandem. Indissociable. Au travail, mais aussi dans le privé. Il est courant que les deux hommes passent leur après match ensemble, autour d’un grand cru, à refaire le monde ou à planifier le RCT de demain. Leur complicité n’empêche pas quelques désaccords parfois sportifs. "Même s’ils se réglaient très rapidement. Il n’y a jamais eu de non-dit entre nous", tempère l’ex-président. Ainsi au printemps 2012, Mourad Boudjellal engage Frédéric Michalak, sans en parler à son manager général qui n’en veut pas, parce qu’il a besoin, selon lui, d’ailiers et pas de joueur à la charnière. Pour Laporte, Toulon ne peut pas gagner le Brennus ou la Coupe d’Europe sans ailier de classe internationale.

Pendant le stage de préparation de la finale de la Coupe d’Europe 2013, Laporte harcèle Boudjellal sur ce sujet. "Mourad, il me faut des ailiers. On ne pourra jamais être champion sans un Nalaga". Et pourtant, Toulon remporte sa première Coupe d’Europe avec Wulf et Palisson à ces postes face à Sivivatu et... Nalaga. Mais Laporte a de la suite dans les idées. à l’intersaison 2013, arriveront à Toulon Drew Mitchell et Bryan Habana. "S’il n’y a pas eu de divorce entre eux, c’est parce que leur relation était solide. Ils savaient se dire les choses", témoigne Falco. Plus d’une fois , il jouera l’apaisement entre les deux.

Une fois le premier titre en poche, le duo Boudjellal-Laporte fait du RCT, une véritable machine à gagner, unique au monde. "Bernard ne voulait pas seulement gagner, mais écraser tous ses adversaires", clame Boudjellal. Alors en plus des deux renforts sur les ailes, arrivent à l’intersaison Martin Castrogiovanni, Ali Williams et Juan Smith pour une saison 2014 historique en tous points.

Elle commence par une première défaite retentissante à Grenoble à la fin de l’été. "On était resté sur place à l’issue de la rencontre et, avant de rentrer le lendemain, Bernard avait improvisé une séance vidéo dont il avait le secret", raconte Tillous-Borde. Sous la colère, Laporte indiquera au Sud-Africain Danie Rossouw qu’il pouvait rentrer chez lui en Afrique du Sud, qu’il ne comptait plus sur lui... Des propos que l’intéressé prendra au premier degré : Rossouw se renseignera dans la foulée pour un vol retour vers Johannesbourg... Pourtant, Laporte éprouvait un profond respect, et une véritable affection pour ses joueurs. Qu’ils soient français ou étrangers. Tillous-Borde : "À la mi-temps d’un match à Agen, Bernard m’avait "pourri". Avec lui quand tu étais nul, tu le savais. Tu avais les oreilles qui sifflaient. Rapidement et très fortement. Il m’avait secoué, destabilisé. Je ne sais pas s’il s’en était rendu compte... Toujours est-il que trois jours après, on s’était croisé au marché et il m’avait payé le café. On avait discuté de tout et de rien. C’était aussi sa force..."

Cette proximité, Laporte en joue vis-à-vis de Boudjellal, afin d’apparaître comme le gentil. "Mourad bataillait souvent avec nous, pour le voyage des familles lors des finales, sur les primes, les véhicules mis à notre disposition... Comme par hasard il avait toujours le mauvais rôle, et laissait à Bernard le soin d’annoncer les bonnes nouvelles", précise Carl Hayman, ultra-reconnaissant envers Laporte : "Il a été très important dans la deuxième partie de ma carrière : il a vu en moi un capitaine. Avec ces deux-là à la tête du club, c’était minimum une finale par an de 2012 à 2016 ! On leur doit tous beaucoup".

Pas de divorce

La fin de l’histoire sportive aurait pu se terminer par un double quiproquo. Une dernière année sans contrat pour Laporte. "Nous nous sommes mis d’accord au cours d’une soirée où nous n’avions pas envie de parler boulot mais plutôt de prendre du bon temps. En deux secondes c’était réglé. Et Bernard n’est jamais venu me demander son contrat. Bon, avec les futures élections fédérales qu’il préparait, la dernière année il était à mi-temps au RCT mais payé à temps plein", glisse malicieusement Boudjellal.

Mauvais perdant légendaire, à la suite de défaite en finale de Top 14 de 2016 face au Racing à Barcelone, Bernard Laporte file directement au coup de sifflet final et zappe la troisième mi-temps. Il bat ensuite la campagne pour la présidence de la FFR et passera des mois sans prendre le temps d’appeler son ancien président et "ami", tient-il à souligner aujourd’hui. Boudjellal n’apprécie pas et le laisse transpirer à qui veut bien l’entendre. À l’été 2017, le hasard fait que les deux hommes passent leurs congés à quelques kilomètres l’un de l’autre, en famille en Corse. Laporte effectue le premier pas, et les deux hommes partagent plusieurs repas animés. Depuis, le fil de leur relation ne s’est jamais distendu.

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