Roman d'un club - Bayonne : de Dauger à Etcheto, une histoire de famille

  • De Jean Dauger (en haut avec Christian Belascain, puis à droite en jeu),  à Vincent Etcheto (en bas à droite) en passant par Roger, ce sont trois générations qui sont passés par l’Aviron bayonnais. Photo archives Midol, Pablo Ordas et DR
    De Jean Dauger (en haut avec Christian Belascain, puis à droite en jeu), à Vincent Etcheto (en bas à droite) en passant par Roger, ce sont trois générations qui sont passés par l’Aviron bayonnais. Photo archives Midol, Pablo Ordas et DR
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De Jean Dauger à Vincent Etcheto en passant par Roger, le papa de Vincent, ils sont trois générations à avoir porté les couleurs de l’Aviron bayonnais. De ce magnifique héritage découle une famille profondément bayonnaise, fière de ses valeurs et de son histoire.

Il est des personnes, comme ça, qui ne peuvent échapper au virus. Pour Vincent Etcheto, ancien entraîneur de l’Aviron bayonnais, le rugby fait partie intégrante de sa vie. Depuis maintenant trois générations, le ballon ovale rythme le quotidien de ses proches, les après-midi, les repas et les soirs de week-ends. Voilà leur histoire, de Dauger à Etcheto…

Pour les plus jeunes, Jean Dauger est le nom d’un stade. Celui où retentit la Peña Baiona, à chaque rencontre de l’Aviron. Mais bien avant ça, Dauger fut un des plus grands joueurs de l’Aviron et, si l’on en croit ce qu’on nous raconte aujourd’hui, un des meilleurs trois-quarts centres au monde. Né en 1919, fils de cheminots, il est "vendu" pour jouer à treize alors qu’il n’a même pas vingt ans. "Ses parents ont vu débarquer les gens de Roanne XIII, qui était le PSG de l’époque, puisque le jeu à treize était professionnel. C’était le sport en vogue. Ils ont vu une liasse de billets sur une petite table de la cuisine et il est parti, comme ça, jouer avec les meilleurs joueurs du moment" raconte Vincent Etcheto, son petit-fils. La légende est lancée. Rapidement, Dauger, de retour à XV, devient un joueur connu et reconnu. Les foules viennent pour le voir, des matchs sont organisés en son honneur. "Sur les articles, c’était Jean Dauger et l’Aviron bayonnais se déplacent dans telle ville. C’était une tête d’affiche. Mon père me disait même que les dames, à l’époque, se déplaçaient pour venir le voir rien qu’à l’échauffement, comme on va voir les chevaux dans les paddocks" poursuit Etcheto.

De Jean Dauger à Vincent Etcheto
De Jean Dauger à Vincent Etcheto

À côté de ça, Jean Dauger est directeur de la salle des sports de Lauga. Ses petits-enfants s’y retrouvent, s’y dépensent et y passent de longues journées. En tant que grand-père, il est offrant et bienveillant. "Il était d’une générosité et d’une modestie extraordinaires, juge Vincent Etcheto. Il aimait jouer à la belote, il avait des coins à champignons qu’il a emportés dans sa tombe. Il allait en Espagne, il nous ramenait des caramels, des bonbons… C’était un vrai grand-père et nous, on le regardait comme une légende vivante. C’était chouette, mais c’était simple, très chaleureux, avec plein d’amour." François Grenet, ancien défenseur des Girondins de Bordeaux et également de la lignée, témoigne : "C’est un privilège d’avoir été son petit-fils. Il était quelqu’un d’exigeant, mais de tellement aimant. Il m’appelait le traître, en rigolant, parce que j’avais choisi le foot. Quand nous étions petits, nous n’avons pas eu la chance de réaliser le joueur et l’icône qu’il était. On le sait maintenant et je suis fier du monument qu’il était."

De Jean Dauger à Vincent Etcheto
De Jean Dauger à Vincent Etcheto

Malgré son expérience rugbystique et ses qualités indéniables, il sait garder de la distance quant aux performances de ses descendants dont il va, en revanche, voir tous les matchs. "Il me chambrait, me taquinait. Il était très critique mais positif, il avait toujours un petit mot gentil, se souvient "Etchet". On discutait rugby, mais il ne rentrait jamais dans le détail technique. C’était plutôt avec mon père qu’on faisait ça." Thomas Ossard, cousin d’Etcheto et ancien joueur de Bordeaux dans les années 2000, enchaîne : "Il était moins charismatique, à l’époque, que maintenant. Avant d’être Jean Dauger, c’était mon grand-père. Il aimait bien comment je jouais puisque j’étais axé sur la vitesse et l’évitement. Il n’a jamais été pesant, il était plutôt discret par rapport au rugby."

Le parc des sports Saint-Léon de Bayonne prend son nom et devient le stade Jean Dauger dans les années 2000. Signe de l’importance, du personnage. "À une époque, des agents immobiliers, des promoteurs voulaient faire une résidence Jean Dauger. Non, ce n’est pas une marque, affirme l’ancien entraîneur de l’Aviron. La famille s’y est opposée, bien entendu. Je ne voudrais pas qu’il y ait un porte-clefs à son nom. Jean, c’était une figure et, surtout, un état d’esprit. En pelote, on appelle ça les "plaza gizon". C’était un maître de place, un seigneur sur le terrain et dans la vie. C’est pour ça que, des fois, je suis exigeant. Il y a la passion, les excès, mais aussi une façon de jouer au rugby et de se comporter. Lui l’a gardé toute sa vie."

Roger, éducateur avant tout

Vient ensuite Roger, gendre de Jean Dauger, papa de Vincent, qui évolue à l’ouverture. Joueur du Racing Club de France et de l’Aviron, Roger est avant tout un éducateur hors-pair. Il participe à l’ouverture de la section sport études rugby de Bayonne et souhaite transmettre aux plus jeunes. "Nous passions les deux mois d’été à la plage avec tous les cousins, raconte Thomas Ossard, son neveu. Roger, c’était l’homme de la famille. Il nous gardait, il s’occupait beaucoup de nous." Serein dans sa façon de parler, professeur de gym plutôt cool, il est un vrai pédagogue par rapport à Jean Dauger qui n’est pas forcément bon pour ça. "Dans sa façon d’aborder, d’éduquer, de mettre les gens en confiance, il était exceptionnel, relate son fils, Vincent. Je croise encore certains de ses anciens élèves qui m’en parlent avec une petite larme au coin de l’œil." En dehors des terrains, Roger transmet des valeurs et convictions à ses enfants. Il les amène à Pampelune, leur fait découvrir les célèbres fêtes. "Il m’a éduqué à la vie, pas au rugby" lâche Vincent. "Il était omniprésent pour tous les enfants de la famille, tellement il était pédagogue, paternel, fédérateur, rassembleur" ajoute son neveu, François Grenet.

Après sa carrière de joueur, il entraîne l’Aviron, devient même, dans les années 80, sélectionneur de l’équipe de France avec Jacques Fouroux et décroche le grand chelem en 1981. Avec Bayonne, il remporte le challenge Yves-du-Manoir un an plus tôt et insiste pour que le jeu à la Bayonnaise, notamment importé par le gallois Owen Roe, soit de mise chez les Ciel et Blanc. Parmi les concepts qu’il aime rappeler, il y a la phrase suivante : on ne fait pas du rugby de mouvement avec des idées arrêtées. "C’est le dernier à avoir voulu à tout prix garder ça, se remémore Vincent Etcheto. Maintenant, il n’y en a plus, le rugby a évolué, tout le monde se regarde. Il était en avance sur son temps. Un peu intransigeant aussi. Mais quand tu veux aller au bout, il faut garder ta ligne de conduite. D’ailleurs, pour lui, taper dans un ballon, c’était la dernière solution." Pierre Etcheto, le frère aîné de Vincent, enchaîne : "Il nous disait que le jeu n’en vaut pas la chandelle, mais la chandelle ne vaut pas le jeu. Il arrivait à faire aimer le rugby à des gens qui ne parvenaient pas à attraper un ballon. Il valorisait l’humain, ne prenait jamais quelqu’un à partie, ne le rabaissait jamais. Il voulait que le rugby reste un jeu. En sortant du vestiaire, son dernier mot était toujours qu’il fallait que ce sport reste un plaisir." En termes de caractère, Roger diffère de Vincent par son calme, lequel explique : "De temps en temps, je m’énerve. Lui gardait souvent son sang-froid. Autant moi, j’ai une gueule de con. Autant lui, c’était quelqu’un de très modeste."

Vincent a joué avec Lizarazu et Deschamps

Pour Vincent Etcheto, le ballon ovale n’est pas une évidence au départ. Malgré un héritage conséquent, son père le pousse à débuter par le football, à l’Aviron, avec un numéro dix dans le dos. Il rêve d’ailleurs de devenir professionnel et fait des sélections avec Didier Deschamps ou Bixente Lizarazu. Passionné de sport, il pratique aussi l’escrime, le tennis ou l’athlétisme. Bon au football, mais pas assez pour passer le cap, il rejoint ses potes, au rugby, à 14 ans, pour démarrer l’aventure. Des débuts à Bayonne, deux saisons au Racing Club de France, cinq ans au CABBG, l’ouvreur sillonne la France, laisse son empreinte et se fait un prénom, doucement.

Le stade Jean-Dauger, c’est chez moi. J’y suis né, j’y ai passé mon enfance, j’y ai pleuré, j’y ai saigné. Je pense même que j’ai des soldats qui y sont encore enterrés. Bayonne, je l’ai dans le sang.

Le décès de son papa, des suites d’un cancer en 1997 est dur à encaisser pour toute la famille. Le vide laissé est immense. Vincent toujours : "Quand il est parti, ma carrière de rugbyman n’avait plus aucun intérêt. Tous mes repères se sont alors effondrés. Mon envie de jouer au rugby s’est délitée. Je jouais pour moi, bien sûr, parce que je prends du plaisir, mais après les matchs, il pouvait y avoir tous les cons, autour, qui me disaient que j’avais été bon, ça ne m’intéressait pas. Par contre, quand j’avais le petit clin d’œil de mon père qui me disait, "le moineau, puisqu’il m’appelait ainsi, c’est bien", j’étais heureux. Quand il est mort, mon plaisir s’en est allé aussi. Il y a plein de moteurs. Il y a ceux qui ont envie de réussir, qui ont besoin d’argent… Moi, je n’étais pas carriériste, je n’avais pas envie de réussir à tout prix, j’étais un peu branleur, j’aimais faire la fête. Quand il est décédé, je me suis dit que le rugby, c’était bien, mais qu’au final, je m’en foutais. Après, j’ai toujours aimé ce sport, donc j’y suis revenu plus tard, mais j’ai eu trois ou quatre années où ce n’était pas pareil."

De Jean Dauger à Vincent Etcheto
De Jean Dauger à Vincent Etcheto

Une fois les crampons rangés, dans la lignée de son père, Vincent rejoint le banc de touche et s’occupe notamment de l’UBB, puis de l’Aviron. "C’est lui qui m’a donné cette envie de coacher. Je lui dois beaucoup. J’ai eu tellement d’entraîneurs qui te pourrissent avec des critiques uniquement négatives, ou d’autres qui ne savent pas communiquer, qui ne veulent pas dire les choses en face… Mon père, c’était clair, net, bien pensé. La communication était simple et, des fois, les regards suffisaient." Vincent, comme son paternel, prône l’envie de jouer, de faire des passes, de prendre des risques et des initiatives. "Papa s’en foutait des titres, rebondit l’ancien ouvreur. Il préférait une équipe qui joue bien. Maintenant, on est dans le résultat à tout prix. J’entends, lui, c’est un grand entraîneur, il a des titres. Tu les as parce que tu as des grands joueurs et de l’argent. Laporte ou Novès, qui sont de super entraîneurs, auraient entraîné Labouheyre, ils seraient moins titrés." Roger répète souvent à son fils que gagner sans s’amuser n’a aucun intérêt et la maxime fait partie aujourd’hui des principes de base de la méthode Etcheto. Il lui inculque aussi les notions du rapport à l’autre, de la générosité pour aller chercher le meilleur de ses joueurs sans les casser. De partager, aussi, en dehors des terrains. "Mais faire la fête avec mes joueurs n’est pas quelque chose de réfléchi, coupe l’intéressé. Quand je suis bien avec les joueurs, je ne vois pas pourquoi je m’en empêcherais. Je ne vais pas m’en priver parce qu’il y a deux ou trois supporters qui me prennent en photo. Je n’en ai rien à cirer. Je n’aime pas les barrières, le mur de Berlin est tombé il y a un moment. Il y a des dirigeants ou entraîneurs avec qui je n’ai pas envie de passer deux minutes parce qu’ils ne sont pas drôles et que je m’emmerde avec eux. Mon père recevait à la maison des Christian Belascain, Laurent Pardo. Ils étaient bien avec leur entraîneur, ils échangeaient, ils parlaient… On me dit que je fais la fête avec les joueurs, mais je fais plein de choses avec eux ! Je joue au golf, je discute, je parle de leurs problèmes, de leurs vies. Je ne parle pas que de rugby parce que ça n’a aucun intérêt."

Etcheto : "Cet héritage n’est pas lourd à porter. Il est beau"

De Jean Dauger à Vincent Etcheto, en passant par Roger, ce sont au final trois générations d’une même famille de rugbymen qui ont porté haut et fort les couleurs de l’Aviron. Mais ce n’est pas tout ! Thomas Ossard, un des cousins de Vincent, fut aussi joueur du CABBG dans les années 2000, François Grenet, ancien des Girondins, de Rennes et de l’OGC Nice, a touché le haut niveau avec le ballon rond. Jean Grenet, l’oncle de Vincent, fut maire de Bayonne pendant dix-neuf ans et président de l’Aviron, puis Henri Etcheto, il y a encore quelques semaines, était candidat à la mairie de Bayonne. Entre rugby et politique, les repas de famille sont logiquement animés "Comme nous avons une famille assez sanguine, c’est marrant, glisse Thomas Ossard. Des repas se terminaient avec des cafés qu’ils se balançaient à travers la gueule. À côté, nous jouions au foot comme des pecs." "Notre famille, c’est une fierté, affirme Vincent Etcheto. Ça n’a pas toujours été facile, parce que Bayonne est une petite ville, nous avons été critiqués, jalousés et avec l’âge, je me suis aperçu que je m’en foutais. Je ne m’en suis jamais plaint, ça m’a plutôt fait rigoler, mais ça génère quelques méchancetés gratuites. Après, cet héritage n’est pas lourd à porter. Il est beau. Je suis un privilégié d’avoir vécu ça." À ce sujet, le technicien rappelle qu’il a eu la chance, dans sa jeunesse, de voir son père ou sans grand-père recevoir à la maison Jean-Loup Dabadie, Antoine Blondin, Julien Clerc…

De Jean Dauger à Vincent Etcheto
De Jean Dauger à Vincent Etcheto

Du stade Jean-Dauger à la salle Lauga, ils sont donc nombreux, de la même famille, à avoir laissé leur empreinte. "Nous avons passé notre jeunesse dans ces endroits ! C’est notre village rappelle Vincent. Le stade Jean-Dauger, c’est chez moi. J’y suis né, j’y ai passé mon enfance, j’y ai pleuré, j’y ai saigné. Je pense même que j’ai des soldats qui y sont encore enterrés. Bayonne, je l’ai dans le sang." Y reviendra-t-il un jour ? "Il y a plein de ministres en place qui ont dit qu’ils ne le seraient jamais. Bachelot ou Dupont-Moretti l’avaient juré. Moi, je ne jure pas. Le club est comme il est. Les gens sont comme ils sont. Ils font évoluer le club. Attention, je n’ai aucun souci avec Yannick Bru. J’ai du respect pour lui. Mais la gouvernance, ce n’est pas ma tasse de thé, ni ma façon de voir les relations humaines. Si je dois revenir à Bayonne, ce sera avec les bonnes personnes." Qu’il revienne ou non, de toute façon, Etcheto et son héritage ne laisseront jamais indifférents, du côté de Jean-Dauger.

Pablo Ordas
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