Saga Racing 92 - Kolingar : « J’ai frôlé la mort... »

  • Hassane KOLINGAR of Racing during the Top 14 match between Lyon Olympique Universitaire and Racing 92 on February 23, 2020 in Lyon, France. (Photo by Romain Biard/Icon Sport) - Hassane KOLINGAR - Lyon (France)
    Hassane KOLINGAR of Racing during the Top 14 match between Lyon Olympique Universitaire and Racing 92 on February 23, 2020 in Lyon, France. (Photo by Romain Biard/Icon Sport) - Hassane KOLINGAR - Lyon (France) Icon Sport - Icon Sport
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Il est, à n’en pas douter, l’un des plus grands espoirs du poste en France. Aujourd’hui, Hassane Kolingar (22 ans) revient pour nous sur un parcours qu’il qualifie à juste titre de "hors du commun".

Comment avez-vous commencé le rugby ?

C’est une histoire un peu hors nomes. Mon père Ali, qui a un peu plus d’une quarantaine d’années, a fait pas mal de conneries quand il était jeune. […] Au cours d’une garde à vue, il s’est mis à échanger avec les policiers qui l’avaient appréhendé et ceux-ci lui ont dit : "T’as un physique impressionnant, toi. Tu ne veux pas venir jouer au rugby avec nous ?"

Est-il à ce point impressionnant ?

Oui… Il fait 2 mètres, 140 kg et fut un excellent boxeur dans sa jeunesse. Quoi qu’il en soit, ces policiers jouaient alors pour le club de Clamart (Hauts-de-Seine). Au commissariat, il leur alors a promis de les rejoindre là-bas, la garde à vue s’est levée ainsi et, trois jours plus tard, mon père commençait le rugby. Derrière ça, il a fait Orsay, Boulogne…

Et puis ?

Il s’est dit que ce sport pourrait me correspondre. À l’époque, je vivais à Villiers-le-Bel (Val-d’Oise) mais il n’y avait pas de club dans ma ville. J’ai donc pris ma première licence à Montmorency, un peu plus loin. J’avais 15 ans et mon père se doutait que je faisais des choses pas cool pour avoir de l’argent. Mais sans en être certain, sinon j’aurais dérouillé.

Que faisiez-vous, au juste ?

Les jeunes de quartier sont parfois amenés à faire des trucs pas cool… Un jour, mon père m’a dit : " Tu sais, Hassane, certaines équipes de rugby peuvent te donner 50 € par match." J’étais étonné, je ne connaissais rien au rugby mais ça m’intriguait. Tout a démarré un peu comme ça.

Et ?

Après Montmorency, j’ai atterri au Racing : ce fut comme un coup de foudre. Tout me plaisait, là-bas : les couleurs, les gens, l’histoire… C’est ce sang-là qui coule dans mes veines, aujourd’hui.

Que faisiez-vous avant le rugby ?

De la boxe anglaise : j’ai mis les gants à 5 ans.

C’est précoce…

Oui. Et j’ai retrouvé la même adrénaline qui te booste avant un combat de boxe. (il marque une pause) Cette boule au ventre, là… (il se frappe la cage abdominale) Au rugby comme à la boxe, tu sais que tu vas avoir mal. Tu sais que tu vas faire mal, aussi. Tu ne sais jamais comment tu sortiras du ring ou du terrain.

Avez-vous arrêté les "trucs pas cool" au moment où vous avez signé votre première licence de rugbyman ?

Oui. J’ai rapidement compris que je pouvais faire mon trou au rugby. Alors, j’ai laissé tomber le reste : les bagarres de rue, l’argent facile… Moi, je n’ai jamais manqué de rien mais je n’ai jamais eu envie de demander quoi que ce soit à mes parents. Je ne voulais pas être un poids pour eux.

Est-il facile de sortir d’une bande ou d’un trafic, quand on y a mis un doigt ?

Pour moi, il n’y eut aucun de problèmes. Je recroise souvent des copains d’enfance, des mecs restés au quartier. Ils me disent toujours : "Régale-toi, Hassane. J’te jure, tu ne loupes rien ici…" Je suis également resté en contacts avec des mecs qui sont en prison. L’année dernière, ils m’ont dit être fiers de ce que je faisais. Ça m’a fait un bien fou. Je sais que mon parcours les motive.

Votre père était-il boxeur pro ?

Oui. Il a participé au championnat de France, d’Europe… Mais il a dû arrêter le jour de ma naissance, quand sa carrière était en train de décoller.

Pourquoi ?

J’étais mort-né… Avant que ma mère n’accouche, j’ai avalé du liquide amniotique puis j’ai eu des problèmes cardiaques… Pour s’occuper de moi, mon père a mis sa vie de boxeur entre parenthèses.

Et vous, étiez-vous un bon boxeur ?

Il paraît que j’étais un bon poids lourd… Mais je n’étais pas assez assidu. Il y a beaucoup de candidats et peu d’élus. Et encore, même quand tu perces un peu, t’es obligé de continuer à bosser pour payer tes factures. C’était le cas de mon père.

Aviez-vous un modèle ?

Mike Tyson.

Il a un temps été question d’un combat entre Mike Tyson et Sonny Bill Williams. Ça vous aurait plu ?

J’ai beaucoup de respect pour Sonny Bill Williams. Mais Tyson, c’est Tyson : le serpent est vieux mais le venin, toujours mortel.

Vous êtes-vous déjà servi de la boxe sur un terrain de rugby ?

Non. J’aurais trop à perdre. (il soupire) Parfois, j’ai des mauvaises pensées… De base, je suis très très impulsif, assez bagarreur… Mais j’ai pris trop de cartons dans ma jeunesse, tout ça m’a trop pénalisé. Alors au Racing, j’ai fait un gros travail sur moi. Il me fallait canaliser cette agressivité.

Entre vous, l’ancien boxeur, et Camille Chat, un ex-champion de full-contact, la première ligne du Racing a du répondant…

C’est ça, ouais… Mais on tombe toujours sur plus fort que soi, il paraît…

Vous avez réalisé une excellente saison l’an passé. À quoi aspirez-vous désormais ?

Déjà, je veux me servir du vécu d’Eddy Ben Arous, qui reste un exemple à mes yeux. Petit à petit, je veux me hisser au même niveau que lui, prendre le relais et un jour le dépasser ! (rires) Je vous ai dit que le jour de ma naissance, j’ai frôlé la mort. Depuis, je considère que tout est ouvert : je vise le sommet.

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