Super Rugby : une réforme et des questions

  • Si la Fédération néo-zélandaise parvient à imposer la réforme qu’elle exige du Super Rugby, les Stormers de Steven Kitshoff n’auraient plus le loisir d’affronter les Crusaders, comme ici en mai 2019.
    Si la Fédération néo-zélandaise parvient à imposer la réforme qu’elle exige du Super Rugby, les Stormers de Steven Kitshoff n’auraient plus le loisir d’affronter les Crusaders, comme ici en mai 2019. PA Images / Icon Sport / PA Images / Icon Sport / PA Images / Icon Sport
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Suite à la mise en sommeil du rugby pour cause de Covid-19, la fédération avait mis en place la commission Aratipu pour revoir en profondeur l’organisation du rugby professionnel au pays. Parmi ses sonclusions, la volonté de créer une nouvelle compétition sans les Sud-Africains et les Argentins mais davantage tournée vers le Pacifique.

Le but de la commission Aratipu était de donner des recommandations pour rendre les équipes professionnelles néo-zélandaises plus résilientes, avec une base financière solide pour en faire des entités commercialement viables dans le modèle du Super Rugby. Mais l’impact de la crise de la covid-19 va donner une nouvelle orientation à la compétition et, après vingt-cinq ans de vie, le Super Rugby tel qu’on le connaît va disparaître. Compétition phare du rugby mondial pendant ses premières années d’existence, le championnat sudiste a perdu de sa superbe au fur et à mesure de ses velléités désordonnées d’expansion, l’absurde étant atteint quand dix-huit franchises prenaient part à une compétition incompréhensible du fait de son calendrier et de ses déplacements interminables qui minaient les organismes. Joué sur seize fuseaux horaires, avec des matchs à des heures impossibles pour les téléspectateurs qui ne savent même plus quelle équipe représente qui, le Super Rugby a vite perdu de son attrait, au point de faire dire à Eddie Jones que "certains matchs [le] font dormir". La domination néo-zélandaise n’a pas non plus aidé la cause du tournoi puisqu’en vingt-quatre éditions, les Crusaders et les autres franchises kiwis ont gagné dix-sept fois, en laissant seulement quatre titres aux Australiens et trois aux Sud-Africains.

Un tournoi plus régional

Devant le succès populaire et médiatique du Super Rugby Aotearoa, la Fédération néo-zélandaise (NZRU) veut donc une compétition centrée sur la région du Pacifique avec, dans une version idéale, huit équipes : les cinq franchises du pays au long nuage blanc, une autre regroupant des joueurs du Pacifique et deux autres australiennes. Face au tollé né de cette première annonce, la NZRU a mis de l’eau dans son vin, en indiquant que la formule idéale se situait entre huit et dix équipes, ce qui permettrait aux Australiens d’avoir entre quatre ou cinq franchises, le tout dépendant de la vitesse à laquelle l’équipe Pasifika pourrait être mise sur pied, pour un départ en 2021. Néanmoins, Mark Robinson, le directeur exécutif de la Fédération, n’a pas écarté la possibilité de jouer contre les franchises sud-africaines sous un format à définir, du genre tournoi final entre les meilleures provinces.

Prochaine étape : la NZRU va demander aux franchises australiennes de répondre à une sorte d’appel d’offres pour mesurer leur intérêt à rejoindre une telle compétition. Dans un bref communiqué bref, Rugby Australia (RA) a pris note de la position de son homologue quant à l’avenir du Super Rugby et souhaite continuer à travailler de manière constructive dans les semaines qui viennent, reconnaissant que la pandémie mondiale avait changé la donne.

Quelle réponse pour l’Australie ?

Cette réponse ouvre la porte à plusieurs options. La première verrait les équipes australiennes répondre à l’offre néo-zélandaise et quatre équipes intégrées dans le nouveau tournoi. L’espoir serait que, pour 2021, les cinq équipes en soient, Pasifika ne pouvant pas être prête à temps. Dans le cas contraire, on se retrouverait dans la même situation douloureuse qu’en 2017, quand il fallut prendre la décision d’exclure une des franchises de l’île-Continent. On parle dès lors d’une éventuelle fusion des Brumbies et de la Western Force qui se trouve en position de force avec le soutien financier du milliardaire minier, Andrew Forrest.

La deuxième option serait que les Australiens préfèrent créer leur propre compétition avec une forte participation internationale (Japon, îles du Pacifique voir Asie du Sud-Est), tout dépendant de l’appétit du diffuseur Fox Sport, une chaîne télé qui apprécie particulièrement la version néo-zélandaise. Dernière option, deux voire trois équipes australiennes participeraient au nouveau Super Rugby, les autres équipes rejoignant le Gobal Rapid Rugby créé par Andrew Forrest pour permettre à la Western Force de continuer à vivre. En tout cas, le nouveau patron de RA n’a pas caché les sentiments qui règnent actuellement en Australie quant aux relations entre les deux voisins, vues comme celle d’un maître à esclaves, le rugby wallaby étant dans une triste situation.

Pasifika : rêve ou réalité ?

Ces propositions étant sur la table, qu’adviendra-t-il de la Sanzaar, l’organisme qui regroupe et gère le rugby de l’hémisphère Sud ? Pour la NZRU, le futur tournoi concocté sera sous sa coupe, la Sanzaar restant en charge du Rugby Championship auquel les Néo-Zélandais tiennent particulièrement. D’ailleurs, les deux instances sont en discussion permanente pour l’organisation de l’édition 2020 qui devrait se jouer en Nouvelle-Zélande, avec les quatre équipes regroupées dans une sorte de mini-tournoi joué sur six semaines. Les recettes de billetterie (puisque le public est autorisé sans limite en Nouvelle-Zélande) seraient partagées entre les quatre équipes, les droits télé étant déjà répartis selon les accords en place.

L’ajout d’une équipe des joueurs du Pacifique est non-négociable pour la Fédération néo-zélandaise, qui souhaite aider le rugby des îles et qui héberge une très large communauté insulaire. "Nous sommes très clairs sur ce point : une équipe Pasifika a un très gros avenir dans cette compétition et il y a déjà des groupes qui ont exprimé leur intérêt à soutenir une telle équipe", conclut Mark Robinson, le boss de la NZRU. Encore faut-il que cette équipe soit viable. L’idée de baser cette équipe à Auckland a pris du plomb dans l’aile car une telle initiative nuirait aux Blues, en lui subtilisant sa base populaire. Sydney serait une solution de repli. Le projet Pacifika fait toutefois écho à un autre, plus en vue, celui de Kanaloa Hawai’i, soutenu par six anciens All Blacks (Jerome Kaino, Joe Rokocoko, Ben Atiga, John Afoa, Anthony Tuitavake et Benson Stanley). La franchise de l’archipel états-unien doit rejoindre la Major League américaine en 2021 ; à moins qu’elle ne préfère rejoindre la nouvelle compétition du Pacifique.

Jacques BROQUET, correspondant
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