À feu et à sang

  • Fabien Galthié (sélectionneur des Bleus)
    Fabien Galthié (sélectionneur des Bleus) PA Images / Icon Sport - PA Images / Icon Sport
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L'édito de Léo Faure... On ne compte plus les guerres, dans le rugby français. Drôle de constat, tout juste huit mois après la nomination de Fabien Galthié et la promesse de 2023 en horizon commun. Une nouvelle histoire, comme il jure de s’en écrire après chaque Coupe du monde. Ce devait être l’entente cordiale, pour ne pas dire l’union sacrée. Dans le sillage des échecs répétés du XV de France, LNR et FFR devaient enfin travailler de concert. Les clubs et le staff du XV de France de même. Mais la Covid-19 est passée par là, a chamboulé le calendrier et les équilibres fragiles d’une paix décrétée, jamais consommée. En année électorale, à la FFR puis la LNR, les défis d’ego ont fait le reste.

Reprenons dans l’ordre. Ce sont d’abord les deux institutions dirigeantes du rugby français, Ligue et Fédé, qui ont tôt fait de brandir une hache de guerre jamais enterrée qu’en surface. À ce jeu de défiances, tous les prétextes étaient les bons. Celui des calendriers, bouleversés par l’arrêt des championnats, en était un superbe.

Goze repartait donc en guerre contre Laporte ? Dans un écosystème éminemment politique, au sens stratégique du terme, il faut plus de subtilité pour bien lire la situation. Goze, qui n’a jamais clairement fermé la porte à une éventuelle candidature à sa propre succession à la tête de la LNR, sait qu’il ne pourra pas le faire sans l’aval de la FFR (via une réforme des statuts). En cas de réélection de Bernard Laporte en octobre prochain à la tête de la "Fédé", l’ennemi d’aujourd’hui devra être l’allié de demain. Il faut donc ménager la chèvre et le chou. Tout en menant bataille.

L’autre front qui déchire le rugby français se dissimule dans les lignes précédentes : celui des élections imminentes à la FFR. Sur cette ligne se déchirent deux familles du rugby français. Celle toute puissante emmenée par les anciens "rapetous béglais", actuellement au pouvoir et suivis par quelques anciens grands barons historiques de la FFR, qui ont survécu au temps et aux courants. Face à elle, une union baptisée "Ovale Ensemble" où l’on retrouve pêle-mêle le joueur le plus capé de l’histoire du rugby français (Fabien Pelous), son joueur le plus illustre (Serge Blanco), l’ancien patron des arbitres (Didier Méné) et deux anciens présidents du syndicat des joueurs Provale (Jean-Marc Lhermet et Sylvain Deroeux). Du beau monde, dans chaque camp, pour une boucherie annoncée.

Si on parle ici de familles, pas de clans, c’est que les lignes de démarcation ne sont pas toujours évidentes à saisir. Une famille est diverse, pas toujours synonyme d’unité. D’un camp à l’autre, qui se font face, des lignes d’amitié traversent et persistent, malgré le contexte. Ce qui complexifie encore la lisibilité des affrontements où, dans la même conversation, un interlocuteur peut vous jurer tout le venin de son adversaire et, deux phrases plus loin, vous en parler comme d’un ami de longue date. Ainsi vont les divorces, jamais manichéens.

Dans ce contexte à la tension déjà hypertrophiée, loin des promesses d’apaisement de l’hiver, le rugby français s’éviscère désormais sur une troisième ligne de front : clubs professionnels contre XV de France. C’est une veille rengaine, que l’on pensait enterrée par l’écriture d’une nouvelle histoire autour de Fabien Galthié. Il n’aura fallu que quatre matchs pour que, à la première contrariété, le contrat de bonnes intentions soit déchiré. Les clubs enragent, solidaires. Et montent au front. Le XV de France appelle à la discussion, tout en campant sur ses positions pour les six matchs d’automne. Décisives, les semaines qui s’avancent acteront un apaisement déjà en sursis. Ou une rupture définitive. Ce serait une catastrophe.

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Les commentaires (1)
Doterive Il y a 8 mois Le 27/08/2020 à 17:51

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