Nostalgie jolie

  • André Boniface avec l'équipe de France en 1959
    André Boniface avec l'équipe de France en 1959 PA Images / Icon Sport - PA Images / Icon Sport
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Carte blanche à Christian Montaignac, écrivain, ancien grand reporter et chroniqueur autour des plus grands événements sportifs. 

« La nostalgie n’est plus ce qu’elle était. » Mille excuses Simone, désolé madame Signoret, la nostalgie, dans le sport, est toujours ce qu’elle était, pour le rugby elle n’a même jamais été aussi jolie. Les derniers Midol en témoignent dont les hautes feuilles sont prédisposées à mieux jaunir que les autres. On peut toujours considérer, comme Léo Ferré, que la nostalgie « intoxique » ou bien qu’elle est une machine à oublier, il fait bon vieillir au chaud avec elle. Et c’est encore au grand Apollinaire de le rappeler comme pour rendre hommage à ce ballon pointu qu’il n’a pas connu : « Passons, passons, puisque tout passe/Je me retournerai souvent. » Le poète a raison, on aime toujours autant monter dans le rétro pour y prendre les meilleures correspondances. Cependant, nul ne niera que la nostalgie a une touchante tendance à ne retenir que le meilleur.

Ainsi, dans ces mêmes pages, au moment de célébrer l’irrésistible saison 1979 du RC Narbonne et de ressusciter le titre le plus mérité, a-t-on préféré insister sur l’unique essai d’une finale illuminée par l’éclair du jeune Didier Codorniou. Car, pour le reste, les amis, cette même finale, perdue par Bagnères, s’est imposée comme l’une des plus pénibles de l’histoire. Il suffit d’ouvrir l’inoubliable Année du Rugby 1979, merci pour l’auteur, et d’y lire combien fut « détestable » le match avec ses blessés, ses expulsés, où, selon Roland Bertranne, « il fallait surtout éviter de tomber ». Oui mais voilà, aussi vrai qu’il faut se souvenir des belles choses, chou, bijou, Codorniou, cette percée était princière, nous ne l’oublierons jamais.

D’un même élan attendri, on peut revenir au Racing de l’ami Guillard dont la victoire dans la finale 1990 contre Agen, avec sa quarantaine de mêlées, la plupart rejouées, et ses longues empoignades, ne fut pas celle du lycée papillon. Mais, longtemps après, les souvenirs virent plus au rose des nœuds, en particulier celui offert par le fantasque « Jean-Ba’ » Lafond au Président Mitterrand, qu’au rosse du jeu. Ainsi va la nostalgie qui, toujours, embellit. Et c’est toujours ça de pris, de ressenti, quand on songe, bonsoir les covidés, à la finale 2020 que l’on n’est pas près de voir, même en pensées. Par bonheur, l’imaginaire vient au secours de certains dont nous sommes.

Les mêmes sont capables d’être émus par Vincent Etcheto reprenant les mots de son grand-père pour chanter cette merveille de Jean Dauger que l’on n’a jamais vu jouer sans cesser de l’imaginer. Ici, la nostalgie est une maladie d’amour, un virus incurable qui résistera à tous les vaccins.

On ne reprochera jamais à André Boniface d’avoir été champion de France en 1963 avec Mont-de-Marsan après un match minable contre le Dax de « Bala ». Trois coups de pied, dont deux de lui, y ont suffi ce qui ne restera pas la marque de ce seigneur du travail à la main. Voilà comment, tout passe avec Boni et les siens mais rien ne lasse, ce passé qui ne s’arrête pas de passer a encore de l’avenir et nous aide même à rajeunir.

Il est temps de poser mon porte-plume en bois, d’éteindre mon Teppaz et de finir ma madeleine. Tournez manège, dans ma 2 CV, où une vieille vitre bat au vent, j’y pense. Ce France-Irlande, annoncé au printemps, c’est pour quand ?

Christian Montaignac
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