Quand notre jauge déborde

  • Les supporters lors du match amical entre Béziers et Toulouse
    Les supporters lors du match amical entre Béziers et Toulouse Icon Sport - Icon Sport
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L'édito d'Emmanuel Massicard... Nous vous devons la vérité : tels d’aimables rendez-vous estivaux sans véritable intérêt sportif, les premiers matchs amicaux peinent depuis toujours à toucher la grande foule, à réveiller les journalistes engourdis par la canicule et le souvenir fiévreux des dernières phases finales. Souvent, pour tout dire de l’exercice, ils passent carrément inaperçus. Pour de bon et sans concession. Zappés en attendant la suite et le vrai début de l’aventure, quand tous les effectifs seraient affûtés, les internationaux sur pied et les stratégies enfin maîtrisées.

Cette saison échappe à la tradition. Le contexte impose ce qu’il faut de retenue et de sobriété mais il convient quand même de savourer la juste valeur des choses. Après cinq mois d’un lourd silence, le rugby a enfin repris ses droits ce week-end, pour nous offrir de précieuses retrouvailles. Le constat s’affiche d’emblée : l’absence n’a pas éteint la passion. Dans tous les stades, malgré la distance et des "jauges" -quel drôle de mot- limitées à 5 000 personnes, nous avons repris vie.

De Béziers à Biarritz en passant par Perpignan, Rouen ou Agen, ce fut un défilé de plaisirs simples -souvent emprunts d’une naïveté touchante- qui ont témoigné du bonheur des différents acteurs, et du nôtre dans la foulée. Ne guignons pas ces instants précieux : quelle que soit la qualité du rugby produit sur les terrains, les premiers matchs claquent comme des bulles de champagne un jour de fiançailles.

Nous y verrons forcément de belles promesses pour demain et la certitude, aussi, que le Top 14 et la Pro D2 méritent mieux que des stades trop vides avec cette fameuse limitation à 5 000 personnes.

Ce week-end, sans avoir l’air d’y toucher, les organisateurs des différentes rencontres ont ainsi prouvé qu’ils étaient parfaitement capables d’assumer les retrouvailles en public.

À ce moment de l’histoire, pour peu que les conditions sanitaires soient maîtrisées, on se dit que cette fameuse jauge qui contraint l’économie des clubs méritera d’être revue à la hausse. Reconsidérée selon les stades et en fonction des régions. Reconsidérée à la mesure des efforts consentis par les dirigeants. Reconsidérée, enfin, à l’aune des différences vécues ce week-end comme des injustices.

Un seul exemple soulevant l’incompréhension, celui du Puy du Fou, en Vendée, où 9 000 personnes étaient rassemblées samedi soir le temps d’un spectacle en plein air. C’est quasiment deux fois plus que dans les stades de foot ou de rugby, pour des conditions similaires. Deux poids, deux mesures…

Notre jauge déborde. Si l’on peut entendre que les préfets des pays du rugby, prudents, n’aient pas encore été sensibles aux demandes des dirigeants de leurs clubs, on ne comprendra franchement pas qu’ils restent figés dans leurs principes quand la situation permettrait une amélioration. Comment le justifier sans une nouvelle fois porter atteinte à la crédibilité du sport, l’éternel parent pauvre de notre société ? Incompréhensible, oui…

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