Roman d'un club - Paris UC, le club de tous les délires

  • L’équipe mythique de la saison 46-47. Pierre Charpy est le premier à gauche au second rang. Louis Adami est le huitième. Jean Pétriacq est le premier à gauche au premier rang.
    L’équipe mythique de la saison 46-47. Pierre Charpy est le premier à gauche au second rang. Louis Adami est le huitième. Jean Pétriacq est le premier à gauche au premier rang. DR
  • Le club de tous les délires Le club de tous les délires
    Le club de tous les délires
  • En bas, Gérard Krotoff, dit "Attila", âme du Puc pendant plus de cinquante ans. En bas, Gérard Krotoff, dit "Attila", âme du Puc pendant plus de cinquante ans.
    En bas, Gérard Krotoff, dit "Attila", âme du Puc pendant plus de cinquante ans. - DR.
  • Un Puc-Montélimar en 1953 dans l’ancien Charléty.
    Un Puc-Montélimar en 1953 dans l’ancien Charléty. MIDI-OLYMPIQUE - PHOTO ARCHIVES
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    Le club de tous les délires
  • Le  PUC en tournée a Madagascar
    Le PUC en tournée a Madagascar
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    trophée du marathon des leveurs de coude a Paris (organisé par J Cormier: 42 bistrots au lieu de 42 km dans le 6eme arrondissement) gagné par le PUC equipe de 12 deguisés en academiciens sur des Anes
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Le Puc est un club sans équivalent. Il a fréquenté le haut niveau dans un esprit festif qu’on a de la peine à imaginer aujourd’hui. Mises à nu, chansons paillardes, canulars en tous genres, tournées délirantes. Ses coups d’éclat valent bien des trophées. la preuve, on en parle encore.

"On montrait notre cul, mais il y avait une certaine façon de le faire ! Ce n’était jamais gras !" Amis du rugby, bienvenue au pays des aristocrates de la bamboche, des orfèvres du canular de carabins ou des ténors de la chanson paillarde. Yann Le Doré, figure du Puc, tente de nous faire toucher du doigt l’essence d’un club fantaisiste à l’excès, mais capable de jouer trois demi-finales du championnat (1947, 1955, 1958), plus une du groupe B (1983), d’être champion de deuxième division (1969), Reichel (1979) ou Crabos (1987), fier aussi d’avoir formé une quinzaine d’internationaux (Burban, Fofana, Aucagne, Gabrillagues). Dans cet acronyme, PUC, c’était évidemment le U qui était important. U comme "Université". Le Puc était un club estudiantin qui prit son envol à une époque où la province comptait encore peu d’universités.

Charpy, intello frappeur

Sa couleur, le violet. Ses points de chute, le Stade Charléty et la cité universitaire, porte de Gentilly. Il tombait pile pour accueillir les rugbymen bacheliers, venus étudier dans la capitale et découvrir ses plaisirs. Louis Adami par exemple, deuxième ligne sculptural des années 40 était venu de Clermont-Ferrand pour faire sa médecine. En 1947, il formait une paire célèbre avec un certain… Pierre Charpy, qui deviendrait plus tard une figure du journalisme politique. Ce colosse lettré qui avait préparé Normale Sup était une vraie terreur. Quand nous l’écoutions dans les années 80 débattre sur les ondes de France Inter, nous avions du mal à l’imaginer guerroyer sur les terrains boueux du championnat. Pourtant, il s’y était fait une sacrée réputation. Adami sautait pour prendre les ballons, Charpy était son "protecteur". Nous l’imaginions dans la fournaise des regroupements, réviser les bases de sa carrière de journaliste parlementaire : une motion de censure par-ci, une suspension de séance par-là, un "49-3" pour déclencher une générale bien sentie. Parlait-il de tout ça quand il interviewait Georges Pompidou, dont il devint l’intime ? Quelques photos le montrent dans sa vingtaine, en manteau de prix coiffé d’un chapeau melon. La photo de ce milord prêt à en découdre nous faisait entrevoir les excentricités de ce rugby parisien qui ne se prenait pas au sérieux, mais qui tutoyait pourtant l’excellence. La palme du noctambulisme revenait à un certain Jean Pétriacq, trois-quarts aile artiste de cabaret à l’occasion et futur journaliste lui aussi. Claude Haget, Guy Stener, l’attelage Frémaux-Hoche, la rigolade n’empêchait pas les violets de se mêler aux Bleus, même en tournée en Afrique du Sud.

Gérard Krotoff, le plus flamboyant de tous

La plus flamboyante des figures du Puc s’appelait Gérard Krotoff (génération 1955-58), troisième ligne international B. Il était Puciste jusqu’au bout des ongles puisque son père et son oncle avaient fondé le club. Il était l’héritier d’un laboratoire pharmaceutique qui fabriquait, entre autres, le Dolpic, ingrédient indispensable des avant-matchs. Il serait président "autoproclamé" du Puc rugby pendant vingt ans, grande gueule par excellence. On le surnommait "Attila" car il arrachait de l’herbe avant de butter, et on disait qu’elle ne repoussait plus. Son fait d’armes ? Une fiesta d’anthologie en 1955, après la demie à Béziers perdue face à Lourdes d’un rien (8-6). Les Pucistes avaient enfermé le personnel de la SNCF dans une cabine avec des bouteilles d’alcool pour atténuer leur peine. Pris de panique, les autorités ferroviaires avaient décroché du train le wagon-restaurant qu’ils avaient colonisé en gare de Matabiau, à Toulouse. Le voyage prenait des proportions délirantes à tel point que, les autres battus des demies, les joueurs de Romans, qui passaient par là, étaient persuadés que les Pucistes avaient gagné.

"On a fait des trucs énormes. Maintenant, on irait en prison, c’est sûr. Rendez-vous compte : moi, ma spécialité, c’était les pétards que je faisais éclater en plein dans les avions " poursuit Yann Le Doré. On ne parle pas ici d’un éternel adolescent irresponsable, mais d’un cadre important de Veolia et du business de la collecte des déchets. "J’ai embauché plein de gars du Puc, mais ils ont toujours bossé. Même le champion du monde Ewen McKenzie."

À se repasser les faits d’armes des Pucistes de la grande époque, on ne peut qu’être nostalgique du rugby d’antan, qui octroyait tant de libertés. Le Puc cochait toutes les cases, le mélange des traditions estudiantines, du particularisme de la vie parisienne, de l’autodérision et de la subtilité (oui, oui) de certains intellectuels aboutissait à un cocktail unique. Cette façon de se livrer à des outrances avec un certain panache, une recherche même qui n’avait pas d’équivalent en province. Les esprits y étaient un peu plus étroits, moins créatifs, la pression du public et des dirigeants plus castratrice.

Du rugby carnaval

Le Toulousain Jean-Louis Inart a connu le maillot violet en cadets et juniors, quand il monta à Paris pour suivre ses parents. "à mon arrivée, j’ai tout de suite compris que le Puc était à part, il était même complètement décalé. Pourquoi ? Sans doute parce qu’il drainait des gens de tous les horizons. Et puis Krotoff était vraiment un gars très charismatique, il aimait la vie et le partage. J’ai fait partie de la génération championne Reichel en 1979. Quand nous sommes revenus sur le quai de la Gare d’Austerlitz, les anciens sont venus nous accueillir d’une façon inoubliable." Gérard Krotoff avait fait venir Jean-Marie Rivière, roi de la nuit parisienne, meneur de revue le plus connu de l’époque pour célébrer ce moment. "Pour la finale de deuxième division en 1969, nous étions arrivés déguisés en moines, avec une voiture de luxe", poursuit Le Doré. Jean-Paul Menain, historien du club, dément : "Non, nous étions en hippies !" D’autres récits décrivent les Pucistes travestis en bagnards : "Oui, mais ça, c’était pour une tournée en Amérique du Sud." Jean-Louis Inart relie l’esprit puciste à un écrivain, l’ineffable Antoine Blondin, né pour être une mascotte violette. "Il avait monté le marathon des leveurs de coudes, 42 bars parisiens à animer dans la journée. Le Puc avait son équipe, je me souviens que les gars étaient déguisés en… serpillière. Ils avaient en plus "emprunté" les véhicules de la propreté de la ville de Paris." De quoi sidérer un jeune provincial. "Oui la période des années 60-70, c’était vraiment le pompon. Mais la société acceptait aussi des facéties, que maintenant, elle n’accepterait plus" explique le président actuel du club Jérôme Bousquet qui a joué, après la grande époque. Les générations des trente glorieuses en ont bien profité : "On finissait au Quartier Latin, chez Castel, qui nous virait quand on exagérait ou chez Tony", poursuit Yann Le Doré. "Mon plus beau souvenir, c’est vers 1972 en tournée au Chili : les flics nous avaient ramassés avec un camion-benne et on s’est retrouvés plus ou moins à poil, dans un commissariat de Santiago. On s’est dit : "On arrête ou on continue ?" On a continué, avec des futurs médecins qui simulaient le coma éthylique, qui dégueulaient devant des flics. On avait aussi chopé les tampons du commissariat, pour les appliquer sur le front des agents qui nous surveillaient." Les tournées étaient une spécialité du Puc, elles participaient à l’attractivité du club : "Elles venaient de notre bonne image dans les pays anglo-saxons. À la différence des autres clubs français, nous étions garants d’un certain amateurisme. Alors, ils nous accueillaient avec générosité, en nous logeant parfois gratuitement" précise Le Doré. Afrique du Sud, Nouvelle-Zélande, Irlande, Angleterre, mais aussi Madagascar. Les Pucistes se sont dévêtus sous toutes les latitudes, refrains paillards en prime.

On peut dater la fin de la grande période du Puc aux années 90 avec la montée de 1996, le professionnalisme était en marche. Daniel Herrero était manager et comme un ultime clin d’œil, ses joueurs avaient posé entièrement nus sur un bulldozer dans un Charléty en travaux. Cette image fait figure à nos yeux d’adieu du Puc au rugby de haut niveau. Après 1997, le club ne retrouvera plus l’élite, il vivra même une très grave crise financière dans les années 2002-2003 qui aurait pu le faire disparaître.

Ce club n’était pas fait pour le professionnalisme, c’était une évidence. "D’ailleurs, nous n’avons jamais rien touché. Jamais ! Au contraire, il fallait payer notre cotisation. Krotoff nous le rappelait souvent, se souvient Le Doré. En échange, les équipiers premiers recevaient un bon pour s’acheter une paire de chaussures, c’est tout !"

Des stars étrangères chez les Branquignols

Le plus incroyable, c’est que ces Pucistes fantaisistes et branquignols attiraient des stars étrangères, à faire pâlir les recruteurs d’aujourd’hui. Ewen McKenzie (Australie), Ken Kennedy, talonneur de l’Irlande et des Lions, Andrew Ripley, troisième ligne anglais à la chevelure d’apache et surtout… Graham Mourie, capitaine des All Blacks. Celui dont La Rochelle n’avait pas voulu (lire Midi Olympique du 21 août). Où s’est-il retrouvé ? à Charléty, chez les Pucistes et pour pas un rond assurent tous les témoins. Logé par le médecin du club qui l’initia aux grands crus français. Voilà comment, Graham Mourie sans chichis se retrouva à jouer une finale de Groupe B contre le Hagetmau d’Alain Lansaman en 1983. "Mourie est devenu plus Puciste que les Pucistes. Quand il revient en France, il cherche toujours à revoir les gens du club." détaille Jean-Paul Menain.

Les étrangers venaient là par plaisir, pour apprendre le français, faire parfois des études. Ils avaient visiblement du mal à s’en aller puisque Ralston et Ripley venaient jouer le dimanche avec le Puc en deuxième division, après avoir fait un match le samedi avec leur club anglais. "Je crois quand même qu’on leur remboursait le voyage", estime Le Doré. Des internationaux qui jouent dans deux clubs et dans deux pays en même temps. Elle n’était pas belle la vie, à l’époque ?

Les Français venaient au Puc spontanément, entraînés par des copains où par les hasards de la vie. Jean-Paul Menain jouait dans le Jura : "Je suis venu à Paris en 1963 pour passer le professorat de sports. Tous les membres du jury étaient Pucistes, ils m’ont demandé tout de suite si je ne voulais pas venir au club. On s’entraînait sérieusement, deux fois par semaine, mais aujourd’hui je me dis que si nous avions moins fait les imbéciles, nous aurions obtenu de meilleurs résultats."

L’un des côtés fascinants du Puc était la profession et la destinée de ses joueurs : privilège du rugby parisien. Peu d’équipes ont eu un troisième ligne célèbre dessinateur humoristique : Roger Blachon (années 60-70) ou un ouvreur chanteur d’opérette : André Dassary (années 30). On en oublie évidemment. "Jamais je n’aurais fait la carrière que j’ai faite dans l’industrie si je n’avais pas joué au Puc. Cette atmosphère me tirait vers le haut. Les clubs provinciaux qui me contactaient me proposaient des emplois sans intérêt", confie Yann Le Doré.

Évidemment, depuis les années 2000, le Puc est rentré dans le rang, Il est désormais en Fédérale 2. De la glorieuse époque, reste encore le souffle de la tradition. Dans sa jeunesse, Wesley Fofana l’a expérimenté : "Les repas d’avant-matchs joyeux, le lâcher-prise en soirée… Bien sûr que j’ai connu l’esprit festif du Puc. La déconnade, c’est encore dans les gênes du club. Les déguisements aussi se pratiquaient encore, parfois dans l’improvisation. J’ai joué en équipe première, Vincent Moscato était venu nous entraîner. Vous le connaissez, ça correspondait à son esprit." Le Puc n’est donc pas mort, car il blague encore.

Aujourd’hui, le Puc se débat avec 520 000 euros de budget et ne donne pas de "fixe" aux équipiers premiers. Son président Jérôme Bousquet a choisi de mettre l’accent sur la formation, riche de ses 220 jeunes à l’école de rugby. "Nous sommes fiers de voir nos équipes de jeunes exister au niveau national. Nous recrutons dans les douzièmes, treizièmes, quatorzièmes arrondissements, un peu de cinquième et sixième aussi. Mais nous ne négligeons pas l’équipe première pour autant… Le Puc garde des étudiants, associés à des profs de gym et à des gendarmes." Le Puc n’est pas mort, car il forme encore.

Le mélange des traditions estudiantines, du particularisme de la vie parisienne, de l’autodérision et de la subtilité (oui, oui) de certains intellectuels aboutissait à un cocktail unique. Cette façon de se livrer à des outrances avec un certain panache.

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