Nouvelle-Zélande : le rugby élevé au rang d’art majeur

  • Jordie Barrett, l’arrière, auteur d’un essai rageur avec la sélection du Sud malgré un double plaquage des défenseurs du Nord.Photo Icon Sport
    Jordie Barrett, l’arrière, auteur d’un essai rageur avec la sélection du Sud malgré un double plaquage des défenseurs du Nord.Photo Icon Sport
  • Will Jordan, l’ailier des Crusaders et de l’Ile du Sud a inscrit deux essais. Photo Icon Sport
    Will Jordan, l’ailier des Crusaders et de l’Ile du Sud a inscrit deux essais. Photo Icon Sport
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En réssucitant le traditionnel "interisland match", les dirigeants néo-zélandais ont offert à tous les passionnés de rugby un match époustouflant qui a donné au sélectionneur ian foster les derniers enseignements pour constituer son groupe en vue du rugby championship.

L’on avait évoqué cette rencontre comme un match de gala. Certaines mauvaises langues l’avaient même présentée comme une vulgaire initiative pour remplir un stade (initialement l’Eden Park d’Auckland, puis finalement le Sky Stadium de Wellington) et, accessoirement, les caisses de la fédération néo-zélandaise. Manqué. Crise sanitaire oblige, le match fut finalement disputé à huis-clos avec, pour seule ambiance, une bande-son reproduisant des chants de supporters, comme c’est aujourd’hui devenu monnaie courante malheureusement. Mais bon sang que ce fut bon ! Un match de gala vous dites ? Que nenni. Ce choc Nord-Sud fut en réalité un véritable test-match, digne d’une demi-finale de Coupe du monde ou d’une finale de Rugby Championship, l’inhibition en moins.

Il faut reconnaître d’abord que l’affiche n’avait rien d’un bricolage mercantile. Ce choc des îles, traditionnellement connu sous le nom d’Interisland match, a connu sa première édition en… 1897. Avant samedi dernier, il s’était joué à 80 reprises, connaissant des interruptions lors des deux Guerres Mondiales et une disparition subite en 1995, au moment où le rugby devint professionnel. Le Nord avait remporté jusqu’alors 50 victoires. Mais samedi soir, les Sudistes ont réduit l’écart en arrachant la quatre-vingt-unième édition sur le score de 38 à 35 au terme d’un chassé-croisé aussi sublime que haletant.

Au vrai, les joueurs n’avaient que faire de la tradition en comparaison avec l’enjeu sportif que présentait cette rencontre qui était tout sauf amicale : en pénétrant sur le terrain, ils savaient que ce match était leur dernière occasion de briller aux yeux d’Ian Foster, le sélectionneur néo-zélandais, qui dévoilerait son groupe pour le prochain Rugby Championship le lendemain matin. Jeunes talents aux dents longues, absents du dernier Mondial, blessés de longue durée enfin remis sur pied, cadres menacés par la concurrence… Tous, sans exception, avaient une bonne raison de faire le match de leur vie. Et ils l’ont fait, pour notre plus grand bonheur, ainsi que pour celui d’Ian Foster, qui a trouvé là bon nombre d’enseignements.

Le pack du Sud, les trois-quarts du Nord

Le premier, c’est que le pack des Crusaders est bien le plus fort du pays. Dans le sillage des "Croisés" Moody, Taylor, Whitelock, Christie et Sanders, les avants sudistes ont dominé la rencontre devant, grâce à une mêlée impériale et des ballons portés destructeurs. En face, malgré les prestations pleines de dynamisme du capitaine Patrick Tuipulotu, du jeune talonneur Asafo Aumua, ainsi que d’une troisième ligne Ardie Savea- Hoskins Sotutu- Akira Ioane, le pack nordiste a été dominé dans le jeu direct et dur, comme celui que les Crusaders ont l’habitude de développer. En revanche, les trois-quarts nordistes ont fait l’étalage d’un talent offensif rare…

McKenzie et Rieko Ioane de retour au plus haut

Un talent qui éclata dès les premiers instants de la rencontre et trouva son point d’orgue à la 20e minute où Clarke, Ioane, et Perenara firent un festival de passes après contact pour offrir à McKenzie un essai en bout de ligne au terme d’un superbe mouvement. Grand absent du dernier Mondial en raison d’une grave blessure, l’arrière blondinet des Chiefs a signé un excellent match assorti d’un 5/5 au pied, histoire de se rappeler au bon souvenir de son sélectionneur. Idem pour le prodige Rieko Ioane qui avait relativement déçu au Japon. Auteur de deux essais ainsi que d’accélérations fulgurantes et de passes lumineuses, le centre des Blues d’Auckland semble en position de prendre la place de Jack Goodhue au centre de l’attaque noire, d’autant que son association avec Anton Lienert-Brown a fonctionné à merveille au Sky Stadium…

L’heure de Jordie Barrett ?

N’allez pour autant pas croire que les trois-quarts sudistes furent en reste. Outre l’ailier Will Jordan (lire ci-contre), un autre trois-quarts sudiste a brillé de mille feux : l’arrière Jordie Barrett, titularisé à l’arrière. Puissant, véloce, précis dans son jeu au pied (on lui avait confié la responsabilité des buts) et irréprochable en défense, le cadet de la fratrie Barrett semble désormais prêt à postuler au maillot noir frappé du 15. Mais la concurrence avec Damian McKenzie s’annonce terrible.

Barrett, Mo’unga… Mo’unga, Barrett…

Enfin, ce match était aussi une parfaite occasion d’opposer les deux meilleurs ouvreurs au monde du moment, en l’occurrence Beauden Barrett et Richie Mo’unga histoire de savoir qui était le meilleur. Alors ? Alors… Difficile d’apporter une réponse claire, tant les deux ouvreurs semblent proches. Barrett a semblé légèrement supérieur, mais peut-être pas suffisamment pour déloger Mo’unga qui a encore délivré quelques superbes passes dans les intervalles pour ses coéquipiers. Et vous savez quoi ? Tout numéro 1 au poste qu’il reste, Mo’unga ne fut même pas l’auteur du coup de génie qui donna la victoire au Sud. Non, ce fut l’œuvre de l’ouvreur de Higlanders Josh Ioane (25 ans, 1 sélection) qui délivra une superbe passe au pied décroisée pour Will Jordan, dans les arrêts de jeu… Quand on vous dit que le réservoir néo-zélandais paraît intarissable…

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