Parisse : « J'aimerais raccrocher les crampons avec la conviction d'avoir tout donné pour ce sport »

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Auteur d'une performance XXL contre les Scarlets, Sergio Parisse a inscrit l'essai libérateur pour le RCT. À 37 ans, l'international italien n'en finit plus de surprendre. Et alors qu'on pouvait imaginer que la saison passée était la dernière de sa glorieuse carrière, le numéro 8 toulonnais RCT a raffûté tout le monde en prolongeant le plaisir d'un an. Entretien.

Sergio, quelques jours après la qualification contre les Scarlets, comment allez-vous ?

Je suis heureux : disputer et remporter un quart de finale européen coupe d'Europe n'est pas commun. Surtout pour ce très jeune groupe. Beaucoup de mecs découvraient ce genre de rendez-vous pour la première fois de leur carrière. C'était un match compliqué et nous avons trouvé les ressources pour retourner une situation délicate. Leicester ? Il va falloir monter d'un cran, notamment au niveau de l'engagement physique. J'espère qu'on décrochera notre ticket pour la finale.

Avez-vous eu peur que ce quart de finale vous glisse entre les doigts ?

Nous avions confiance en notre plan de jeu. Même menés 6-0 à la pause, nous étions convaincus que ça allait passer, même si nous avons manqué d'efficacité dans les zones de marque. Lors des matchs de phases finales il n'y a pas des milliers d'occasions, et nous n'avons pas réussi à concrétiser toutes nos occasions contre Llanelli. Face à Leicester, on aura peut-être un ou deux opportunités et il sera interdit de les galvauder. Car même s'ils sont en difficulté dans leur championnat, ça reste une équipe de très haut-niveau, avec des joueurs d'expérience comme Ben Youngs, Tom Youngs, Tomas Lavanini, Dan Cole ou encore George Ford.

Vous qui avez disputé de nombreuses phases finales, que pensez-vous de ces matchs couperets dès septembre ?

C'est inédit, mais une opportunité géniale : il faut prendre conscience qu'au bout il y a un trophée européen... On n'est pas certain d'en jouer un autre dans nos carrières respectives, alors on n'est pas autorisé à passer à côté. C'est excitant : on est à Mayol, Leicester est une équipe avec une histoire européenne très riche et tous les mecs veulent être alignés. On sera très motivés pour cette demi-finale.

Challenge Cup - Sergio Parisse (Toulon) contre les Scarlets
Challenge Cup - Sergio Parisse (Toulon) contre les Scarlets Icon Sport - Icon Sport

Leicester n'a pas joué contre Castres le week-end dernier. Est-ce une bonne ou une mauvaise nouvelle pour Toulon ?

Avant de regarder l'adversaire, il faut se concentrer sur notre jeu. Notre base de travail, c'est ce que nous avons produit depuis le début de saison, et notamment contre Llanelli ; pas ce qu'ont fait les autres équipes. La seule priorité, c'est d'être prêts samedi, quelque soit le niveau de Leicester.

Vous qui avez gagné le Challenge Cup en 2017 avec le Stade français et qui connaissez ces échéances européennes, que représente cette demi-finale ?

Un nouveau chapitre pour l'histoire de ce jeune groupe. Ce n'est peut-être pas la «grande» coupe d'Europe, mais c'est un objectif affiché depuis presque un an. Malgré le report, ça demeure très important pour la construction de ce groupe.

On aime parler du "RCT nouveau". Est-ce que cette compétition pourrait être la première pierre de ce projet ?

Toulon est en train d'écrire une nouvelle histoire : il y a eu un changement de président, la prolongation de Patrice et la reconstruction d'un groupe assez jeune, mais si on peut gagner rapidement on ne s'en privera pas. Il faut être humbles mais ambitieux : si on a l'occasion de remporter ce trophée, il faut foncer. De mon côté je ne poserai pas une pierre, mais si je pouvais au moins poser ma petite brique dans la construction de ce projet, ce serait génial.

En revenant à vous : vous pensiez que la saison passée serait peut être la dernière, et vous avez finalement accepté la proposition de prolongation du RCT. Pourquoi ?

Avant l'arrêt des compétitions, je jouais beaucoup et je me sentais très bien. Physiquement j'étais en forme et le club a voulu me prolonger d'une saison. De mon côté il y avait cette volonté de finir sur une bonne note, car je sentais que ma mission a Toulon n'était pas encore totalement accomplie. La volonté était donc partagée et ç'a été très rapide. C'était naturel pour moi de rester au RCT.

Comme si vous vouliez choisir votre sortie plutôt que la subir...

J'avais envie de finir en jouant à un bon niveau. Mais parfois nous ne contrôlons pas tout, et cette pandémie mondiale a précipité les retraites de nombreux joueurs... Moi j'ai eu la chance d'être toujours en forme physiquement, d'avoir la confiance d'un club pour lequel je voulais me donner. Désormais l'objectif est que Toulon ne regrette pas sa décision. En tout cas je ne regrette pas la mienne.

La saison dernière vous nous aviez confié que malgré l'envie de continuer, les lundis post-matchs devenaient compliqués. Ça ne semble pourtant pas vous avoir dissuadé de prolonger le plaisir...

Je connais parfaitement mon corps : je sais quand je peux pousser et quand il faut impérativement récupérer. Je dégage beaucoup d'énergie, je m'implique aux entraînements et je refuse d'être à 90%, mais j'ai 37 ans, et j'ai dû accepter qu'il fallait être intelligent et adapter mes charges de travail.

Top 14 - Sergio Parisse (Toulon) à l'entraînement
Top 14 - Sergio Parisse (Toulon) à l'entraînement Icon Sport - Icon Sport

La présence de Julien Dupuy dans le staff a-t-elle compté dans votre prolongation ?

Julien est un ami, et son arrivée m'a fait énormément plaisir. C'est quelqu'un de très compétent, qui va faire grandir l'équipe. Et forcément, avoir un ami de longue date sur Toulon était quelque chose de plaisant. Ç'a compté dans ma réflexion. Ce n'est pas ce qui m'a poussé à prolonger, mais c'était un plus non négligeable. On n'est plus coéquipiers, mais c'est chouette de partager avec lui ma dernière saison.

Peut-on donc considérer que c'est la "vraie" dernière ?

L'année dernière il y avait 99% de chance que ce soit ma dernière, et je crois bien que j'ai déjoué mes propres pronostics (sourire). Je n'ai jamais aimé faire d'annonce, mais oui, il y a de fortes chances que ce soit la dernière. Aujourd'hui je vis au jour le jour, j'essaye de profiter, de finir cette saison sur une bonne note et on prendra une décision au moment venu. Il ne faudra pas faire la saison de trop, et je n'aurai pas peur de dire stop. Si j'ai décidé de continuer cette saison c'est parce que j'avais l'énergie physique et mentale pour le faire. On verra ce qu'il se passe d'ici quelques mois.

Vous venez de souffler votre 37e bougie, mais ça ne vous a pas empêcher d'être à la conclusions de deux essais de 60 mètres contre Llanelli (le premier a été refusé). Qu'avez-vous de plus que les autres "vieux" de ce sport ?

Je ne suis pas un magicien, je suis simplement extrêmement rigoureux sur ma préparation et j'ai accepté qu'à mon âge il était indispensable de faire pleins de petits sacrifices : arriver plus tôt au club, gérer mes repos, passer du temps avec les kinés. Je mets toutes les chances de mon côté, mais je ne suis pas meilleur que les autres joueurs à mon âge. J'essaye simplement d'avoir un style de vie sain, je connais mon corps et je n'hésite pas à lever le pied au besoin.

Patrice Collazo dit qu'au quotidien Sergio Parisse a besoin d'un Louis Carbonel, et que Louis Carbonel a besoin d'un Sergio Parisse. Qu'en pensez-vous ?

Je sens bien que les mecs sont à l'écoute, sont très respectueux et j'essaye de les encourager, de leur tenir un discours très positif, de les motiver, de leur donner de la confiance et de montrer que malgré mes 37 ans je suis le plus rigoureux possible. Je ne veux pas baisser la tête devant eux. Je veux être un exemple sur et en dehors du terrain. Je me revois à leur âge : je prenais exemple sur les anciens, et c'est un cycle naturel au sein de n'importe quel club. C'est important d'avoir un équilibre entre la jeunesse et l'expérience.

Et dans l'autre sens : que vous apportent-ils ?

De l'énergie, de la bonne humeur et de l'enthousiasme ! Ils sont jeunes, vivent à 100km/h, ça me fait du bien. C'est un groupe très sain, et je m'éclate au milieu de tous ces mecs, même si les discussions entre des mecs de 22 et de 37 ans ne sont pas toujours les mêmes (sourire). On partage sur nos visions du rugby et de la vie, et je pense que je n'ai jamais fermé la porte à un mec plus jeune que moi. La vie de rugbyman à mes 20 ans est différente de ce qu'ils vivent aujourd'hui, mais c'est super enrichissant. On discute, on se chambre et tout le monde se sent à l'aise, moi le premier.

Enfin, que peut-on vous souhaiter pour cette potentielle dernière saison ?

De remporter trois trophées : la Challenge Cup, le Top14 et la Champions Cup (sourire). C'est dans l'adn de ce club de gagner des titres. Mais je suis superstitieux et préfère ne pas faire de prono... J'aimerais pouvoir raccrocher les crampons sans regret, avec la conviction d'avoir tout donné pour ce sport. Que la fin intervienne en juin prochain ou plus tard.

Top 14 - Sergio Parisse (Toulon) contre La Rochelle
Top 14 - Sergio Parisse (Toulon) contre La Rochelle Icon Sport - Icon Sport

Propos recueillis par Pierrick Ilic-Ruffinatti
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