Ce Racing au statut de favori

  • Le Racing 92 affrontera Exeter en finale de Champions Cup
    Le Racing 92 affrontera Exeter en finale de Champions Cup Icon Sport
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Samedi, à Nanterre, les Racingmen ont mis un terme à la domination des Saracens sur la coupe d’Europe. Qui s’en plaindra ?

C’est un empire qui s’est effondré, sous le sarcophage en béton de Nanterre. C’est à une hégémonie, -une ère, même- que le Racing a mis un terme samedi après-midi, devant mille pékins éparpillés, au cœur d’un stade pouvant en accueillir quarante fois plus. Le roi maudit, vainqueur de trois des quatre dernières éditions de la Champions Cup et exclu du Premiership pour en avoir piétiné le règlement, a donc abandonné sa couronne dans les Hauts-de-Seine et, de toute évidence, le Vieux Continent s’apprête désormais à changer d’époque. « Vous ne gagnerez pas tant que nous ne serons pas partis », lâchait pourtant avant cette demi-finale Alex Lozowski, l’ancien centre de la maison noire, singeant les mots de Michael Jordan du temps où les Bulls de Chicago marchaient sur la NBA.

Le néo-Montpelliérain s’était manifestement trompé et, du côté du « 92 », on se délecte aujourd’hui d’une victoire épique, écrite à la force d’un pack de fer tout autant qu’au trait de poésie du meilleur animateur d’Europe, l’écossais Finn Russell. « Nos joueurs ont fait preuve d’une incroyable force mentale, analysait Laurent Travers, le patron sportif, en conférence de presse. Cette victoire, ils sont allés la chercher avec leurs tripes… »

Le roi est mort, longue vie au rugby

 En tout état de cause, il fallut au Racing bien plus que des « tripes » pour tenir tête au plan de jeu du Grand Satan de la compétition. Au vrai, il fallut surtout des nerfs d’acier pour survivre aux coups de pompe de Wigglesworth, à cette incroyable « rush defense » organisée autour de la tête carrée de Brad Barritt et, aussi, aux incessants temps morts initiés par Maro Itoje, au prétexte d’un lacet défait, par Mako Vunipola, au motif d’une épaule endolorie, par Tim Swinson, pour une arcade sourcilière en souffrance, on en oublie probablement d’autres. Alors, que les Sarries soient de vrais champions est une certitude. Qu’ils soient sur un terrain aussi insupportables que leur jeu est barbant en est une autre : le roi est mort, longue vie au rugby.
 

Laurent Labit : « Le Racing est la meilleure équipe de la compétition »

Pour la troisième fois au cours des cinq dernières années, le Racing 92 se hisse donc en finale de la Champions Cup, hurlant au visage de l’Europe que l’un des plus vieux clubs du territoire, au bord de la disparition il y a quinze ans, fait désormais partie des cadors du Vieux Continent. Laurent Labit, six ans passés dans les Hauts-de-Seine avant de rejoindre les Bleus, analyse : « Le Racing donne l’impression de n’avoir jamais autant maîtrisé son jeu. Que ce soit à Clermont dans des conditions où elle a pu réciter son rugby, ou face à des Saracens qui l’ont très bien empêché de jouer, le Racing 92 est resté concentré, serein, sûr de ses forces. Même menés à cinq minutes de la fin, on n’a pas senti d’affolement, on n’a pas basculé dans le n’importe quoi. À la vue de cette maîtrise, on peut avancer que le Racing est peut-être la meilleure équipe de la compétition ».


Et puisque face aux Sarries, neufs des vingt-trois Racingmen étaient tous issus du centre de formation du club, il faut reconnaître au président Jacky Lorenzetti le talent d’avoir, sur des cendres encore fumantes, bâti une fabrique à champions, montant le centre d’entraînement du Plessis-Robinson au milieu d’un no man’s land, formant quelques-uns des meilleurs rugbymen de leur génération et sachant, pour d’autres, les arracher à Clermont, Toulouse ou le Stade français, d’autres ogres au rayon d’action illimité. Ce bouillon de culture Jiff, bien aidé par quelques internationaux de premier plan (Russell, Ryan, Bird…), roule aujourd’hui à pleine vitesse, à tel point qu’il faudra aux Chiefs d’Exeter être aussi forts que face à Toulouse, s’ils veulent décrocher leur première étoile européenne. Car bonne mère, ce Racing s’appuie sur une génération exceptionnelle qui, de Camille Chat à Hassane Kolingar en passant par George-Henri Colombe ou Boris Palu, peut enfin offrir au club des Hauts-de-Seine l’objet du désir, le titre après lequel les Ciel et Blanc courent depuis qu’ils ont assouvi -ou presque- leur soif de Brennus au printemps 2016, à Barcelone.

Camille Chat est un des leaders du Racing 92
Camille Chat est un des leaders du Racing 92 Icon Sport


Pardon ? Colombe n’a que trente minutes de haut niveau dans les pattes ? C’est l’évidence mais, face aux Sarries, il a une nouvelle fois prouvé, dans le jeu comme en mêlée, qu’il ferait tôt ou tard, s’il daigne se faire violence, oublier Tameifuna. À ses côtés, on salue aussi la résurrection d’Eddy Ben Arous, si précieux au sol, la belle entrée en jeu de l’hyperactif Hassane Kolingar, qui mit au supplice le colosse Vincent Koch en mêlée fermée, la disponibilité de Teddy Baubigny dans le jeu courant, la montée en puissance de Dominic Bird (deux ballons volés à l’alignement des Saracens,…) et, même s’il s’est blessé en assénant un gros plaquage à Alex Goode, le réveil de Fabien Sanconnie, si discret lors de ses deux dernières saisons en banlieue parisienne.

 

Antonie Claassen, le gardien du phare

Mais tout juste éclose, la bleusaille de « Toto » Travers avait pour l’entourer besoin d’un cow-boy, d’un barbon familier du système et de ses pièges. En la personne d’Antonie Claassen, elle l’a semble-t-il trouvé. Lui ? À 36 piges, il traîne ses guêtres en Ile-de-France depuis près de sept ans. International sous l’ère Saint-André puis tombé dans un parfait oubli, Claassen n’a pourtant jamais faibli dans les Hauts-de-Seine, demeurant le premier choix de Travers malgré les concurrences, pourtant féroces au fil des ans, du solide So’otala Fa’aso’o, du prodige Jordan Joseph ou de Yoan Tanga, l’un des plus grands espoirs du poste. Ainsi ? En 2016 et 2018, le Racing s’était hissé en finale de Champions Cup à la grâce du « million dollar baby » Dan Carter, autour duquel le groupe s’était soudé pour mordre les mollets des cadors de l’époque, les Saracens et le Leinster. Cette fois-ci, c’est autour d’une bande de mômes de vingt piges, dont la plupart n’a pas quinze matchs de Top 14 dans les pattes, que les Franciliens se présentent à nouveau sur le toit de l’Europe. Les temps changent, on dirait...

 
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