Toulouse, une semaine jusqu’au bout de l’enfer

  • Toulouse a souffer à Exeter
    Toulouse a souffer à Exeter PA Images / Icon Sport - PA Images / Icon Sport
Publié le , mis à jour

Au bout d’une préparation vécue dans le doute et la peur, face aux contraintes drastiques imposées par l’EPCR et le Royaume-Uni en raison de la situation sanitaire, les Toulousains ne sont pas parvenus à braver tous les vents contraires afin de poursuivre leur rêve de titre européen. Frustrant d’autant que, contrairement à la demie perdue au Leinster, ils semblaient en avoir les moyens.

Mercredi, à l’heure d’évoquer la demi-finale de son équipe perdue au Leinster, voilà dix-sept mois, Yoann Huget lâchait : « Cela avait laissé un goût amer car nous n’avions pas imposé notre jeu et nous n’étions pas tombés en étant le Stade toulousain. » La déception en était-elle plus grande ? Les Rouge et Noir, même sans être eux-mêmes, s’étaient inclinés face à plus forts. Difficile de dresser un constat identique après Exeter.

Oui, cette formation des Chiefs, meilleur club d’Angleterre depuis la chute des Saracens, est un rouleau compresseur pas encore reconnu à sa juste valeur en France. Mais, franchement, ce Toulouse-là avait les moyens de s’imposer à Sandy Park et ne peut objectivement pas se considérer inférieur à son bourreau. « Autant la saison dernière au Leinster, il n’y avait pas eu photo, autant nous avons réussi de bonnes choses cette fois, mais nous avons été trop fébriles », confirme le flanker François Cros. Les regrets sont immenses et le resteront.


Les acteurs pourront se refaire le film cent fois, ils ont laissé passer une immense chance de franchir le cap qui s’offrait à eux. Comme pour conclure de façon dramatique une semaine qui n’a finalement ressemblé à aucune autre… Et au sein de laquelle il était raisonnablement permis de croire que le destin du Stade toulousain était en train de lui échapper. Tout avait commencé à la veille de sa démonstration en quart de finale contre l’Ulster, quand Castres, seule écurie française amenée à se déplacer en Angleterre, a vu son match à Leicester annulé et son forfait proclamé.

À cet instant, il n’y avait même pas besoin de la proximité humaine entre Mauricio Reggiardo et Ugo Mola pour instiller le doute dans l’esprit de ce dernier. Dans les minutes qui suivaient la victoire contre les Nord-Irlandais, le manager toulousain faisait d’ailleurs part de ses inquiétudes devant la presse. Avec une question : ses hommes seront-ils en mesure de voyager outre-Manche et de défendre leur place dans le dernier carré de Champions Cup ? Peur légitime ou parano excessive ? Il faut dire que le dernier champion de France a connu des cas positifs au Covid dans son effectif durant les semaines précédentes, ce qui suffisait à semer une forme de panique face au protocole imposé en Coupe d’Europe.

Et les jours suivants ont prouvé que les doutes du technicien trouvaient leurs explications dans les règlements sanitaires drastiques de l’EPCR, surtout quand le squad stadiste devait voyager dans un pays qui contraint à une quatorzaine toute personne qui débarque de l’Hexagone et qui a simplement octroyé une dérogation pour les équipes sportives soumises à diverses conditions.

Mola : « Ce n’est pas le moment de pleurer »


Entre tests à répétition, traçabilité obligatoire sur vingt et un jours ou menace de poursuites judiciaires si un Toulousain atterrissait infecté vendredi en Angleterre, les troupes du président Didier Lacroix ont dû s’adapter. En se contentant d’une séance de marche sur la pelouse avec les masques jusqu’à jeudi, en remplaçant les analyses vidéo par des envois spécifiques par mail ou WhatsApp ou encore en effectuant un seul entraînement collectif avant d’embarquer, la veille du duel, sans l’assurance de pouvoir aller reconnaître le terrain de Sandy Park.

Les partenaires de Jerome Kaino ont-ils laissé trop d’influx dans cette préparation peu ordinaire avant un tel rendez-vous ? Une évidence, à laquelle lui, ses coéquipiers et ses entraîneurs ne veulent céder. « Bien sûr, ne pas s’entraîner, se faire tester quatre fois en moins de six jours ou se changer dans des conditions particulières n’est pas anodin mais on ne peut pas se chercher d’excuses et ce n’est pas le moment de pleurer », clame Mola. D’abord cloîtrés de longues heures dans leur hôtel, les Rouge et Noir ont pourtant eu l’occasion de poursuivre leur rêve de finale, de se rapprocher d’un titre dont ils avaient fait autant un objectif qu’une obsession.

Et ce n’est pas l’énième et dernière mauvaise surprise pour les accueillir à Sandy Park, qui devait y changer grand-chose. « On a découvert que notre vestiaire était une tente devant le stade mais, vu la semaine qu’on avait passée, on s’attendait un peu à ça, note Cros. C’était aussi une première pour nous de jouer à huis clos. Mais, si le contexte était singulier jusqu’au bout, ce serait trop facile de se réfugier derrière ça. Malgré le contexte, il y avait matière à faire mieux sur le terrain. » Impossible de lui donner tort, tant le premier quart d’heure a vu le Stade toulousain dominateur et maître de son sujet. Ceci avant la sortie sur blessure de son deuxième ligne et leader de touche Rory Arnold à la 23e minute… Laquelle a indéniablement déréglé la machine et l’a privé de solutions dans les airs puisque son frère jumeau Richie, l’autre géant du groupe, était forfait et n’avait donc pas pu faire le déplacement.


Le coup dur de trop ? Peut-être, même si les ressources étaient encore là pour surmonter ces épreuves. « La sortie de Rory est terrible vu notre effectif sur le bord, avec aucun deuxième ligne comme remplaçant, grince Mola. Il y a eu beaucoup d’éléments contraires durant la semaine mais on ne peut pas être fier des garçons uniquement quand ça gagne. La préparation n’a pas été effectuée dans les meilleures conditions mais, à la rigueur, c’est notre problème. Je regrette juste notre manque de fraîcheur. » Celle qui, couplée à l’enthousiasme, a tant de fois permis à cette bande de renverser des montagnes.

L’énergie était insuffisante. Fallait-il la dénicher ailleurs ? « On a peut-être davantage perdu notre place en finale sur le dernier match de poule à domicile », lance Mola. Quand il a manqué un essai aux Toulousains, alors qu’ils pilonnaient la ligne de Gloucester, pour terminer deuxième meilleur bilan et ainsi recevoir en demie. Cela aurait évité de nombreux déboires. Ou comment mesurer une marge de progression.

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