Sinzelle: « Au bout d’un moment, il faut rentrer dans la cour des grands »

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Enfin remis d’une longue blessure au mollet, Jérémy Sinzelle devait lancer sa quatrième saison avec le Stade rochelais face au Racing. Le report du match retarde son retour. Entretien avec un néo-trentenaire toujours aussi ambitieux.

Vous voilà de retour à l’entraînement depuis une dizaine de jours. Vous postuliez pour affronter le Racing. Vous commenciez à ronger votre frein ?

Oui, un peu. Ça commençait à faire long. Plus de six mois sans jouer, sans avoir de contacts, sans cette adrénaline d’avant match… Ça manque ! Il me tarde de retrouver le terrain et cette ambiance à Deflandre, même si la capacité du stade est amoindrie. Ça va faire bizarre. Je suis arrivé ici au début de la série de guichets fermés.

Votre mollet vous a encore joué des tours pendant l’intersaison.

En juin, il y a eu différentes phases de reprise. Je me suis blessé à la reprise de la course, avant la grosse intersaison. Avec ce confinement, je ne me suis pas trop entretenu. Automatiquement, quand je suis revenu, c’était un peu compliqué… J’ai eu ce pépin musculaire.

Vous avez passé le cap de la trentaine, en juillet. Est-ce purement symbolique ou commencez-vous à ressentir le poids des années ?

Le changement de dizaine est un peu bizarre. Maintenant, il faut un peu plus s’échauffer et s’entretenir. S’arrêter une semaine, ce n’est plus possible. S’arrêter à l’intersaison, ce n’est plus possible. Maintenant, tu es obligé de t’entretenir un minimum pour garder une forme constante. C’est ça le problème. Je n’ai plus 20 ans. À cet âge-là, tu coupes, tu reviens et ça repart. Là, c’est de l’entretien permanent. Par rapport à mon mollet, j’ai coupé et c’était une erreur. Au moins, ça m’a servi de leçon. Je ne peux plus m’arrêter.

C’est vraiment quelque chose de tout nouveau, pour vous ?

Clairement. L’échauffement doit être plus poussif. Je dois passer plus de temps sur le vélo, plus de temps sur la récupération. Ce sont de petits détails. Je n’ai pas non plus 50 ans, mais le corps réagit différemment désormais.

Reste maintenant à vous (re)faire une place dans la ligne d’attaque rochelaise. Pas évident avec les arrivées remarquées de Leyds et Rhule.

Des très bons joueurs qui nous apportent énormément. C’est plutôt cool pour nous, trois-quarts, d’avoir ce genre de profils dans le groupe. Ils ont quand même un gros statut, ils sont tous les deux internationaux. Ça amène de la concurrence derrière. Ça oblige à redoubler d’effort, à hausser le niveau à l’entraînement, à être à leur niveau pendant les matches. Ça tire le groupe vers le haut.

Il y a aussi Brice Dulin, déjà très précieux à l’arrière, avant sa sortie prématurée contre Toulon. D’ailleurs, il y a du chambrage dans l’air par rapport au match face au Racing ?Toi en tant qu’ancien Parisien. Lui, ancien Racingman ?

On n’en a pas trop parlé, non (rires).

Vous étiez tous les deux titulaires lors du dernier match entre ces deux équipes et le 49-0 infligé par le Racing, en février dernier. Il vous reste en travers de la gorge, celui-là ?

Un petit peu. Mais il y a eu une telle coupure que tu passes à autre chose. Ça ne tourne pas trop mal en ce début de saison, mine de rien. C’est plutôt encourageant, avec une belle performance contre Toulouse même si l’on repart sans point.

Vous êtes souvent qualifié de couteau suisse depuis votre arrivée au Stade rochelais. On vous a vu évoluer à l’ouverture, à l’arrière, au centre, sur l’aile. Une préférence, aujourd’hui ?

Plus au centre, je dirai. Ou à l’arrière, pour dépanner. Je ne suis clairement plus au niveau pour jouer à l’aile. On a du beau monde.

Votre prolongation jusqu’en 2023, signée en fin d’année dernière, s’accompagne de quels objectifs ?

Je démarre ma quatrième saison. Individuellement, c’est sûr que quand tu es sportif de haut niveau, tu cherches toujours l’excellence, le Graal. Maintenant, il faut savoir ce que veut le groupe. On a vécu une demi-finale de Top 14, une finale de Challenge Cup mais on n’a toujours rien gagné. Alors, c’est très bien de vivre des phases finales. Après, soit on se contente de ça, du minimum, ou alors on va chercher un peu plus haut. Il faut que tout le monde aille dans le même sens, que l’on arrive tous à « switcher » mentalement. Se dire : « Maintenant, c’est parti, arrêtons de regarder les autres, on n’est pas le petit Poucet. » Au bout d’un moment, il faut rentrer dans la cour des grands. Vu de l’extérieur, La Rochelle n’est pas le gros club de Top 14. On n’est pas dans la catégorie de Toulouse, Clermont ou Toulon. Il faut vraiment savoir ce que le groupe veut.

Ce n’est pas assez affirmé, à vos yeux ?

Pour l’instant, c’est un peu tôt pour le dire. J’espère que cette année sera le tremplin, que l’on arrivera à être plus constant, à se qualifier plus facilement, à atteindre les phases finales sans trop batailler. Sur le terrain, il faut savoir sentir le truc où tu te dis : « Ah, il peut se passer quelque chose, là. » Pour l’instant, il n’y a pas encore ce ressenti. Ok, le groupe vit bien. Au bout d’un moment, le bien vivre ensemble, tout ça… c’est bien, mais il faut qu’il y ait un changement sur le terrain. Peut-être pas dès maintenant. Mais il faut réussir à sentir quelque chose au fil du début de saison.

On sait que vous aimez le management à la « dure », que vous avez par exemple connu ici sous l’ère Patrice Collazo. Jono Gibbes n’a pas le même profil. Y trouvez-vous votre compte ?

Clairement. Je m’y retrouve. C’est sûr, c’est une autre approche du management. On ne peut pas dire que Jono soit comme Patrice. J’aime bien les entraîneurs très durs, mais Jono je ne peux pas le caractériser comme quelqu’un de « très dur ». Il est quand même beaucoup moins gueulard (rires). Il est plus sur le côté humain. Ce que tu vas faire après ta carrière, ça l’intéresse. Il se projette. Lui, ce n’est pas : « De suite, il faut gagner ! » C’est plus sur le long terme. Il essaye de monter un projet sur plusieurs années.

Et vous, si vous vous projetez un peu dans ce projet rochelais, ça donne quoi ?

Il faut que l’on arrive à trouver une fois de plus un juste milieu entre les Français et les étrangers. On fait quand même un début de saison à 14 puis 15 Jiff, sur une moyenne de 16. Alors, après, ce n’est pas personnellement mon « problème ». C’est au staff et au directeur général de gérer tout ça. Mais attention à ça. Il faut que l’on s’y retrouve. Depuis que je suis arrivé à La Rochelle, l’osmose de joueurs français s’est un peu perdue avec le temps, je trouve. C’est bien beau de toujours faire venir des joueurs étrangers, mais il faut arriver à garder tous nos joueurs français. Mine de rien, il nous les faut. L’année dernière, beaucoup de joueurs français en fin de contrat sont partis. Cette année, rebelote, on a encore beaucoup de joueurs en fin de contrat. Si l’on veut construire sur le long terme, il faut réussir aussi à garder nos Français. Et recruter un peu à l’étranger.

Jono Gibbes s’est rapproché du terrain. Le staff a largement évolué à l’intersaison. Comment jugez-vous cette réorganisation ?

Ça change. En faisant monter notamment les entraîneurs espoirs, Romain Carmignani et Sébastien Boboul, automatiquement, ça a redistribué les cartes. C’est plutôt bien. Et différent. Chacun a vraiment un rôle précis. Tout le monde a sa part de responsabilité. C’est moins fou-fou, on s’éparpille beaucoup moins.

Romain Asselin
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