Kayser : « La crédibilité du rugby français a pris un « pet » dans la gueule »

  • Benjamin Kayser Benjamin Kayser
    Benjamin Kayser Icon Sport - Icon Sport
Publié le , mis à jour

Ancien talonneur du XV de France passé par le Stade français, Leicester et Clermont, deux fois champion de France, cinq fois finaliste de la Champions Cup, 37 sélections avec les Bleus, il est devenu une référence dans le monde des consultants rugby.Son regard avisé, ses analyses pointues dans un style franc et direct, font qu’il est écouté et apprécié. Il livre ici son sentiment sur les difficultés clermontoises du moment. Mais aussi sur les derniers épisodes ayant affecté le rugby français.

Clermont qui affronte Agen ce week-end connaît un début de saison délicat avec notamment une élimination en quarts de finale de Champions Cup contre le Racing 92. Quel regard portez-vous sur votre ancien club ?

Franck (Azéma) a bien résumé la situation. Ce quart de finale, il est venu trop tôt pour une équipe en reconstruction. Le groupe n’était pas prêt, l’équipe pas suffisamment mature. L’ASM a été battue par meilleur. Point barre. Inutile de chercher des excuses.

Jugez-vous cette équipe en fin de cycle ?

Je n’y crois pas. Cette fin de cycle dont vous parlez, elle est déjà passée. Le plan de succession était prêt, l’équipe a été rajeunie. Ces dernières années, plusieurs joueurs importants du vestiaire sont partis : Damien Chouly, Flip Van der Merwe, Nick Abendanon, Ice Toeava, des mecs qui pèsent dans un groupe. J’ai moi aussi arrêté un peu brutalement. Tout ça, ce sont de gros changements.

Mais le plan de succession a-t-il vraiment été anticipé ?

C’est quand même difficile de demander à un manager d’anticiper les baisses de performances de ses joueurs. Tout comme il est difficile de trouver le meilleur moment pour que des garçons comme Iturria,  Cancoriet, Fischer ou encore Falgoux prennent le leadership. Je pense que la rupture a été brutale et que cette jeune génération a besoin de temps pour prendre la main sur cette équipe. Très franchement, je n’aime pas quand j’entends dire que l’ASM est en fin de cycle, que les meilleures années de Wesley Fofana, de Morgan Parra sont derrière eux… Attendez un peu : ces mecs-là, ils vont avoir une statue à Clermont. Ils doivent rester à l’ASM jusqu’à leur dernière goutte de sueur.

Paradoxalement, le club avait donné la saison dernière un bon de sortie à Parra. Sa place dans le vestiaire n’est-elle pas aujourd’hui remise en cause ?

Oui, je suis assez d’accord, ces discussions auraient dû rester en interne. Mais n’oubliez pas que Morgan avait lancé un cri de détresse pour affirmer son mécontentement, son mal-être. Et quand un mec aussi important dans le groupe est dans cette situation, il ne faut pas forcer la chose. Pendant son moment de réflexion, il a eu des offres de la part d’autres clubs, mais il a été convaincu par le projet clermontois. Ce genre d’épisode fait partie d’une transition difficile à gérer. Mais je ne crois pas à la fin de cette génération. Surtout, le club a su se renforcer. Le meilleur exemple, c’est l’arrivée de Sébastien Bézy, un des tout meilleurs demis de mêlée français.

Seulement lors du dernier quart de finale de Champions Cup, Franck Azéma a préféré titulariser Parra plutôt que Bézy. Pensez-vous qu’il aurait fragilisé l’équilibre de son vestiaire en choisissant Bézy ?

Mais non, pas du tout. Morgan a un rôle à part. C’est un leader naturel, un leader d’âme. Il n’est peut-être pas politiquement correct. Ce n’est pas le mec le plus souriant, pas toujours le plus content. Mais Morgan, il faut le prendre comme il est. De toute façon, le problème, ce n’est pas Parra. Le challenge, c’est que cette nouvelle génération réussisse à prendre son envol et trouve son identité. Et c’est ça qui me désole en ce moment, c’est que cette équipe, je la trouve parfois apathique. Presque sans vie. Alors que sur le papier, il n’y a que des joueurs talentueux. Les Penaud, Jedrasiak, Lapandry, Cancoriet… C’est de l’or en barre. Des mecs comme Iturria et Falgoux, j’aimerais les voir devenir les capitaines de cette équipe.

Mais ne faut-il pas leur donner le pouvoir ?

C’est ce que Franck (Azéma) essaie de faire en ce moment, mais ça prend du temps.

Et se passer des trentenaires, non ?

Mais non, ce sont des conneries. Franck essaie de leur filer les clés du camion à ces jeunes. Seulement, il les a posées sur la table. Maintenant, c’est à eux de les prendre. Je peux vous assurer que Franck n’a pas la paranoïa de certains entraîneurs que je connais. Lui, il s’en fout de garder le contrôle. Il veut que les joueurs s’approprient le jeu, qu’ils créent leur propre histoire. C’est ce que nous avons fait il y a quelques années. Lorsque je suis arrivé, il y avait des monstres comme Bonnaire, Cudmore, Rougerie… Mais, à un moment, nous avions pris notre destin en mains.

On dit que le cycle d’un entraîneur dans un club ne dure que trois ou quatre ans. Or, Franck Azéma est à l’ASM depuis dix ans. N’y a-t-il pas une usure de son discours ?

Au moment de prolonger, Franck a eu très peur de ça. Il s’est posé dix mille questions. Mais il a eu l’intelligence de mettre une autre organisation en place. Il a été chercher Xavier Sadourny qui est un mec très apprécié et reconnu pour ses qualités. Il a fait revenir Benson Stanley qui est un tout jeune coach. De son côté, il a pris de la hauteur. Et il a construit un staff solidaire et imperméable à tous les évènements. Seulement, il faut leur laisser un peu de temps.

A-t-il encore la mainmise sur le groupe ?

Sans aucun doute. Pour la simple et bonne raison qu’il a gagné un immense respect de la part des joueurs au cours de toutes ces années. Son intelligence lui a fait prendre cette décision d’une nouvelle organisation. Il n’anime plus les séances d’entraînements comme avant. Il délègue beaucoup plus. La conclusion de la saison dernière, c’est qu’il était partout et nulle part en même temps. Il en avait trop dans son assiette. Aujourd’hui, ça va mieux et ça va payer.

Comment avez-vous vécu le décès d’Eric De Cromières, votre ancien président ?

C’est une immense perte pour moi. Je garde encore en mémoire ses obsèques qui se sont révélées magnifiques, à la hauteur du bonhomme. J’ai vraiment beaucoup aimé ce président. Un président proche des joueurs, des supporters, des gens tout simplement. Quelqu’un de très attachant. Mais aussi parfois très dur en affaire. Il n’était pas le genre à s’échapper. Dans un club comme Clermont qui souffrait parfois d’une image trop feutrée, trop neutre, lui n’hésitait pas à aller dans le conflit. Et puis, j’ai eu la chance d’avoir avec lui une relation privilégiée. Il me sondait régulièrement et appréciait mon franc-parler. Et je peux vous dire que lorsque je lui ai annoncé que je voulais stopper ma carrière, il n’était pas très content. Il m’a dit littéralement : « Mais tu vas nous foutre dans la merde ». Il n’empêche, il m’a écrit une magnifique lettre de recommandation pour mon dossier d’admission à Oxford.

Vous qui avez disputé cinq finales de Coupe d’Europe dont trois avec l’ASM Clermont-Auvergne, quel regard portez-vous sur la qualification du Racing 92 pour la finale ?

C’est quand même une drôle de compétition. Jouer les phases finales de l’an dernier avec les squads de cette saison, c’est franchement bizarre. Radradra qui affronte Bordeaux en quarts de finale de la Challenge Cup, c’est ubuesque. Disputer une phase finale en début de saison… Il y a quelque chose d’anormal. Mais face à cette situation exceptionnelle, les clubs se sont bien adaptés et ont montré une grande sportivité. Quant au Racing, c’est leur troisième finale en cinq ans. Ça signifie que ce club s’inscrit dans le gotha européen. Cette équipe, comme Clermont à son époque, a su adapter son jeu à cette compétition. Elle est passée d’un style mono stratégie, basé sur la défense, la conquête, à un style porté sur le jeu, capable de tenir le ballon, d’enchaîner les mouvements et de faire preuve d’une grande discipline. Et elle est récompensée de sa constance. Certes, le Racing a battu les Saracens amputés de onze joueurs de la saison dernière. Mais il mérite sa place.

Pensez-vous que ce soit l’année du Racing 92 ?

(il réfléchit longuement) J’ai franchement été impressionné par Exeter. Paradoxalement, pour gagner cette finale, les Racingmen auront peut-être besoin de revenir en arrière.

Comment ça ?

Exeter est une équipe qui produit beaucoup de jeu et qui tabasse la défense adverse, notamment par ses avants. Le Racing va devoir résister à cette intensité physique et challenger cette équipe dans une ambiance de stade vide. Je crois à une finale très équilibrée, même si je vois un léger avantage pour Exeter en termes de puissance, en termes de confiance. Quelle autre équipe à part Exeter en ce moment à quinze secondes de la mi-temps choisit de ne pas tenter la pénalité à quinze mètres en face des poteaux pour s’assurer trois points ? C’est ce qui s’est passé contre Toulouse en demi-finale. Et leur choix s’est révélé payant : ils ont marqué un essai juste avant la pause qui a fait très mal aux Toulousains. Ils ont vraiment une confiance inébranlable.

Vous voyez donc Exeter nouveau champion d’Europe ?

Non, donner un favori, c’est impossible. J’ai aussi beaucoup aimé l’état d’esprit du Racing en demie contre les Saracens. Et surtout, le Racing a l’expérience de ces rendez-vous. Et ça, ce n’est pas négligeable.

De par votre carrière, votre palmarès, votre discours, on vous imaginait très vite devenir entraîneur. Pourquoi avoir fait un autre choix ?

C’est une bonne question. Franck (Azéma) est persuadé que je vais basculer très vite dans un rôle d’entraîneur. Bernard Goutta aussi.

Ce n’est pas le cas ?

Ce qui me passionne, ce n’est pas le terrain. Décortiquer 70 heures de touches sur mon ordinateur, ça ne me fait pas kiffer. Psychologiquement, je ne suis pas prêt à ça. J’ai pris un autre chemin : celui des études. J’ai eu la chance d’être retenu pour suivre un Executive MBA à Oxford. J’aimerais que le rugby ne soit que la deuxième ou troisième ligne de mon CV. J’ai envie de connaître le monde de l’entreprise. La vraie vie, quoi. Être joueur de rugby aujourd’hui, c’est avoir des œillères, on ne fait que ça. J’ai envie de m’épanouir dans mes petits projets d’entreprenariats. Après, je ne sais pas ce que je ferai dans cinq ans. Peut-être que le rugby me manquera.

Vous pourriez donc entraîner un jour ?

En fait, je dois vous avouer que j’ai commencé un peu à entraîner mais contre ma volonté. J’ai déménagé récemment en Angleterre, près de Londres où j’ai acheté une vieille demeure que l’on retape avec ma femme. À mon arrivée, l’entraîneur du club local, le Tunbridge Wells RFC, m’a envoyé un petit sms de bienvenue en me disant que si j’avais besoin de quoi que ce soit, je pouvais compter sur lui. Quelques jours plus tard, on me livre deux poutrelles métalliques pour ma cuisine. Le poids ? Chacune plus d’une tonne. Or, la machine censée les porter n’est jamais arrivée. J’ai appelé l’entraîneur pour savoir s’il n’avait pas quelques joueurs, voulant faire un peu de muscu, pour me filer un coup de main. Le mercredi suivant, j’avais dix mecs devant le portail de la maison. Ils m’ont sauvé la mise. Résultat : j’ai accepté d’être leur entraîneur des avants à un niveau équivalent à la Fédérale 3.

Mais Kayser entraîneur en Top 14, ce n’est vraiment pas possible ?

Si ça doit se faire, ce serait dans un autre rôle. Rémi Lamerat me surnomme d’ailleurs « manager » depuis nos années clermontoises. Un jour, nous avions eu cette discussion où j’avais dit que je ne voulais surtout pas être entraîneur, mais directeur du développement d’un club ou alors directeur sportif. Je n’ai pas envie d’être sur le terrain tous les jours. Mon kiff, ce serait d’avoir un rôle me permettant de choisir les entraîneurs, de travailler au recrutement, de manager des équipes de façon transversale, tant sur le plan sportif qu’administratif. Et alors, je serai peut-être content d’avoir suivi ce cursus universitaire.
En attendant, vous êtes aussi consultant…
Aujourd’hui, j’ai la chance d’être sur France télévisions pour le Tournoi des 6 Nations et la Coupe d’Europe. Je collabore aussi avec Sud Radio et Amazon qui a acquis les droits en Angleterre pour la tournée d’automne. Franchement, je me régale.

Pour les téléspectateurs vous avez été la révélation du dernier Mondial au Japon sur TF1…

Pour mes débuts, on m’a proposé de commenter la Coupe du monde avec François Trillo sur TF1. Difficile à refuser quand tu commences par le meilleur. Mon premier match a été Nouvelle-Zélande - Afrique du Sud. Et franchement, être payé pour commenter une telle affiche, c’est difficile de rêver mieux. En plus, j’adore bosser avec François. Nous avons d’ailleurs créé un podcast qui s’appelle « deux contre un, le rugby décalé » que l’on peut retrouver sur youtube en vidéo et sur Apple Poadcast et Spotify en Audio. L’idée, c’est d’aller chercher au plus profond des acteurs de ce jeu. On veut des anecdotes, du vécu, de l’humain. On vient d’enregistrer un nouvel épisode avec Nans Ducuing. J’ai rarement autant pleuré de rires, mais ce mec m’a aussi touché. Vraiment, le rugby recèle d’aventures humaines extraordinaires. C’est ce qu’on a envie de raconter. D’ailleurs, je travaille aussi avec Johnnie Beatie sur un podcast en anglais pour faire découvrir aux « britons » le rugby français et toute sa richesse. Mais, soyons sérieux, je n’ai pas de plan de carrière dans ce rôle de consultant. Le jour où l’on ne voudra plus de moi, je partirai.

Le rugby français, ce sont aussi les élections à la présidence de la FFR dont les résultats seront connus samedi midi. Un favori ?

J’ai suivi ça de loin mais je ne peux pas cacher que pour moi, Bernard Laporte est le druide grâce à qui mon club formateur, mon club de cœur, le Stade français, a pu renaître de ses cendres. Et puis, tout en étant quelqu’un d’accessible, de très humain, j’ai toujours admiré le leadership de Bernard.Évidemment, les problèmes politiques entre la Ligue et la FFR sont le boulet du rugby français depuis dix ans. Parce qu’il faut le dire, ça a toujours existé. La situation n’est pas liée à l’arrivée de Laporte à la présidence de la FFR.

Président de club amateur, vous votez Laporte ou Grill ?

Je vote Kayser en 2040 (rires) ! Plus sérieusement, je peux vous dire qu’en Angleterre, on me pose souvent la question de la raison des sous-performances du rugby français au niveau international. Pour moi, l’origine du mal, elle est là, dans ce problème entre les institutions. Personne ne tire dans le même sens. On ne sait pas qui dirige le rugby français Et les dernières affaires donnent une image dégradée à l’international. Ces deux institutions que sont la FFR et la LNR doivent travailler main dans la main pour un meilleur calendrier. C’est un scandale aujourd’hui de demander aux joueurs de disputer trente-cinq matchs par saison. En ce moment, en raison du Covid, on demande aux joueurs de jouer dès que possible parce que la situation économique l’impose. Seulement, c’est une chose qu’un club fasse faillite et je reconnais que ce serait dramatique, mais c’en est une autre qu’un mec décède sur un terrain. Franchement, la situation me fait peur. Et tout ça, juste pour rétablir un équilibre économique.

Pensez-vous que le placement en garde à vue de Bernard Laporte la semaine dernière peut avoir un impact sur le vote des présidents de club amateurs ?

Je n’en sais rien. J’aimerais seulement que ces élections se soldent par une situation plus apaisée, plus sereine et qu’on retrouve enfin deux institutions qui travaillent ensemble. Vu de l’étranger, le rugby français n’a pas forcément une très bonne image. Les joueurs, on a la réputation d’être fainéants, de prendre deux heures pour aller déjeuner en terrasse. Ce sont des clichés mais ça reflète l’image générale d’un manque de professionnalisme à tous les niveaux. Ces dernières années, la crédibilité du rugby français a pris un « pet » dans la gueule.

Vraiment ?

Ça rejaillit même sur l’arbitrage. Dernièrement, j’ai eu la chance de longuement échanger avec Joël Jutge. Il nous a raconté comment les nouvelles directives sur l’arbitrage étaient nées. En fait, les arbitres ont été consultés et de l’autre côté de la table il y avait Joe Schmidt et Ian Foster. Mais pas un seul entraîneur français. Quand on dit que les Néo-Zélandais font changer les règles en fonction de ce qu’ils ont envie d’avoir, ce n’est pas une légende. Seulement, pour être invité dans ces échanges, il faut de la crédibilité.

Sébastien Vahaamahina et Jefferson Poirot qui stoppent leur carrière internationale prématurément, ça vous inspire quoi ?

Ça montre clairement que la situation des internationaux français n’est pas pérenne. C’est trop dur pour le corps, pour la tête et pour la vie de famille. Quand Jonathan Davies vient jouer à Clermont il y a cinq ans, après seulement quelques semaines il dit à Wesley Fofana : « je comprends pourquoi vous ne gagnez pas en équipe de France. C’est impossible d’être bon en club et en sélection avec votre organisation. » Et il a raison. Expliquez-moi pourquoi quand Sexton arrive en France, il devient un joueur ordinaire. Idem pour Dan Lydiate. Le Top 14 est trop dur, trop stressant et il y a trop de matchs. La seule chose que la Ligue a faite en cinq ans, c’est de rajouter un match de barrages en phase finale. Je ne sais pas pourquoi ça me fait penser à cette phrase de Jacky Lorenzetti : « 45+45 = 45 ». On marche sur la tête.

C’est-à-dire ?

J’entends les dirigeants de la Ligue rabâcher en permanence que le Top 14 est le meilleur championnat du monde, qu’il ne faut pas y toucher, qu’il faut continuer à jouer dix mois sur douze. Mais, on ne peut pas continuer ainsi. Pour avoir des joueurs performants, il faut des phases de repos, des phases d’athlétisation, de préparation rugbystique. Tu ne peux pas faire ça en quelques semaines. Mais quand on dit ça, on nous répond qu’on est bien content d’être bien payés grâce aux droits télés. Je vais vous faire une confidence : il y a quelques années, j’avais fait un sondage dans le vestiaire de Clermont pour savoir si les joueurs seraient prêts à gagner moins pour jouer moins.

Et alors ?

J’avais fait une moyenne de la baisse que les joueurs accepteraient. Nous étions autour de moins 10 %. Et tout ça, juste pour avoir deux semaines de congés supplémentaires, notamment à Noël et durant l’été, et pour enlever quatre ou cinq dates par an.  Sur une masse salariale, ça pouvait représenter facilement un million d’euros d’économie. Je sais qu’on va me répondre que j’ai profité du système, mais je n’ai aucun problème à assumer.    

D’ailleurs, vous avez mis fin brutalement à votre carrière en raison d’un lourd problème aux cervicales…

Lors de l’annonce de mon arrêt de carrière, j’ai raconté que j’avais mis de longues semaines à prendre ma décision. En vérité, je suis sorti de chez le neurochirurgien, je savais que c’était fini. J’ai appelé ma femme et mon père pour en discuter et ma décision était prise. Quand je vois tous les accidents qu’il y a eus ces dernières années, je me pose encore aujourd’hui beaucoup de questions. À Clermont, le fils de Greg Laidlaw était toujours au stade avec son « tee ». Dès que le terrain était libre, il s’amusait à imiter son père. Un jour, je dis à Greg : « C’est bon, la relève est encore assurée dans la famille. » Il m’a regardé et m’a dit une chose qui m’a interpellée : « Jamais de la vie mes fils ne joueront au rugby, c’est devenu trop dangereux. » Quand le capitaine de l’équipe d’Écosse te dit ça, ça te fait réfléchir. Et au soir de mon dernier match, je peux vous dire que j’étais triste d’arrêter ma carrière mais aussi soulagé de ne plus avoir à prendre risque.

 

Cet article est réservé aux abonnés
Accédez immédiatement
à cet article à partir de
0,99€ le premier mois
Voir les commentaires
Réagir
Vous avez droit à 3 commentaires par jour. Pour contribuer en illimité, abonnez vous. S'abonner

Souhaitez-vous recevoir une notification lors de la réponse d’un(e) internaute à votre commentaire ?

Les commentaires (2)
Olivier83 Il y a 2 années Le 03/10/2020 à 09:06

Enfin quelqu'un qui ne pratique pas la langue de bois. Bravo pour ta carrière rugbystique et bonne chance pour la suite!

Greg01 Il y a 2 années Le 02/10/2020 à 09:46

bravo !