"Bernie" Laporte, l'increvable

  • La joie de Bernard Laporte après sa victoire
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Très souvent, le rugby français a donné Bernard Laporte pour mort. Jusqu’ici, il s’est toujours trompé... 

On ne citera pas le nom du colistier de Florian Grill qui nous confia la semaine dernière, au sujet de Bernie : « J’ai du mal à le détester. […] J’ai beau chercher, je n’ai rien contre Laporte. C’est plutôt son entourage, qui me débecte ». Le président de la fédé, dès lors qu’il ne se fourvoie pas dans des postures de communicant qui lui vont si mal, reste, même aux yeux de ses adversaires les plus déterminés, un homme d’un commerce agréable, un mec du sérail, un « people » accessible et rappelant malgré lui le Jacques Chirac du salon de l’agriculture, celui qui collait des bourrades aux culs des Charolaises. Volontiers trivial, gouailleur, bel et bien vivant, l’entraîneur aux trois titres européens (2013, 2014, 2015) ne laisse personne indifférent et, à son propos, ses courtisans comme ses détracteurs doivent aujourd’hui reconnaître une chose : il est increvable. Laporte riposte quand on le donne mort, rebondit quand on le dit fini, contre-attaque quand d’autres abandonnent. « C’est un mort de faim, confie un proche. Plus la menace se précise et plus il devient dangereux ».

Des espadrilles en garde à vue
Il y a quinze jours, « Bernie » était en garde à vue dans les locaux de la Police Judiciaire. À son arrivée, Laporte répondait à l’affront par la bravade : espadrilles aux pieds, clin d’œil amusé à ces lacets que les flics n’auraient pas à lui retirer, au moment de lui présenter sa geôle.
Depuis la « PJ », il observait l’opposition gagner du terrain, occuper l’espace et, in fine, se positionner d’égal à égal avec le clan, pour la plupart emmuré, du présumé favori. Qui aurait alors misé un kopek sur son deuxième mandat ? Qui aurait cru qu’il puisse, en une poignée de temps, retourner en sa faveur une situation qui lui avait bel et bien échappé? Le dos au mur, Bernie est pourtant reparti au front quelques heures seulement après avoir été libéré par ses garde-chiourmes, jouant en banlieue montpelliéraine le rôle de sa vie dans une séquence inoubliable, promettant l’enfer à ses assaillants, accusant même Paul Goze, auteur d’une humble carrière dans l’immobilier, d’être à l’origine d’un complot maçonnique ayant mis la justice à genoux. C’était gros, bien sûr. C’était « too much », comme souvent. Mais ça prouvait, aussi, que Laporte était toujours vivant.
À l’automne 2020, Bernard Laporte est encore présumé innocent mais toujours pas tiré d’affaire, le procureur de la République soutenant encore, au-dessus de sa tête, une épée de Damoclès dont on ne sait si elle est d’acier ou de plastique. De loin en loin, le président de la fédé fait néanmoins figure d’insubmersible et, qu’on le veuille ou non, les soubresauts de sa vie d’homme plaident en ce sens. D’abord, son passage éclair au ministère des sports, au crépuscule du Mondial 2007 passable, fut pour le moins douloureux. Snobbé par Bernard Kouchner, qui ne lui « disait jamais bonjour » et le considérait comme « un bouseux », blindé par les guéguerres de cabinets, l’ami du président Sarkozy n’était pas sorti indemne du cloaque politique français, le funeste épisode « Aimé Césaire » scellant son aventure en politique de façon saugrenue : en janvier 2008, Le Canard Enchaîné racontait ainsi qu’au cours d’un voyage ministériel aux Antilles, Bernard Laporte avait lancé aux journalistes, à propos du poète Aimé Césaire, alors âgé de 94 ans : « Celui-là, il ne jouera pas le prochain tournoi des VI Nations ! »

Facem, Bayonne : touché, jamais coulé…
Passé l’épisode ministériel, Laporte connut une longue traversée du désert, à laquelle il voulut mettre un terme début 2011 en s’engageant à l’Aviron bayonnais aux côtés d’Alain Afflelou, un proche. Il resta deux mois sur la Cote basque : « Francis (Salagoïty) trouvait qu’il lui faisait de l’ombre, nous confiait Afflelou l’été dernier. Il devait se dire : « Si je prends Laporte et Afflelou, je n’existe plus ». Quelle connerie, quand j’y repense… » Si son passage à Bayonne fut un fiasco, Bernie remontait néanmoins en selle et se lançait, aux côtés de Guazzini, dans une mission de sauvetage du Stade français : au printemps 2011, Bernie avait trouvé un investisseur canadien, la Facem. Pour leur en mettre plein la vue, il avait même organisé un dîner entre les Canadiens et Nicolas Sarkozy. Très vite, il apprendrait pourtant de la part de la banque HSBC que les documents présentés par la Facem étaient des faux grossiers et qu’il venait d’être « escroqué à la nigérienne » : sous prétexte de frais de dossiers exorbitants, Bernie avait déboursé sur ses deniers personnels un maximum d’argent à des gens depuis volatilisés. Alors qu’on le pensait fini, ruiné, il était à ce moment-là sollicité par Mourad Boudjellal, qui lui mettait entre les mains une équipe d’invincibles, quitte à rendre chèvre le salary cap manager. La suite ? Elle fut jalonnée de trois titres européens, de la conquête de la fédé et, comme point d’orgue, de la victoire du dossier France 2023. « Je ne suis pas l’émotif que l’on croit, nous confiait-il en 2014. Je viens de l’Aveyron et j’ai les pieds sur terre. Je connais le prix de la vie. » Et Laporte, cet enfant de communiste sans le moindre bagage universitaire, ce croquant du Tarn qui bouscule et dérange les technocrates, de nous raconter comment, ce 21 juillet 1985, il fut à deux doigts de mourir sur une route de campagne, au volant de sa Simca. « Je venais de fêter le dernier jour de mon service militaire. J’avais 21 ans et je jouais déjà à Bègles. J’ai pris un platane à 120 km/h, je suis resté des jours dans le coma et je sais, désormais, ce qui est important et ce qui ne l’est pas. » Ainsi parlait l’increvable…

Par Marc DUZAN

Midi-Olympique.fr
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Les commentaires (1)
STaddict Il y a 1 mois Le 04/10/2020 à 18:06

Ce que vous oubliez de préciser que ce qui fait bouger Laporte c’est le fric et les affaires. Il est connu pour cela à Gaillac. Et si
Il est là où il est c’est pour cela. Altrad -Boudjelel-Laporte un trio d’enfer et il attend de 2023 des retours gagnants...