Dans les coulisses de la réélection de Bernard Laporte

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Bernard Laporte, président sortant, a donc été réélu samedi à la présidence de la FFR, devançant de justesse son adversaire Florian Grill. La liste Laporte a recueilli 51,47% des voix de l’assemblée générale élective, devant celle de l’opposition, menée par le président de la ligue d’Ile-de-France (48,53%). Récit d’une journée pas tout à fait comme les autres...

L’attente s’est révélée interminable, l’ambiance pesante. La FFR avait annoncé la proclamation des résultats à 12 h 05, pétante. Elle n’est intervenue finalement qu’une demi-heure plus tard, laissant s’immiscer, l’espace d’un instant, des interrogations aux relents nauséabonds. Au premier étage du bâtiment abritant les services administratifs de la FFR, dans une salle dédiée à cet effet, étaient réunis les deux co-directeurs juridiques de la FFR, les deux représentants de la société Voxaly, en charge de l’organisation du vote électronique, un huissier et les trois membres de la Commission de Surveillance des Opérations Electorales (CSOE). Eux seuls avaient, à 12 h 05, les résultats entre les mains. « Seulement, il a fallu rédiger le constat de l’huissier, contrôler l’attribution des sièges du comité directeur entre les deux listes, signer les PV et écrire le communiqué de l’annonce des résultats, expliquera l’un d’eux un peu plus tard. Voilà pourquoi l’attente fut si longue. »

Ce temps-là, Florian Grill l’a passé en compagnie d’une large partie de son équipe dans l’auditorium du CNR, assis tranquillement à côté de son « numéro 1 bis » Jean-Marc Lhermet. Bernard Laporte, lui, a patienté dans son bureau avec quelques membres de sa garde rapprochée.

Dans l’auditorium, le silence s’est fait à l’instant où les membres de la Commission de Surveillance des Opérations électorales ont fait leur entrée. Contrairement à 2016, rien n’avait fuité. Pas même une tendance. Alors, certains ont poussé un profond soupir, d’autres ont juste croisé les doigts. Et puis, de façon soudaine, des hurlements ont déchiré les murs du CNR. Laporte, déclaré vainqueur avec 51,47 % des voix, ses soutiens et colistiers, placés dans la partie gauche de l’auditorium, ont évacué toute la tension née durant la dernière ligne droite de la campagne. De l’autre côté, certains se sont écroulés sur leur pupitre, d’autres sont vite sortis par-derrière, l’un d’eux lâchant même, dépité : « font chier, ces escrocs ». Florian Grill, digne et souriant, accompagné de Jean-marc Lhermet s’est dirigé vers le vainqueur pour un « check » de circonstances. Ni plus, ni moins. Un peu plus tôt, Laporte n’avait eu aucun mot pour son adversaire lors de son bref discours d’intronisation, témoignant d’une campagne aux antipodes des sacro-saintes valeurs revendiquées par le rugby.

Un peu plus tard, dans le salon « Murrayfield » situé au premier étage de la résidence XV de France, une cinquantaine de personnes ont trinqué avec Bernard Laporte, essentiellement ses colistiers. Ambiance feutrée, loin de l’effervescence de 2016. À cet instant, la victoire n’avait ni tambour, ni trompette. « On doit vite se remettre au travail », glissera Serge Simon qui reste donc vice-président. Entre deux coupes de champagne et quelques mignardises salées, Laporte s’est dit tout de même fier du sms reçu de l’ancien Premier Ministre Jean-Pierre Raffarin : « Bravo Bernard, c’était ingagnable… »

« Papa, c’est toi le meilleur »

à 15 h 00, Marcoussis retrouvait sa quiétude habituelle. « Poupi », le chien de Bernard Laporte s’aventurait sur les pelouses de Marcoussis, son maître étant affairé dans son bureau par plusieurs réunions successives. À quelques encablures de là, le camp Grill s’était regroupé à la « Brasserie », un ancien corps de ferme reconverti en débit de boissons et situé à l’entrée de la forêt de Bellejame, loin du tumulte qui venait de secouer la FFR. Il y avait là de vastes tables en bois brut, un comptoir sans prétention et des blondes, des brunes, des rousses et des ambrées, toutes promptes à absorber le désenchantement d’une élection perdue d’un fil. « Ça s’est joué à 160 voix, ne décolérait pas Jean-Charles Mascetti colistier de Florian Grill, les traits tirés et le regard las. Avec quinze clubs de plus, on passait, putain… » à la « Brasserie », il y avait ceux qui avaient du mal à tourner la page d’un résultat bien trop frais et, à leurs côtés, ceux qui croyaient dur comme fer que les 49 % recueillis par le candidat de l’opposition d’Ile de France incarnaient une autoroute, en vue de 2024. « Laporte parti, jurait l’un d’entre eux, il n’y aura plus personne en face. Aucun de ses soutiens n’a son charisme. » Cela reste à prouver et, en attendant que le deuxième mandat de « Bernie » ne se termine, il y aura une campagne à refaire, à défaire et à décrypter. Abdelatif Benazzi, soutien du candidat de l’opposition, analysait : « Je regrette que le rugby français soit à ce point rongé par le clientélisme. Parfois, quand j’appelais des clubs, ceux-ci me répondaient : « Votre programme est pas mal mais si Laporte gagne, on m’a promis ça, ça et autre chose ! ». Le rugby français sort divisé de cette élection et désormais, la plus grosse responsabilité de Bernard Laporte est de redorer une image qu’il a écornée. » Perplexe, l’opposition s’interrogeait enfin des suites à donner aux appels supposés de la présidence en place vers les clubs, passée la « dead line » de mardi minuit. Recours juridique ou pas ? Florian Grill va se « pencher sur la question dans quelques jours ».

Accoudé au bar du CNR, Bernard Laporte, lui, avait convié quelques amis à fêter la victoire avec son équipe. Tout au long de la soirée, son téléphone n’a pas cessé de sonner. Évidemment, Mourad Boudjellal a été un des premiers à le féliciter. Dans la foulée de l’ancien président du RCT, Matt Giteau, Drew Mitchell et Bakkies Botha lui ont adressé un message qui lui a arraché quelques trémolos dans la voix : « Papa, c’est toi le meilleur ». Denis Charvet a débarqué un peu plus tard, Christophe Moni également. Des fidèles parmi les fidèles. Ensemble, ils ont commencé à chanter. D’abord, du Joe Dassin. Ensuite, « Mourir sur scène » de Dalida. La soirée avait déjà bien avancé. Derrière ses fines lunettes, les yeux du président de la FFR se faisaient un peu plus pétillants, son débit de paroles encore plus rapide qu’à l’habitude. De la campagne, il n’en avait quasiment parlé de la soirée, souhaitant juste profiter d’un instant de bonheur au cœur d’une période qui vous marque un homme. « Trente-cinq heures de garde à vue, coupable ou innocent, ça n’est pas rien », soufflait l’un des invités. Peu avant 22 h 00, Laporte s’est donc emparé du micro : « Je voulais juste vous remercier. Aujourd’hui, ce n’est pas moi qui ai gagné, c’est vous ! Moi, avec ma garde à vue, je vous ai fait plus de mal que de bien. Je pensais que l’on gagnerait plus facilement, avec 10 % de plus. » Et Laporte, en tribun qu’il est, de conclure : « De toute façon, comme pour une finale, l’essentiel, c’est de gagner. »

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Par Arnaud Beurdeley et Marc Duzan
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