Laporte : « On va se mettre autour de la table avec les clubs... »

  • Bernard Laporte.
    Bernard Laporte. - Isabelle PICAREL
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Président sortant et élu, Bernard Laporte nous avait donné rendez-vous ce dimanche à 15 heures pour débriefer le scrutin et indiquer quel sera l’axe politique du début de son second mandat.

24 heures après l’élection où pensez-vous qu’elle se soit jouée ?

C’est toujours difficile de déterminer sur quoi se joue une élection, surtout que sur celle-ci, l’écart est serré. Je pense que notre bilan sur les réformes a pu jouer, car il est plus que correct. Et malgré les forces contraires, mes équipes sont restées extrêmement soudées. Pourtant, nous avions beaucoup de gens contre nous, et notamment la Ligue Nationale de Rugby qui voulait qu’on tombe et cherchait à faire le lit de la partie adverse. Mes équipes, et je tiens à leur rendre hommage, ont été résistantes, ont su défendre un premier mandat de quatre ans qui n’a pas été que du conflit comme certains cherchaient à le laisser transparaître. La mise en place du vote électronique, l’arrêt du projet Grand Stade, la fin de la taxation des clubs, la simplification de la vie de dirigeant... Nous avions des arguments à faire valoir. Et je crois que les présidents de clubs qui nous étaient favorables n’ont pas été dupes.

Vous pensiez pourtant gagner largement ?

Oui, je pensais que l’écart serait plus important, mais à force d’entendre un peu partout des contre-vérités, certains ont peut-être changé d’intention. C’est pour cela que je suis extrêmement fier des clubs qui ont voté pour moi. Ils étaient convaincus de notre projet. Les autres, je vais leur tendre la main. On ne sait pas qui ils sont, car avec ce scrutin qui garantit l’anonymat, nous n’avons pas la ventilation des voix, mais tous ceux qui m’appelleront, j’irai les voir. Je souhaite être le président de tous les clubs. Je suis prêt à discuter avec eux, à expliciter ma politique. La fédération doit avancer et se préparer au défi de 2023. La Coupe du monde mais aussi l’afflux de licenciés qui va arriver. Un gamin, quand il fait le premier pas dans un club, peu lui importe pour qui le président a voté. L’accueil doit être le même partout. On ne doit pas réitérer les erreurs du passé, notamment en 2007.

Vous appelez à l’unité du rugby

français ?

Mais je ne sens pas de division franche dans le monde amateur. Il avait le choix entre deux listes, il s’est exprimé. Il faut dire les choses comme elles sont : la véritable division c’est avec la LNR, pas avec les clubs qu’ils soient pros ou amateurs. C’est aussi simple que ça.

Vos adversaires, Florian Grill et Jean-Marc Lhermet, sont venus vous saluer à l’annonce des résultats, avez-vous été surpris de leur démarche ? Et vous, allez-vous leur tendre la main ?

D’abord, je dois saluer leur campagne qui a duré 18 mois et qui, il faut le reconnaître, a été plutôt bonne. Ils ont dépensé beaucoup d’énergie et de temps pour cela et c’est tout à leur honneur. Cela se respecte. Ils vont siéger au comité directeur, et j’attends maintenant qu’ils tiennent leurs rôles d’opposants. Cela neveut pas dire être forcément contre tout mais il faut qu’ils sachent qu’à chaque fois on écoutera leurs arguments. Et s’ils peuvent être des forces de proposition, tant mieux.

Comment avez-vous vécu la dernière semaine de campagne, tout juste sortie de votre garde à vue au Parquet National Financier ?

Sincèrement, une fois reparti sur les routes, j’étais dans mon élément. Depuis le début, je me suis toujours dit qu’on allait gagner. Cette fois-ci, je ne nous voyais pas perdre. Alors oui cela a été plus serré que je le pensais mais j’ai patienté de manière sereine dans mon bureau dans l’attente des résultats, ce samedi. J’ai rassuré des gens de mon équipe qui, eux, stressaient. J’en revois encore un faire les cent pas dans mon bureau dans la semaine. J’ai cru qu’il allait creuser une tranchée ! (rires) Après, aller au combat ne me dérange pas, même si, je le répète, j’avais plus d’un adversaire.

Comment avez-vous vécu l’attente et notamment cette dernière

demi-heure interminable ?

Je suis arrivé à Marcoussis vers 11 heures, j’ai salué les personnes présentes et puis je suis monté au bureau. Je n’étais presque jamais seul, donc je n’ai pas vu le temps passer personnellement. J’ai observé les résultats dans mon bureau et je suis descendu dans l’auditorium. Après, certains de mon premier cercle étaient stressés, je les faisais sortir de la pièce... Mais, même avant une finale, je n’ai jamais été très inquiet. Ce n’est pas dans ma nature.

Avez-vous été soulagé à l’annonce de la victoire ?

Non, et je vous demande de me croire : je n‘ai jamais pensé perdre. à l’annonce des résultats, j’étais satisfait bien sûr. Parce que nous allons pouvoir, avec mes équipes, participer à l’organisation d’une Coupe du monde dont nous avions remporté les droits. Il reste trois grosses années pour le faire.

Un mot sur votre campagne. Quels sont les bons moments et les mauvais de la campagne ?

Je ne retiens que les bons et notamment les rencontres dans les territoires. Je ne suis que le porte-drapeau des présidents. C’est leur victoire. On ne parle toujours que d’un homme mais sans une équipe derrière moi, je ne suis pas grand-chose. Ce samedi, j’ai reçu 965 textos de félicitations, dont un grand nombre de présidents de petits clubs. Cette proximité, je veux la conserver.

Quel va être votre programme cette semaine ?

On va poursuivre le travail, notamment pour chercher à rassurer et aider les clubs qui traversent une crise sans précédent avec ce Coronavirus. Parce que l’avenir à court terme est très incertain, que ce soit pour le monde amateur ou professionnel. Les mois qui viennent ne sont pas très rassurants. Imaginez que toutes les rencontres doivent se dérouler à huis clos ? Même pour nous avec un Tournoi des 6 Nations sans public ! C’est une hypothèse que l’on doit envisager. Il faut se consacrer sur l’essentiel, être solidaire et chercher à sortir de cette crise le mieux possible.

Allez-vous travailler, dès cette semaine, avec la Ligue Nationale de Rugby et son président, Paul Goze ? Vous avez rendez-vous avec eux, ce lundi devant le Conseil d’Etat …

Tout d’abord, je ne dérogerai pas à la règle qui fait de l’équipe de France la priorité. Il faut que l’on trouve un accord franco-français au plus vite mais comment voulez-vous que je collabore avec des gens qui ont fait campagne contre moi ? Ce n’est pas possible. Nous devons avoir une discussion franche, et nous l’aurons. Mais ce sera avec les clubs professionnels, directement. Ce n’est pas parce qu’à la Ligue, il y a deux ou trois personnes qui ont cherché à me nuire que je ne peux pas travailler avec le monde pro. Un Didier Lacroix, un Thomas Lombard ou encore un Yann Roubert, sans compter bien sûr Jean-François Fonteneau ou encore François Rivière, avec eux on peut discuter, et ce même si l’on n’est pas d’accord sur tout. On va se mettre autour de la table avec les clubs. Ma porte reste grande ouverte et on va travailler ensemble. Mais quand certains nous mettent sans arrêt au tribunal, nous invectivent, au bout d’un moment il faut prendre ses responsabilités. Je me suis rendu à Toulouse pour évoquer avec Didier Lacroix, le futur accord que l’on doit trouver. Je connais la vie d’un club pro, confronté à un grand nombre d’internationaux. Je sais leurs contraintes. Si je tiens à ces six matchs, ce n’est pas pour leur mettre des bâtons dans les roues mais pour obtenir trois matchs à domicile et des recettes. Pas de billetterie mais sur les droits TV notamment…

Que faire alors ?

Je l’ai dit dans Midi Olympique il y a six mois. Personne n’avait repris. Dans nos discussions, je suis passé au concret et proposé une limitation des feuilles de match pour les joueurs. J’ai proposé cinq, on devait discuter. Mais le lendemain la Ligue lance le référé devant le Conseil d’état... Du coup, on se retrouvera après.

 

Mais le temps presse. Le sélectionneur Fabien Galthié doit préparer sa séquence et sélectionner des joueurs ?

Mercredi, Fabien Galthié va livrer sa liste de 31 joueurs sélectionnés pour l’automne. Il réunit son staff durant deux jours au CNR, et j’irai d’ailleurs les saluer ce mardi. Mais vous avez raison, on doit très vite tomber d’accord.

Pourriez-vous accepter une modification des statuts pour une éventuelle réélection de Paul Goze à la LNR ?

Hors de question ! Ce n’est d’ailleurs pas une question de personne. Mais je me suis imposé une limitation à deux mandats qui je crois est un fondement démocratique. Après, quand les gens ne changent pas, les choses ne bougent pas. Alors sur ce point-là, ce n’est pas contre lui mais je crois que le rugby doit être modèle et je suis convaincu par cette limite de deux mandats.

Avec qui, vous voyez-vous travailler ? Qui pourrait être selon vous un bon président de la LNR ?

Je ne sais pas qui va être candidat et cela ne regarde pas la fédération. Je tiens à rappeler que je n’ai pas donné de consignes de vote, aucune, pour l’élection des deux représentants de la LNR au comité directeur de la FFR. Je n’ai pas fait campagne contre eux.

Peu de vos anciens joueurs se sont positionnés comme vos soutiens,

le regrettez-vous ?

C’est comme pour les salariés de la Fédération, je leur avais dit lors de la cérémonie des vœux de l’année 2020, il va y avoir les élections, mettez-vous sur le côté, travaillez, restez neutres. Et c’est pareil pour les anciens internationaux. Je ne veux pas qu’ils soient pris en otage. Mes équipes voulaient créer un comité de soutien d’anciens joueurs, j’ai refusé. Je ne voulais pas les mettre en porte-à-faux ! Je préfère quand ils me félicitent comme les messages reçus hier par Guilhem (Guirado), "Basta" ou Fred Michalak mais la politique, sauf s’ils s’engagent, qu’ils restent en dehors.

Fabien Galthié a lui, publiquement dans ces colonnes, pris position…

Il a été courageux et on en a discuté pas plus tard que ce dimanche matin. Mais avec Fabien, c’est plus de vingt ans de vie commune. C’est quelqu’un en qui j’ai une grande confiance. Je savais où j’allais avec lui.

Enfin espérez-vous solder rapidement vos démêlés avec le parquet national financier ?

Vous comprendrez aisément que je n’ai rien à demander sur ce plan-là. J’ai pu m’expliquer et je reste à la disposition de la justice.

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