Michalak : « Le grand perdant de cette guerre, c'est le rugby »

  • Frédéric Michalak lors du SuperSevens
    Frédéric Michalak lors du SuperSevens Icon Sport
Publié le , mis à jour

Frédéric Michalak, ce sont 77 sélections en équipe de France, trois coupes du Monde et dix-sept ans de carrière au plus haut niveau. Alors, quand il parle de rugby, on l'écoute...

Les clubs et la fédération se livrent actuellement une guerre sans merci au sujet de la fenêtre automnale. Quelle impression tout cela vous laisse-t-il ?

Le grand perdant de cette guerre, c'est le rugby. Partout dans le monde, les championnats sont reprogrammés, différés... Les autres ont su se réadapter à la situation actuelle alors que nous, on a préféré rester sur ce qui se faisait avant. Il faut pourtant prendre du recul.

Pourquoi ?

On est peut-être le seul pays qui pourrait aujourd'hui interdire ses joueurs à porter le maillot de France. C'est le signe de quelque chose de très grave. Au foot, tous les championnats ont été changés mais quand l'équipe de France a un match, les internationaux le jouent. Point barre. (il marque une pause, reprend) Non... Tout ça est bien trop grave pour qu'on en rigole...

Que voulez-vous dire ?

Les gens à la tête de la Ligue et de la fédération doivent se mettre d'urgence dans une salle, ou dans un vestiaire si ça leur rappelle des bons souvenirs, et ne pas en sortir sans avoir trouvé un accord. Car la problématique actuelle, elle impacte le rugby dans son ensemble, amateur comme professionnel. Aujourd'hui, c'est l'ensemble du rugby français qui est perdant.

On vous suit...

Soyons clairs : l'équipe de France reste la chose la plus importante. Bloquer les joueurs irait aussi à revers de la philosophie, de l'ADN des clubs, qui forment des joueurs pour qu'ils accèdent, un jour, à la sélection nationale. Dans trois ans, il y a enfin une Coupe du monde à la maison.

En résumé ?

Le Top 14, sur cette année exceptionnelle, doit se réadapter. Pourquoi le Top 14 se jouerait-il normalement quand tout le monde s'adapte ? Et puis, je me pose une autre question : quand Cheslin Kolbe est appelé par les Springboks, on ne le retient pas, que je sache...

Dès lors, le temps est-il venu de faire évoluer la convention passée il y a plusieurs années entre ligue et fédération, au sujet de la libération des internationaux et du nombre de matchs disputés par le XV de France ?

Complètement. Depuis la crise sanitaire, on ne peut pas garder des choses qui existaient avant.

Vous avez connu ces guerres institutionnelles, lorsque vous étiez joueur...

(il coupe) Oui. Le joueur, il a le cul entre deux chaises. Il sait la souffrance qui est celle de son club mais d'un autre côté, il a très envie de jouer en équipe de France... (il marque une pause) Et puis, si les fédérations internationales coulent toutes les unes après les autres parce qu'elles n'ont pas assez de matchs, si on n'aide ni l'Irlande ni l'Angleterre, on va finir par jouer au rugby entre nous. J'ai peur qu'on s'ennuie vite...

Marc DUZAN
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