Le Racing Club de (toute la) France

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Longtemps raillé, souvent moqué, le Racing de l’automne 2020 n’a pourtant plus rien du cercle de "happy few" qui s’était promis, il y a dix ans, de conquérir le monde. Et c’est tout un pays qui semble même pousser, aujourd’hui, derrière le club des Hauts-de-Seine...

Le Racing, ce sont trois finales de coupe d’Europe en cinq ans, un titre de champion de France en 2016 et une présence permanente en phases finales du Top 14, depuis l’accession du club à l’élite nationale, en mai 2009. De fait, il a donc fallu un peu plus de dix ans à Jacky Lorenzetti pour faire d’un bougre en fin de vie l’un des cadors du vieux continent. Eric Blanc, champion de France en 1990 avec les gars du "show bizz", se souvient : "Lorsque Jacky est arrivé chez nous, le club était un champ de ruines. On n’avait plus un seul sélectionné chez les jeunes, les meilleurs joueurs d’Ile de France allaient au Stade français et on avait totalement disparu de la carte. […] Lorenzetti, il a structuré le club, s’est entouré de grands managers et surtout, a intégré le fait que le sport n’était pas bâti sur le même modèle que le monde de l’entreprise, où le résultat est quasi immédiat dès lors que l’investissement est conséquent." Pierre Berbizier, aux côtés de "JLO" lorsque l’aventure contemporaine du Racing débuta, va plus loin : "En 2007, j’ai découvert un club dépourvu de socle et de projet. Dans la foulée, j’ai donc dit à Jacky que je voulais m’appuyer sur la "culture formation" du Racing omnisports, cette entité qui avait donné au pays tant de champions olympiques ou de champions du monde, dans toutes les disciplines. Avant de penser au reste, il nous fallait renouer avec une formation efficiente: au club, on a d’abord façonné Bernard Le Roux, Virimi Vakatawa ou Henry Chavancy, qui sont aujourd’hui devenus les cadres de l’équipe." Treize ans plus tard, le Racing présente sur chaque feuille de match entre dix et quinze joueurs formés au Plessis-Robinson, le centre d’entraînement du "92"...

L’expérience du Racing, atout majeur ?

Longtemps raillé pour les maigres chambrées qu’il réunissait à Colombe, volontiers honni à l’époque où il recrutait de grands noms de ce jeu sur catalogue (Lydiate, Roberts, Sexton en 2013...), le Racing a également vu sa cote de popularité croître de façon spectaculaire, ces trois dernières années. Les audiences, qu’elles soient télévisuelles ou numériques, en attestent : Eric Bayle, la voix du rugby sur Canal +, nous confiait par exemple que le Racing fait désormais partie du "big four" des audimats du Top 14 avec Toulouse, Clermont et Toulon, quand sur nos sites internet (Rugbyrama et Midi Olympique.fr), les articles consacrés au club du "92" sont, derrière ceux touchant à Toulouse et Clermont, les papiers les plus lus par les internautes. Le temps où, un matin d’hiver et dans le confort feutré de leur bureau, Travers et Labit nous demandèrent, l’air préoccupé, pourquoi "les gens [avaient] tant de mal à aimer ce club", est révolu et, avant que n’éclate la crise sanitaire, l’Arena tournait même à une moyenne de 13 000 spectateurs par match, une montagne pour un club parti d’aussi bas.. Alors, le jeu aéré, nerveux, souvent spectaculaire pratiqué dans les Hauts-de-Seine est-il à l’origine de ce renversement des valeurs ? Ou bien, le sourire de Finn Russell, véritable incarnation de l’équipe depuis trois saisons, est-il pour beaucoup dans ce changement de cap ? Eric Blanc enchaîne ainsi : "Je ne sais pas comment l’expliquer mais cette équipe est nettement plus aimée aujourd’hui qu’elle ne l’était il y a dix ans. Quand Jacky est arrivé, les gens avaient juste vu le milliardaire, le mec qui avait envie de réussir vite et disait vouloir être champion dans les cinq ans. Depuis, l’image a changé et je pense que ce week-end, la France du rugby sera derrière le Racing." Un Racing Club de toute la France, alors ? Et pourquoi pas !

Éric Blanc : "Tabasser les avants d’Exeter"

Ces considérations faites, il est néanmoins important de rappeler que les coéquipiers du bon Finn s’attaqueront samedi à une montagne, tant les joueurs d’Exeter, qui ont écrasé Bath en demi-finale du Premiership (35-6) seulement quinze jours après avoir écarté le grand Toulouse (28-18) de la compétition européenne, semblent invincibles depuis près d’un an. Blanc, encore : "Malgré tout le bien que l’Europe du rugby pense des Chiefs, le Racing n’a pas le droit d’avoir peur. Exeter, cette équipe qui aime tant conserver la balle, il faudra la tabasser devant plus que ne l’a fait Toulouse en demi-finale et à ce sujet, je pense que le Racing est plus dur au mal, plus féroce dans le combat d’avants que ne l’est le Stade toulousain." On pourrait considérer, enfin, que ce Racing déjà éconduit trois fois en finale de Champions Cup possède un vécu dont est aujourd’hui dépourvu Exeter, un club qui n’avait jamais passé les quarts de finale de coupe d’Europe avant cette saison. "Attention, conclut Blanc. L’histoire a parfois montré que les jeunes équipes pouvaient renverser des montagnes : en 1995, l’Ajax de Patrick Kluivert, une vraie bande de gamins, avait battu le grand Milan en finale de Ligue des Champions". Dans ce cas-là...

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