Paia’aua, un sourire retrouvé

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Le centre du RCT a mis presque un an à revenir de sa rupture du tendon d’Achille. Il s’impose désormais comme l’un des éléments indispensables.

Arrivé à l’été 2019 en provenance des Queensland Reds, Duncan Paia’aua est annoncé comme la "trouvaille" de Patrice Collazo. Sauf que ses accélérations, ses crochets et sa vista sont immédiatement contrariés : victime d’une rupture du tendon d’Achille lors de la préparation, le magicien d’Oz est absent six mois. Et s’il espère retrouver les terrains pour le money time de la saison, c’est cette fois la Covid-19 qui interrompt son retour.

"Pour s’intégrer la meilleure solution est de jouer, et moi je démarre l’aventure par une blessure. Je vois finalement le bout du tunnel, mais la Covid fout tout en l’air. Il m’a fallu un an pour disputer ma première "officielle" avec le RCT, soupirait le centre varois mi-septembre. C’était interminable, mais c’est désormais derrière moi." Seul joueur titularisé lors de toutes les rencontres du RCT depuis le début de saison (6), Paia’aua s’impose rapidement comme un indiscutable sur la rade.

"C’est un joueur d’instinct, capable d’emmener de la puissance malgré un profil très technique, apprécie Baptiste Serin. Il est capable de jouer un 1 contre 1, de poser un mec sur 5 m², mais également d’envoyer une passe de 25 mètres." À 25 ans, l’Australien est donc en train de se faire un nom en Europe.

"Je commençais l’année par le XIII, et je basculais sur le XV à mi-saison"

Pourtant, bien avant de devenir l’un des indispensables du RCT, Paia’au a toujours eu cette image de surdoué du rugby. Vous dîtes ? Né du côté de Wellington en 1995, Duncan est le quatrième enfant d’une fratrie de onze, mais il est surtout le fils d’un joueur amateur de "Rugby Union" (comprenez rugby à XV). Et si la famille déménage à Melbourne, le rugby n’est jamais bien loin des Paia’aua. "D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours joué. Mes premiers flash-back ? J’avais 4 ans et je m’éclatais avec mes frères dans le jardin." À 6 ans, et alors que ses parents viennent d’emménager à Rockhampton, Duncan prend sa première… double licence.

"Je commençais l’année par le XIII, et je basculais sur le XV à mi-saison : je ne pouvais pas m’arrêter, je détestais les vacances." Pris entre la passion de son père pour le XV et le XIII qui est une religion en Australie, le jeune Duncan choisit donc… De ne pas choisir. "J’ai gardé cette double discipline aussi longtemps que possible. Mais j’ai finalement dû prendre une décision après mes études, et j’ai opté pour le XIII, même si mon père était mécontent, sourit l’Australien. C’était le sport le plus populaire en Australie, tous mes potes y jouaient et je n’étais pas mal à l’aise." Paia’aua n’a alors qu’un rêve : devenir pro.

Ce dernier se réalise lorsqu’il signe son premier contrat avec les Brisbane Broncos, à tout juste 18 ans. "Mais après deux saisons mon père a fini par m’avoir par les sentiments, s’amuse celui que tout le monde s’arrache Down Under. À 19 ans, j’ai changé de discipline, et quitté les Broncos pour les Reds, les deux clubs de Brisbane. Passer du sport le plus populaire à un sport plus méconnu pouvait paraître surprenant, mais je savais que ça arriverait, alors j’ai préféré le faire dès mon plus jeune âge." Fan de Carlos Spencer, mais également de Will Genia et Quade Cooper, Paia’aua reconnaît vivre "un rêve de gosse".

"Chaque annonce de sélection me foutait une boule au ventre"

En cinq saisons, Paia’aua dispute 48 rencontres de Super Rugby, et devient le leader d’attaque des Reds. De quoi imaginer un avenir chez les Wallabies ? "Le staff m’a donné ma chance en 2017 contre les Barbarians." Auteur de deux essais, Paia’aua éclabousse la rencontre de son talent. "Sauf que Michael Cheika ne m’a fait aucun retour sur le match et ne s’est plus jamais adressé à moi… Chaque annonce de sélection me foutait une boule au ventre. J’étais écœuré. Du jour au lendemain silence radio."

À 24 ans, Paia’aua voit ses rêves internationaux s’envoler, et considère que sa carrière a besoin d’un nouvel élan. Et alors que la Fédération australienne lui propose deux ans de contrat, le joueur décide de tout quitter pour s’engager avec Toulon, où évolue son cousin, Jonah Placid. "Il était temps pour moi de quitter le rugby australien. Je devais sortir de ce système qui ne me convenait plus. J’aimais les Reds, mais je devais changer d’ère." La suite, tout le monde la connaît : une arrivée à Toulon, une année de galère mais surtout un retour au premier plan en moins d’un mois et une finale de Challenge Cup qui pourrait lui permettre de remporter le premier titre de sa carrière en pro. Comme si le diamant brut s’était poli, pour devenir l’une des pièces maîtresses d’un RCT en passe de renouer avec sa glorieuse histoire européenne.

Pierrick Ilic-Ruffinatti
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