Moni : « En 2000, on s’est bien marrés »

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    Christophe Moni - Ancien troisième ligne international. Icon Sport
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Il y a vingt ans, en 2000, il vivait sa meilleure saison avec les Bleus et le Stade français. Coup de projecteur sur un talent pas assez reconnu, formé à Nice, passé par Toulon et révélé à Paris. Il fut l’acteur d’une époque ou l’on pouvait encore jouer à très haut niveau sans se prendre trop au sérieux.

Parler à Christophe Moni, c’est un peu recueillir les confessions d’un enfant du siècle. 2000 fut sa grande année, avec un titre de champion de France et un retour très réussi chez les Bleus. Il n’a compté en tout que 8 sélections (2000-2001) mais les spécialistes se souviennent de son activité, de sa légèreté et de la facilité avec laquelle on pouvait converser avec lui. Il fut l’un des emblèmes de la grande période Guazzini-Laporte du Stade français.

Il y a vingt ans, vous participiez à la formidable victoire du XV de France sur les All Blacks (42-33) à Marseille. Quels souvenirs en gardez-vous ?

Un très grand souvenir au regard de ma petite carrière internationale. Déjà, le fait de jouer contre les All Blacks, ça n’arrivait pas tous les jours. Mais c’était la deuxième fois pour moi car nous avions perdu le premier test au Stade de France, d’une façon assez décevante.

Quelles sensations vous reviennent en mémoire ?

D’abord, le soutien extraordinaire du public. Nous avions 60 000 spectateurs derrière nous, cette ferveur m’avait beaucoup marqué. Et puis, nous avions réussi une entame de feu. Nous étions partis sur un rythme très élevé. Xavier Garbajosa avait marqué tout de suite, un essai aussi impressionnant que sa performance d’ensemble. Notre début avait été tellement énorme qu’en plein match, je m’étais demandé si nous allions tenir ce rythme jusqu’au bout. De mémoire, nous avions connu un petit creux, qui avait permis aux All Blacks de se rapprocher mais nous avions réussi à revenir pour les mettre à distance.

Mais ce début tambour battant, qui avait sidéré tout le monde, était-il voulu ? Est-ce que ce sont des choses que l’on décide ?

Oui, c’était voulu. Mais n’oubliez pas que nous sortions de deux défaites contre l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Défaite de peu face aux Wallabies, match plus piteux contre les Blacks. Alors, Bernard Laporte nous avait fait comprendre tout au long de la semaine qu’il ne fallait pas passer au travers de ce match de Marseille. C’est ce qui avait motivé cette fameuse entame…

On a gardé une image assez paradoxale de vous lors de ce match. Vous qui mesuriez moins d’un mètre quatre-vingt-dix, vous étiez souvent utilisé comme sauteur en fond de touche… Ça faisait bizarre. Était-ce une adaptation de la récente règle de l’ascenseur ?

Oui, on m’utilisait comme ça aussi au Stade français. Même si ce n’était pas ma qualité première, j’étais assez à l’aise dans les airs. J’étais plutôt léger et j’avais aussi de grands soutiens qui me montaient très facilement. Et puis, dans cette équipe de 2000, il y avait beaucoup de joueurs parisiens. Nous pouvions alors reproduire tout un tas de choses que nous faisions en club.

Effectivement, c’est l’autre particularité de cette rencontre. Il y avait huit joueurs du Stade français sur la feuille de match…

Nous faisions un très bon début de saison, nous étions champions sortants. Logiquement, Bernard Laporte nous avait appelés.

Votre ancien coach Bernard Laporte avait-il besoin, pour sa première année, de travailler avec des gens qu’il connaissait bien ?

Je ne sais pas. Je n’en suis pas sûr. Vous savez Bernard, il est rapidement en confiance, il juge très vite les hommes. Ce sont plutôt nos performances qui nous ont servis. Mais ce n’était pas mes débuts. J’avais connu une toute première sélection en 1996. C’était à Aurillac contre la Roumanie mais pour un test qui servait à récompenser les gars des clubs modestes qui faisaient une bonne saison. À l’époque, j’évoluais à Nice.

Vous avez souvent déclaré que Bernard Laporte vous avait révélé à vous-même…

Oui, il avait cette capacité à vous transcender. J’ai beaucoup progressé avec lui. Il était très exigeant à l’entraînement, il élevait la voix, il savait se faire comprendre et se faire entendre. Mais ce qui faisait sa force, c’est qu’il parlait de la même façon à une vedette qu’à un débutant ou à un anonyme. Il n’avait pas peur de remonter les bretelles à un gars qui avait beaucoup de sélections. C’est ce qui lui donnait le respect du groupe car nous nous sentions tous sur un pied d’égalité.

Et sur un plan tactique, a-t-il amené des innovations ?

Oui, il avait amené la notion de la prise du milieu de terrain, en jouant la carte de la puissance. Mais il ne faut pas le réduire à ça. Regardez, il faisait jouer Franck Comba au centre, qui n’est pas un monstre de puissance. Il a aussi révolutionné la circulation sur le terrain, les courses intelligentes, les blocs, les cellules de joueurs. Voilà son apport principal.

Vous n’avez connu que 8 sélections, c’est assez peu finalement…

On en veut toujours plus mais je suis content de ce que j’ai vécu. Après, j’ai subi la concurrence, c’est sûr. Serge Betsen poussait fort derrière moi. Et puis j’ai eu des problèmes récurrents à un tendon d’Achille, ce qui a bouleversé ma fin de carrière.

Votre gabarit n’était-il pas celui d’une autre génération ?

C’est vrai. On a vu après moi arriver des joueurs plus massifs. Mais je constate qu’on est ensuite revenu en arrière. Aujourd’hui, je vois s’exprimer des flankers plutôt longilignes.

Ce match de Marseille a-t-il été le sommet de votre carrière ?

C’est un tout, je l’englobe dans ces sept ou huit années au Stade français qui ont été fabuleuses.

Vous avez été formé à Nice, vous jouiez à Toulon. Comment êtes-vous monté à Paris ?

Grâce à Christophe Dominici et Franck Comba avec qui j’étais à Toulon. Ils m’ont dit : "On va aller au Stade français, ça te dirait de nous suivre ?" J’avais des doutes sur l’avenir de Toulon, j’ai rencontré Max Guazzini et j’ai fait un choix qui s’est avéré payant.

Quel fut le meilleur moment le plus agréable à vivre de votre carrière ?

La finale 2000, gagnée face à Colomiers, alors que nous étions en autogestion. On s’est bien marrés, vraiment. Après avoir mal commencé la saison, nous avions inversé la tendance et nous avions fini dans la bonne humeur. On s’amusait beaucoup de cette situation incongrue, sans entraîneur officiel, même si Fabrice Landreau avait pris une certaine importance, tout comme notre manager Alain Elias qui avait joué un rôle important.

On a aussi dit que Bernard Laporte, déjà sélectionneur, était venu donner des coups de main en douce…

(il ne confirme pas). On s’amusait de tout, je vous dis. On avait un groupe tellement sympa… À aucun moment, nous avons vécu cette période d’autogestion comme une difficulté.

Mais auparavant, il y avait eu l’épisode du limogeage de Georges Coste, décidé par les joueurs eux-mêmes, non ?

Oui, nous avions de l’affection pour lui, il était sympa. Mais ça ne fonctionnait pas, il avait fallu trouver une solution. Elle fut douloureuse, c’est vrai. Mais la suite a montré que ça valait le coup. Georges était sympathique mais nous n’avons jamais réussi à fonctionner avec lui.

Quid de celui qui est arrivé à l’été 2000, l’Australien John Connolly, futur manager des Wallabies ?

Lui était un entraîneur à l’anglo-saxonne, très rigoureux, très minutieux dans la préparation, ce qui nous changeait de ce que nous avions vécu la saison précédente. Il nous a fait progresser mais il a eu du mal à gérer le groupe sur la totalité d’une saison. On avait commencé très fort puis nous avons eu du mal à finir avec une défaite en finale européenne et une élimination en quart de finale du championnat. Il n’a pas compris que la saison était longue. Alors, nous sommes arrivés un peu rincés.

Qui fut le joueur qui vous a le plus impressionné parmi vos partenaires ?

Christophe Dominici. Je n’ai pas croisé un gars aussi efficace et aussi impressionnant que lui.

Et parmi vos adversaires ?

J’ai aussi croisé Jonah Lomu en 2000 lors du premier test. Je sais, c’est basique, mais il y avait vraiment lui et les autres. Dans ce match, j’ai dû le plaquer une ou deux fois mais pas tout seul.

Quel fut le moment le plus dur de votre carrière ?

Les périodes d’enchaînement de blessures. Ces années 2005-2006, où j’ai très peu joué. J’ai arrêté en 2006 avec l’idée que j’avais fait l’année de trop. Je n’ai jamais eu le moral à zéro, ce n’est pas ma nature, mais ces périodes que le grand public ne voit pas sont très difficiles pour soi mais aussi pour les proches car on est parfois désagréable.

Qu’avez-vous fait après votre carrière ?

J’ai fait une formation à l’université du sport à Limoges, puis je suis revenu m’occuper du club de Nice. Mais je n’ai pas trouvé ce que je cherchais. Je crois que le club n’était pas prêt. Je suis alors revenu à Paris, pour m’occuper de mes affaires. Je suis aussi devenu consultant sur Eurosport, sur Sud Radio. Je n’ai jamais coupé avec les terrains.

Vous voilà désormais de retour au Stade français…

Avec Thomas Lombard, on essaie de construire et de réveiller le Stade français qui n’était qu’endormi. Je suis team manager, je sers de passerelle entre les joueurs et la direction. Oui, j’ai déjà fait face à une tempête avec la covid mais quand il y a un problème, il y a une solution.

Votre époque était aussi celle d’un président, Max Guazzini. Il a amené un nouveau style, un nouveau décorum. Comment avez-vous vécu ça ?

Cela nous faisait rire. On s’amusait beaucoup, on voyait bien que dans le monde du rugby, certains appréciaient moins. Mais, nous, on vivait des moments incroyables, avec un groupe vraiment exceptionnel. En fait, le talent de Max Guazzini était là : il savait recruter des personnalités. Il avait le flair pour ça. Ce que je retiens de cette période, c’est qu’on s’est beaucoup entraîné et qu’on s’est beaucoup amusés.

Vous aviez l’image d’un joueur abordable et communicatif. Ne trouvez-vous pas que les joueurs d’aujourd’hui sont moins faciles à approcher ?

C’est normal. La société a évolué. Les réseaux sociaux sont arrivés, c’est la grosse différence et je comprends qu’ils aient envie de se protéger.

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