La fureur de vivre des Bleus

  • Charles Ollivon, Antoine Dupont et Teddy Thomas célèbrent l'essai du capitaine des Bleus
    Charles Ollivon, Antoine Dupont et Teddy Thomas célèbrent l'essai du capitaine des Bleus Icon Sport - Icon Sport
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En ces temps sinistres, la belle victoire des Tricolores contre Galles est, sinon une bouffée d'oxygène, au moins une lueur dans la nuit. Et si, en dépit des apparences, le meilleur était à venir ?

Fabien Galthié a des certitudes : les "data", ces données chiffrées entourant la santé globale des Tricolores, offrent une somme d'informations que l'oeil nu, déjà capable de constater que Cyril Baille est incontestablement plus adroit que Bernard Le Roux, lequel couvre indéniablement plus de terrain que le pilier toulousain, suffirait probablement à fournir ; les entraînements de la semaine, pour la plupart en opposition réelle, doivent englober quarante-deux joueurs et, surtout, se dérouler à "haute intensité", le tour de terrain à deux à l'heure et le concours de drops chers au rugby de papa n'en faisant visiblement pas partie ; la "bobo" nutrition, à base de jus de betterave, de graines diverses et d'étrangetés vegan, est un facteur non-négociable de performance ; la "flèche du temps", qui... non, pardon, on ne sait toujours pas ce que signifie cette foutue "flèche du temps", même après six mois de pratique.

Pour être tout à fait clair, et si on est bel et bien convaincu que Galthié est pour beaucoup dans la résurrection de la sélection nationale, on dira simplement que ce France-Galles inaugural -ce "warm-up game", comme le caractérisaient ces jours derniers les barbares qui jugent visiblement les "matchs de préparation" comme trop poussiéreux- a piétiné la plupart des concepts indissociables des prémices de l'ère Galthié. Avant de produire l'une des performances les plus séduisantes de ces dix dernières années, les Bleus ont travaillé six jours à Marcoussis, une courte parenthèse leur ayant simplement permis de réaliser un seul et unique "entraînement à haute intensité".

Avant de planter cinq essais au XV du Poireau, supposément l'un des meilleurs rideaux défensifs au monde, les Tricolores étaient 31 à Marcatraz et bataillaient avec de bien modestes sparring-partners (dont le pilier de la Section paloise Lucas Pointud, que le club béarnais ne conservera pas), lesquels n'avaient évidemment rien en commun avec ceux du week-end international. Alors, quoi ? Disons que le succès contre Galles est un plaidoyer rêvé pour la Ligue et les clubs, pour le moins réticents lorsqu'il s'agit de libérer, dans le désordre, joueurs, temps de travail ou roupies.

Antoine Dupont, auteur d'un doublé face au pays de Galles
Antoine Dupont, auteur d'un doublé face au pays de Galles Icon Sport - Icon Sport

Fickou au centre, la belle idée... 

Car la préparation et le tableau noir sont une chose, le talent et la fraîcheur en sont une autre. Diable, cette génération tricolore est juste dingue, dotée d'un flair, d'un culot et d'une puissance de feu que le XV de France avait perdu, au temps où la génération maudite traversait péniblement les mandats Saint-André, Novès ou Brunel. Et puis, ces Bleus, mis au frigo pendant sept mois et qui n'en sont encore qu'au début de leur saison domestique, ont aujourd'hui l'allant dont ils étaient généralement dépourvus quand ils affrontaient les Celtes, pour lesquels la Champions Cup et les Tests constituent par nature les vingt échéances majeures de leur saison.

Samedi soir, dans cette ambiance de fin des temps, les coéquipiers de Charles Ollivon ont donc dominé les beaux bébés Gallois dans le défi physique, les marquant au fer rouge sur les impacts et les prenant le plus souvent de vitesse, entendu ici que "vitesse" n'est plus le terme approprié lorsqu'il est question de qualifier la fin de carrière de Leigh Halfpenny, dont l'utilité à sa sélection est fortement remise en cause, depuis qu'il ne prend plus les tirs aux buts.

Mais seront-ils aussi saignants, ces Bleus, lorsque s'achèveront les six matchs de la Coupe d'automne des Nations ? On n'en sait foutre rien mais on constate simplement qu'à l'heure d'affronter cette austère rombière irlandaise boudant Simon Zebo quand elle octroyait des passe-droits à Johnny Sexton, le sélectionneur national Fabien Galthié ne déplore aucun blessé (Anthony Bouthier, sorti à la mi-temps, ne souffre que de légères contusions) et aligne une équipe dite "type", une rareté ces dernières années.

Merci, les "petits"...

Pour le reste, on rejoint volontiers le sélectionneur national lorsqu'il espère que l'équipe de France, la Madeleine de Proust de millions de Français, aura au moins permis à ces rugbymen amateurs sans match ni vestiaire, aux faux négatifs et aux vrais malades, aux chômeurs de circonstance et à ceux qui ont tout perdu de "sourire", de "prendre du plaisir" et, dans le meilleur des cas, de s'affranchir un moment à l'angoisse d'un nouveau confinement.

Et l'on n'a aucun mal, aucune gêne à dire que l'on aime ces Bleus autant qu'on hait cette époque damnée. On aime Gaël Fickou lorsqu'il est enfin placé à son véritable poste, celui de trois-quarts centre, aux côtés d'un homme (Virimi Vakatawa) pour qui Gloucester a prévu de dépenser 1,5 millions d'euros, quand il en vaudrait probablement trois fois plus. On aime Antoine Dupont parce qu'il est le premier numéro 9 français dont la légitimité ne souffre d'aucune contestation. On aime la façon dont Romain Ntamack, buste droit et tête haute, redresse ses courses et mord dans les intervalles, dans une attitude que l'on croyait disparue avec la fin des princes de Galles, dans les années 80.

Charles Ollivon, capitaine du XV de France
Charles Ollivon, capitaine du XV de France Icon Sport - Icon Sport

On aime l'hyperactivité de Bernie Le Roux, les soutiens toujours intelligents de Charles Ollivon et les mains d'argent de Cyril Baille. Et si on regrette que cette équipe manque encore d'un arrière incontournable, d'une certaine assurance sous les ballons hauts et d'une discipline de mormons dans les zones d'affrontement, on se dit aussi qu'elle aura son mot à dire, au jour où Boks, Blacks et "Bifs" s'écharperont pour s'emparer du trophée Webb Ellis. Alors ? Ce souffle d'espoir agit chez nous comme une béquille. Et rien que pour ça, on vous dit "merci", les petits..

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