Dupont : « Plus sympa que de viser la quatrième place »

  • Antoine Dupont avec le XV de France face au pays de Galles
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Publié le , mis à jour

Auteur d’un doublé, celui qui commence À être surnommé "le ministre de l’intérieur" fut encore décisif et impressionnant. Antoine Dupont revient sur cette faculté à être toujours au soutien et sur le goût d’une possible victoire dans le Tournoi enfin retrouvé pour les Bleus.

Pouviez-vous rêver meilleures retrouvailles avec le XV de France ?

Non, même si le contexte n’était pas évident. L’équipe a été séparée longtemps et s’est retrouvée peu de temps avant le match. On tombait face à des Gallois qui s’entraînaient depuis quinze jours, qui sont rodés depuis des années. Et il n’y avait aucun spectateur pour nous pousser.

Oui, dans un Stade de France vide…

C’est particulier. On s’y était préparés mais le plus choquant fut l’entrée sur le terrain et La Marseillaise devant une tribune vide. C’est bizarre. Mais une fois qu’on est dans le match, on n’y fait plus attention. Nous sommes habitués à jouer devant peu ou pas de public ces derniers temps.

Le contexte peut-il expliquer ce début de match flottant ?

Non. C’est un fait de jeu, avec une réception manquée sous le coup d’envoi. Sur la touche à cinq mètres, les Gallois décident de dévier, ce qui nous surprend. Sur le temps de jeu suivant, ils ouvrent bien et on est pris. Voilà, ça fait 7-0.

Avez-vous douté ?

Non et je ne percevais pas de doute dans nos yeux. Il y avait un côté rassurant à voir l’attitude de chacun. On savait ce qu’on avait à faire, comment le faire et il n’y avait pas de question à se poser.

On a vite compris que ça n’avait rien d’un match de préparation…

On ne l’avait pas abordé ainsi. Il devait nous projeter sur la réception de l’Irlande et on sait l’intensité qui nous attend. Il n’était pas question d’en mettre moins. Et il y a un certain passif avec les Gallois…

Avaient-ils encore en tête la défaite à Cardiff en février dernier ?

Oui, mais aussi le quart de finale de Coupe du monde il y a un an. Ils avaient ces deux matchs en tête et nous aussi.

Quelle fut l’atmosphère au moment se retrouver à Marcoussis ?

Le groupe est quasiment inchangé par rapport au Tournoi. On avait l’impression de s’être quittés il y a quinze jours plutôt qu’il y a sept mois après une défaite.

Et les repères communs sont vite revenus visiblement…

Il y a eu peu de fautes de mains ou d’erreurs de placement commises sur les phases offensives. C’est positif. Mais c’est en très grande partie dû au fait que l’équipe ou le système n’ont pas été modifiés.

Ce XV de France a-t-il donc repris le cours naturel de son histoire ?

Ce fut ma sensation en posant le pied à Marcoussis, renforcée après le match.

Fabien Galthié dit que vous n’êtes pas une équipe jeune mais qui grandit…

C’est la volonté du staff d’avoir le maximum de continuité dans son groupe, pour donner de l’expérience aux joueurs. Face aux autres formations du Tournoi, on se rend compte, si on fait la moyenne des capes, qu’on est ridicules. Même si le passé commun est faible, il existe et c’est déjà beaucoup si on regarde les équipes de France des dernières années. On doit s’en servir.

Cela vous a-t-il permis de remettre les choses en place samedi ?

J’ai senti d’emblée, dès qu’on arrivait à mettre de la vitesse et à avoir des rucks propres et rapides, qu’on les mettait en danger. Avec les joueurs qu’on a, c’est ensuite plus facile.

Comment parvenez-vous à basculer dans cette folie par moments ?

On a une stratégie précise et on sait dans quels endroits du terrain on peut jouer ou pas, comment on doit jouer ou pas. Partant de là, en arrivant dans ces zones, le mot d’ordre est : on se bouge, on met de l’intensité et il y aura des espaces.

Et puis ?

Après, c’est la lecture de jeu de chacun. Sur la première percée de Romain (Ntamack), il n’y a pas forcément de décalage. Le ballon ne sort pas très bien du ruck mais il y a une erreur de défense de suite analysée. On franchit et, deux temps de jeu plus tard, on marque. Le deuxième essai, pareil, le surnombre n’est pas flagrant. On fait une animation sur le milieu du terrain et il y a un trois contre deux dans le couloir que "Viri" (Vakatawa) joue bien. À ce niveau, il n’y a pas cinquante occasions. On a su être pragmatiques.

Quand des garçons comme Vakatawa ou Ntamack ont le ballon, vous vous dites quoi ?

On connaît les qualités de notre ligne arrière, il peut se passer beaucoup de choses. Si le projet de jeu est très important, les décalages viennent des choix des hommes. Quand ils sont bons, on est dangereux… Et c’est bête à dire mais, quand les trois-quarts se mettent en évidence, c’est que les autres font le boulot devant.

Vous devez vous régaler…

C’est le jeu que j’affectionne et je fais tout pour me porter au soutien. Ces actions sont les plus dures à produire mais aussi celles qui procurent le plus de plaisir.

Vous avez encore inscrit un doublé en étant au soutien. Ugo Mola vous avait surnommé "le Pippo Inzaghi du rugby". Pour reprendre votre expression, vous êtes désormais le "ministre de l’Intérieur"

(Rires) C’est bien trouvé mais l’idée n’est pas de moi à la base. Sur les deux essais, je n’ai finalement rien à faire.

Enfin, il faut avoir des cannes…

Si j’en avais vraiment, j’en aurais mis trois !

Sur la première action, avez-vous cru aller au bout ?

Quand je prends le ballon, je ne vois personne et je commence à déporter vers la droite. Mais celui qui revenait le plus vite arrivait de là… La première seconde, oui, j’ai cru que j’y allais. Mais j’ai rapidement compris que ça allait être compliqué.

Cette faculté à être toujours au soutien est-elle innée ?

Je ne jouais pas 9 en jeunes, donc ce n’était pas ma spécialité. C’est venu petit à petit, aussi en voyant des joueurs de l’hémisphère sud le faire beaucoup.

Lesquels ?

J’ai le souvenir du quart de finale entre la France et les Blacks en 2015. Kerr-Barlow était entré vingt minutes et avait mis deux essais comme ça coup sur coup. Aaron Smith le fait très bien, Gareth Davies également en 2015. J’aime ces ballons et j’ai commencé à couper mes courses vers l’avant pour essayer de me porter au soutien. C’est dur de le travailler, il faut surtout passer du temps avec les mecs pour les connaître et anticiper.

Avez-vous l’obsession de la ligne d’en-but, comme pouvait l’avoir Vincent Clerc notamment ?

Je ne me vois pas ainsi. Vincent le décrivait bien mais je ne joue pas le même poste. Je crois surtout que celui de demi de mêlée a beaucoup évolué en dix ans et on voit de plus en plus de 9 qui vont vite, jouent des duels et donc qui marquent. Je suis loin d’être le seul.

Vous évoquez les duels, comme celui gagné au départ d’une situation brouillonne sur l’essai d’Ollivon…

C’était ma faute à la base car ma chandelle était trop courte. Il y a eu un cafouillage et cela m’a finalement souri. Mais j’ai toujours adoré ces ballons de m… comme on dit.

Comment ça ?

À mes débuts en pro, on me reprochait de prendre trop de contacts, alors je me consolais avec ces munitions pourries qui traînaient et dont personne ne voulait. C’étaient des ballons gratuits pour moi. J’essayais de les bonifier. Du coup, j’ai du mal à engueuler les avants quand j’ai des ballons pourris parce que je suis content de pouvoir les garder (rires).

Avez-vous regardé le match de l’Irlande contre l’Italie ?

Il y avait celui de Toulouse en même temps, donc j’ai jonglé. Le système de cette équipe est le même depuis des années. C’est précis, clinique et elle ne laisse rien à l’adversaire. L’Italie pouvait tenir le ballon sur cinquante temps de jeu sans avancer.

Sentez-vous une odeur de finale ?

Le contexte, avec un Tournoi tronqué, la rend dure à aborder mais le résultat comptable est là. On est à la course pour gagner le Tournoi sur le dernier match, ce qui n’est pas arrivé depuis dix ans. On le sait.

L’attente est-elle grande ?

Oui, et c’est logique. Nous n’étions plus habitués à jouer les premiers rôles sur le Tournoi. On en a l’opportunité cette fois. C’est quand même plus sympa que de viser la quatrième place sur le dernier match…

Chaque joueur ne fera que trois feuilles de match cet automne. Comment l’appréhendez-vous ?

On viendra jouer quand on sera appelés, cela ne change rien à mon approche. Mais c’est dommage de se retrouver dans cette situation. On est le seul pays où on n’arrive pas à s’entendre et à trouver des solutions mais on le dit depuis des années sans que les choses n’avancent. Les joueurs sont au milieu de tout ça et, à part le regretter, on ne peut pas dire grand-chose. Si ce n’est qu’on jouera lorsqu’on nous le demandera.

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