« Antoine Dupont s’ennuyait, il voulait arrêter le rugby »

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Loin des Bleus avec lesquels il brille actuellement, Antoine Dupont a débuté le rugby dans le village de Castelnau-Magnoac. Retour aux racines du phénomène avec le premier entraîneur du Toulousain, Jean-Philippe Guerrero.

"On lui a donné la possibilité de s’exprimer avec un ballon de rugby dans les mains." Où serait Antoine Dupont aujourd’hui si une bande d’amis, dont faisait partie son père, n’avait pas eu l’idée de lancer une école de rugby à Castelnau-Magnoac ?

Au cœur de cette initiative, Jean-Philippe Guerrero n’avait aucun doute quant au talent des jeunes pousses qu’il voyait grandir devant lui : "On était un groupe de copains et nous avons décidé de créer l’école de rugby de notre village. On savait que l’on allait pouvoir s’appuyer sur une génération de garçons, nés en 1995 ou 1996, de très bonne qualité." Parmi ces enfants, le fils du président de l’association pendant sept ans, Kévin Guerrero et un certain Antoine vont goûter aux joies du rugby dans leur village en 2000. Ce dernier, nommé Dupont, va donc suivre les pas de son grand frère, de trois ans son aîné dans le monde du ballon ovale. Et dès ses premiers entraînements à l’âge de quatre ans, il va épater tout son monde avec des capacités physiques hors-norme, "dignes d’un jeune homme de trois ans de plus que lui minimum", avoue son premier entraîneur.

Il était plus à son niveau face à des gamins qui avaient deux ans de plus que lui. Et même, là encore, la différence de talent était énorme

Surclassé à sept ans et demi

Quelques années après ses débuts, Antoine Dupont est licencié en moins de huit ans. Le natif de Lannemezan est toujours aussi dominant face à ses adversaires et impressionnant de maturité malgré son jeune âge. Une situation qui va presque devenir problématique au sein du club magnoacais. "Un jour sa mère me dit : "Je ne sais pas si Antoine va continuer le rugby." Il était licencié en moins de huit mais il s’ennuyait avec les joueurs de son âge. Il voulait donc arrêter ce sport et essayer le football, où quelques copains à lui évoluaient." Le président de l’école de rugby à l’époque ainsi que les éducateurs qui voient Antoine Dupont évoluer sous leurs yeux décident de le faire grimper d’une catégorie malgré ses sept ans et demi. Le prodige va poursuivre sa progression en moins de dix ans. "Il était plus à son niveau face à des gamins qui avaient deux ans de plus que lui. Et même, là encore, la différence de talent et de maturité était énorme sur le terrain. Quand il décidait de prendre le ballon et d’aller marquer, personne ne pouvait l’en empêcher."

Sans prétention, ce qu’il réalise ne nous surprend pas énormément. On s‘attendait à ce qu’il ait ce genre de carrière

Pour équilibrer quelque peu les débats, Jean-Philippe Guerrero et ses collègues instauraient des règles à l’entraînement dont ils avaient peu l’habitude… "On obligeait un nombre de passes obligatoires lors de certains ateliers. Si nous ne faisions pas ça, Antoine traversait le terrain tout seul à chacune de ses prises de balles (rires)."

Le grand envol à quatorze ans

Cela semble désormais clair : Castelnau-Magnoac possède un joyau dans ses rangs et dans son école de rugby. Un jeune talent qui, forcément, attise les convoitises et doit poursuivre sa progression dans un centre de formation plus développé, plus en capacité de le faire évoluer dans son jeu. C’est donc à quatorze ans que l’enfant de ce petit village des Hautes-Pyrénées prend la direction d’Auch, situé à un peu plus de quarante kilomètres. Une trajectoire logique pour Jean-Philippe Guerrero : "Ce n’était absolument pas un crève-cœur. Antoine devait continuer à grandir dans un club plus huppé, c’était la meilleure chose pour lui. Des jeunes aussi forts que lui se doivent de rejoindre des plus grandes structures pour évoluer."

À son arrivée dans le Gers, Dupont intègre également le lycée Beaulieu et sa section rugby si attractive. Un établissement où il y rencontrera des joueurs bien connus de l’ovalie comme un certain Anthony Jelonch ou encore Gauthier Doubrère, aujourd’hui joueur du Biarritz Olympique. C’est à leurs côtés qu’Antoine Dupont remportera plusieurs titres de champion de France scolaire.

"Il était destiné à évoluer à la charnière"

À chacune des sorties de l’actuel demi de mêlée du Stade toulousain, le président de l’école de rugby magnoacaise entre 2000 et 2007 se remémore les exploits du petit surdoué.

Une époque où Antoine Dupont était devenu l’attraction de ce village de moins de mille habitants. Ses exploits ne surprenaient même plus, chaque personne qui le voyait porter le ballon sous ses yeux pensait à la même chose : ce gamin avait un bel avenir devant lui. Ils avaient vu juste : aujourd’hui "Toto" Dupont brille sur les pelouses du Top 14 et sous le maillot du XV de France comme ce samedi face au pays de Galles.

"Sans aucune prétention, ce qu’il réalise ne nous surprend pas énormément. On s’attendait à ce qu’il ait ce genre de carrière", assure encore Jean-Philippe Guerrero. "En plus d’être exceptionnel en tant que joueur, c’était un leader naturel."

Des caractéristiques qui collaient parfaitement à des postes bien précis. "C’est un meneur de jeu dans l’âme. Il a rapidement su aussi bien jouer à la main qu’au pied, il était destiné à évoluer à la charnière", martèle son premier entraîneur.

Malgré un passage au poste de demi d’ouverture dans sa jeunesse, c’est avec le numéro neuf dans le dos qu’Antoine Dupont s’est révélé aux yeux du grand public sous le maillot de Castres et qu’il brille avec l’équipe de France. À tel point qu’il rentre largement dans le débat, aujourd’hui, pour devenir le meilleur demi de mêlée du monde. Pour la plus grande fierté de Castelnau-Magnoac…

Digest

  • Né le : 15 novembre 1996 à Lannemezan (65)
  • Mensurations : 1,74 m, 85 kg
  • Poste : demi de mêlée
  • Clubs successifs : Magnoac (2000-2011), Auch (2011-2014), Castres (201-2017), Toulouse (depuis 2017)
  • Sélections nationales : 24, en équipe de France (depuis 2017)
  • 1er match en sélection : à Rome, le 11 mars 2017, Italie - France (18-40)
  • Points en sélection : 20 (4 essais)
  • Palmarès : champion de France (2019)
Vincent FRANCO
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