James Ryan, deuxième ligne de tête

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À 24 ans, James Ryan semble parti pour faire une carrière énorme. Le deuxième ligne du Leinster n’est pas seulement un colosse d’une rare adresse, c’est aussi un étudiant cultivé, qui a de qui tenir.

Il s’appelle James Ryan, un nom banal en Irlande et même dans le monde anglo-saxon. Il ne faut pas le confondre avec Donnacha Ryan, deuxième ligne lui aussi, 47 fois capé avec l’Irlande (2008-2017) et désormais joueur du Racing 92. À ne pas confondre non plus avec John Ryan, pilier droit lui, 21 fois sélectionné depuis 2016 et cadre du Munster.

James Ryan porte le maillot du Leinster et depuis trois ans, il a imposé sa silhouette massive et sa tête de bon élève dans les joutes internationales. Pour ses grands débuts internationaux face aux États-Unis, à l’été 2017, il creva l’écran, déjà pour des raisons historiques. Jamais, il n’avait encore joué pour sa province en Ligue celte ou en Coupe d’Europe. Un cas très rare et à peine favorisé par le fait qu’au même moment, les Lions étaient en tournée en Nouvelle-Zélande. Après tout, il n’y avait qu’un Irlandais sélectionné en deuxième ligne, Iain Henderson.

Si Joe Schmidt avait choisi James Ryan, c’est bien parce que ce grand brun de 2,03m avait tout d’un phénomène. Nous l’avions aperçu l’année précédente au Mondial des moins de 20 ans, il était alors capitaine d’une Irlande capable de se hisser en finale face à l’Angleterre - après avoir battu la Nouvelle-Zélande en demi-finale, excusez du peu. Il nous avait semblé impérial sur les renvois, les touches, les déplacements et surtout les passes. Il rayonnait aux côtés de deux autres internationaux actuels, Jacob Stockdale et Hugo Keenan (débuts samedi dernier face à l’Italie).

Pour ses débuts au Texas, entré à l’heure de jeu, il marqua tout de suite un essai, la marque d’un destin hors du commun. James Ryan n’est plus sorti de l’équipe : 26 sélections à ce jour, une participation à la Coupe du monde et 76 % de victoires, des statistiques dignes des All Blacks.

Arrière-petit-fils d’un politique

Sauf blessure, ce Dublinois bien éduqué est voué à tutoyer les cent sélections, à tâter d’une tournée avec les Lions et à devenir plus connu que son… arrière-grand-père, son exact homonyme. James Ryan senior fut un activiste politique, au cœur de la révolte de 1916 qui aboutit à l’indépendance du pays, en 1921. Il fut ensuite plusieurs fois ministre. L’homme a donc été élevé dans un milieu cultivé, d’ailleurs il a profité du grand confinement pour se repencher sur ses études d’histoire et de sciences politiques à l’Université de Dublin UCD. "De ce point de vue, ce fut une bénédiction. Il fallait bien surmonter cet ennui qui nous gagnait."

Il s’intéresse bien sûr à l’histoire de la révolution irlandaise, mais il sait aussi sortir de ses frontières. "J’ai aussi travaillé sur le Moyen Orient et sur l’Allemagne des années 30, la montée du nazisme. Là je lis des choses sur la république de Weimar." Ne le cachons pas, on rêverait de croiser des joueurs comme lui plus souvent, des gars capables de parler d’autre chose que de sujets bateaux ou trop centrés sur eux-mêmes. Il nous a sidérés sous la plume de notre confrère Gerry Thornley de l’Irish Times, quand il évoqua la bataille de Stalingrad, chiffres à l’appui, nombre de victimes, durée des combats. Il rappela même le terrible décret de Staline, dit "Ordre 227" punissant de mort chaque soldat de l’Armée Rouge qui reculerait devant l’ennemi.

Malgré les exigences du sport professionnel, James Ryan perpétue donc une certaine tradition du rugby dublinois et irlandais: tout ne se limite pas au rectangle vert. Même si James Ryan n’oublie pas d’y briller avec une qualité qui le fait surpasser toute la concurrence. Son adresse balle en main, son agilité n’est donc pas qu’intellectuelle.

Jérôme Prévôt
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