Magne : « Il nous faut redevenir un sport noble »

  • Former France international Olivier Magne during the Test match between France and South Africa on November 10, 2018 in Paris, France. (Photo by Dave Winter/Icon Sport)
    Former France international Olivier Magne during the Test match between France and South Africa on November 10, 2018 in Paris, France. (Photo by Dave Winter/Icon Sport) Icon Sport - Icon Sport
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Parler de rugby et du XV de France avec Olivier Magne, c’est élargir le débat. Souvent salué pour son intelligence de jeu et son élégance au temps de sa splendeur, l’homme est devenu un citoyen de son temps qui porte un regard éclairé sur la place du rugby et du sport plus globalement dans notre société.

Vous vous êtes retrouvé au cœur d’une polémique sur les réseaux sociaux après avoir partagé votre sentiment sur la diffusion d’une séquence très intimiste du XV de France. Qu’avez-vous voulu dire ?

Il n’y avait chez moi aucune envie de polémiquer. Cette polémique est née de personnes qui ont choisi d’orienter mes propos. Mais bon… Je commence à en avoir l’habitude. Ceux qui choisissent de vous cataloguer sous prétexte que vous exprimez un point de vue différent du leur sont nombreux sur les réseaux sociaux. J’ai simplement éprouvé un sentiment de gêne que beaucoup partagent à la vue de ces images. Nous avons tous une lecture différente de cette remise de maillots et chacun est libre de penser ce qu’il veut. Pour ma part, j’ai été dérangé par cette mise en scène relevant de la télé réalité à quelques minutes du coup d’envoi. C’était comme s’il fallait montrer l’émotion à tout prix. Mais la véritable émotion, celle que l’on partage avec ceux qui suivent le rugby, celle qui, même avec le temps, ne s’efface pas, c’est celle que l’on peut avoir en imaginant ce qui peut se passer dans un vestiaire, ces histoires racontées qui deviennent des légendes. L’émotion est d’autant plus grande que le mystère reste entier. Voilà où se situe l’attirance pour notre sport.

Le vestiaire doit-il rester absolument sacré ?

Oui, je pense qu’il y a des moments sacrés dans le vestiaire, ce moment où vous devenez quelqu’un d’autre où vous vous transformez en un combattant, où les émotions sont à leur paroxysme, où vous êtes nu avec vos frères du moment. Cet instant d’introspection qui met en scène les larmes, la colère, l’amour, voir un peu de folie et une face de chaque personnalité qui n’est pas toujours brillante (rires). Ces moments ne peuvent se galvauder avec des étrangers qui ne pourraient pas comprendre l’intensité et l’importance de ce qui se passe. Ces moments sont une forme de thérapie de groupe qui ne saurait être à la vue de tous. Cela peut paraître dépassé mais ce sont des convictions profondément ancrées en moi. Le rugby doit garder une part de mystère, il doit faire fantasmer.

Au risque de vous contredire, le XV de France n’a-t-il pas besoin
de retisser du lien avec son public ?

Mais s’ouvrir ne veut pas dire tout montrer. Devons-nous employer des méthodes démagogiques, voir clientélistes pour retisser le lien avec le public ? Je ne le crois pas. Quelle sera la prochaine étape ? Un direct durant la remise des maillots et les dix minutes dans le vestiaire avant de rentrer sur le terrain ? Cette équipe n’a pas besoin de tous ces artifices pour retrouver ses supporters. La simplicité, l’humilité, l’engagement de garçons comme Dupont, Gros, Aldritt, Ollivon, Leroux ou encore Baille fera le reste. Le public se reconnaîtra dans cette équipe. Et plus vite qu’on ne le pense.

Ce genre de séquence n’est-il pas une lucarne très positive pour un sport dont l’image a été sacrément abîmée ces dernières années et qui a perdu de nombreux licenciés ?

Cette séquence aurait eu beaucoup plus de poids sur le fond et la forme dans un documentaire, un « inside » qui valorise le rugby plutôt qu’une vulgaire vidéo sur les réseaux sociaux, exposée à la va-vite quelques minutes avant le coup d’envoi. Cela dévalorise même ce moment et cela peut s’avérer contre productif. Quant à l’image détériorée du rugby français, ceci n’est pas le fait uniquement des résultats ou des comportements des joueurs. Je crois beaucoup en un cercle vertueux initié par les dirigeants à travers leurs actes et leurs prises de parole. On ne peut pas dire qu’ils ont tous été exemplaires en la matière. Quant à la perte de licenciés, ce n’est pas uniquement lié au manque de résultats du XV de France mais à de multiples facteurs.

Bernard Laporte dit souvent que la reconquête des licenciés passe
par les performances de l’équipe. Partagez-vous ce sentiment ?

C’est évident et c’est à travers des performances accomplies et un comportement exemplaire que nous parviendrons à attirer de nouveaux licenciés. Mais il n’y a pas que cela. Il nous faut redevenir un sport noble, un endroit où le médiocre et l’intolérance n’ont pas leur place. Le rugby dans son ensemble est un lieu de rencontre, de partage, de respect et un formidable sport éducatif. Définir un cadre rigoureux où chacun trouve cette idée que beaucoup partagent doit se traduire par des actes où les éducateurs et dirigeants ont un rôle essentiel à jouer. C’est pour cette raison qu’il faut soutenir l’ensemble des femmes et des hommes du rugby français en les formant du mieux possible. Si vous avez de bons éducateurs, vous aurez de bons joueurs. L’émotion qui doit être partagée est celle du jeu, de voir des enfants s’épanouir, prendre du plaisir. Tout projet de jeu devrait commencer par le mot plaisir. Retrouvons un environnement où les enfants jouent en sécurité avec des adultes responsables et garants d’une éthique forte. Retrouvons un lien fort avec l’Education Nationale et le ministère de la Jeunesse et des Sports pour ancrer durablement le rugby à l’école. Il faut que le sport et le rugby en particulier reprennent une place plus importante dans l’éducation de nos enfants. Les Anglos-Saxons l’ont bien compris et font du sport une matière à part entière autant valorisée que d’autres matières. Le sport est un outil formidable d’éducation et de partage de valeurs.

Quel regard portez-vous sur le premier bilan du XV de France sous l’ère Fabien Galthié ?

Il est bon, l’environnement qui a été créé autour de garçons comme Dupont, Ollivon, Aldritt est favorable a la performance, la solidarité, l’autonomie et la responsabilité. De ce fait émergent beaucoup de leaders et tout devient plus simple quand vous avez plusieurs capitaines dans une équipe.

Vous aviez été très critique sur la génération de joueurs précédente. À la lueur de la qualité de cette nouvelle génération, pensez-vous que nous aurions dû les lancer plus tôt ?

La génération précédente était marquée par la défaite et portait un fardeau trop pesant. Je regrette tout de même que nous n’ayons pas été plus ambitieux. La situation qui était celle du XV de France à cet instant aurait permis de lancer des jeunes dans un contexte certes pas idéal mais qui aurait offert une plus large expérience. Les gens en place ont été timides et n’ont pas voulu prendre trop de risques.

Quels sont les joueurs aujourd’hui qui vous impressionnent ?

Des garçons comme Charles Ollivon, Grégory Alldritt, Cyril Baille, François Cros ou encore la charnière Dupont-Ntamack. Ces joueurs sont dans une démarche d’apprentissage qui me plaît, une démarche constructive. Ils écoutent, ils apprennent. Évidemment, ils veulent gagner. Mais surtout, ils veulent bâtir, ce qui est le plus important à mes yeux. Je perçois un état d’esprit responsable face aux échéances à venir. Les joueurs ne sont pas seulement des consommateurs, ils sont les acteurs d’un projet qu’ils se sont appropriés. La victoire est donc la conséquence de cette démarche.

Êtes-vous surpris par cette maturité ?

Oui et non parce que j’en connais certains que j’ai eus avec les moins de 20 ans. Ce sont de bonnes personnes. Chez des garçons comme Dupont ou Cros, il y a de l’humilité, de la remise en question permanente. À mon sens, ce sont les bases pour se construire un avenir sein. Ils savent qu’ils ne sont pas arrivés après seulement deux matchs gagnés récemment et une deuxième place dans le Tournoi. Ils connaissent très bien les exigences du très haut niveau et les conséquences s’ils se croient être les plus forts.

À quoi doit-on finalement la réussite actuelle du XV de France ? Au travail du staff ou à la qualité exceptionnelle de cette génération ?

Le rôle du staff est de créer un environnement permettant aux joueurs de s’exprimer au mieux de leur capacité. De ce fait, il faut croire que le staff a sa part de responsabilité. Je crois en son intelligence et une mise à disposition de moyens exceptionnels pour accompagner les joueurs vers l’excellence. Après, c’est une évidence, le meilleur staff, c’est souvent celui qui a les meilleurs joueurs. Si ceux-là ne sont pas suffisamment intelligents et réceptifs pour assimiler et porter un projet, vous avez beau avoir le meilleur staff du monde, ça ne fonctionnera jamais. Je crois donc que le rugby français jouit aujourd’hui d’une génération de joueurs exceptionnelle. Nombreux sont ceux qui sont passés par les équipes de France jeunes et se sont déjà créé une expérience internationale. De ce point de vue, la FFR a changé son fusil d’épaule sur sa capacité à faire émerger des talents et des leaders. Dans cette équipe de France, j’ai le sentiment qu’il y a de très nombreux leaders, de joueurs capables de travailler en synergie avec le staff. Ce qui facilite le travail.

Avez-vous décelé une identité technique à cette équipe de France ?

Elle va vers un rugby moins frontal, plus adaptatif, plus mobile, moins prévisible. On note un soin particulier à être fort sur la conquête et la reconquête du ballon. D’un point de vue physique, je la sens plus à même de soutenir l’intensité liée à ce niveau et des joueurs capables d’un enchaînement de tâches plus important. Cette équipe a par ailleurs une véritable appétence pour les ballons de récupération. Ensuite, sur son identité, je la vois comme une équipe empreinte d’humilité, capable de se remettre en question sans autredésir que de vouloir exister par les résultats sportifs. Cette équipe a un sens du collectif et une solidarité très séduisants. Les véritables tests seront contre les nations du Sud.

On dit qu’elle excelle dans le désordre mais que son animation offensive n’est pas encore en place. Qu’en pensez-vous ?

Mais savoir jouer dans le désordre est en lien avec l’animation offensive. Il s’agit simplement de décoder la situation sur des repères communs et apporter une réponse utile et efficace. Mais oui, cette animation offensive n’est pas encore au point et c’est bien normal pour l’instant, c’est ce qu’il y a de plus difficile à mettre en place. Organiser sa conquête ou sa défense est bien plus aisé que d’organiser sa circulation offensive. Il y a une dynamique mentale à mettre en place à travers les fondamentaux du jeu que sont l’avancée et le soutien. Cette dynamique basée sur le mouvement doit être comprise et parlée par tous avec un langage commun soutenu par la liberté d’initiative. C’est au travers de ces principes que les joueurs seront capables de résoudre les situations les plus complexes. En donnant du sens à leurs actions, les joueurs voient leur numéro s’effacer dans le dos pour devenir des joueurs de rugby au service des fondamentaux du jeu.

Les Bleus affrontent les Fidji dimanche. Quel souvenir conservez-vous de la dernière opposition entre ces deux équipes en 2018 ?

Sans vouloir ôter le mérite à cette équipe fidjienne qui s’était révélée talentueuse, courageuse et assez merveilleuse, cette défaite a pour moi été le symbole de l’échec d’un système mis en place quelques années plus tôt à travers une formation inadaptée. Les joueurs s’étaient retrouvés face à une situation à laquelle ils n’étaient pas capables de répondre. Je me rappelle que cette équipe de France avait été mise en difficulté sur l’intensité et le niveau d’engagement. Mais par-dessus tout, elle avait semblé complément perdue. Les Bleus n’avaient pas su trouver de solution dans le jeu en désordre et n’avaient pas su sortir d’une organisation limitante, ce qui avait favorisé les Fidjiens. Et puis, cette équipe, à l’époque, était une équipe traumatisée par les défaites successives sans ressources mentales.

Fabien Galthié doit composer avec une convention FFR-LNR très contraignante. Les joueurs ne pourront pas faire plus de trois feuilles de match sur les six rencontres. Regrettez-vous que la Ligue n’ait pas permis plus de souplesse ?

Oui, je le regrette mais je comprends aussi les revendications des clubs qui sont les principaux employeurs des joueurs. Cela dévalorise quelque peu la sélection mais c’est quand même une situation très singulière que celle que nous connaissons actuellement. L’occasion était inespérée de pouvoir enchaîner six matchs avec le même noyau de joueurs. Le temps gagné aurait été précieux notamment dans la construction du jeu offensif de cette équipe. Ceci étant, il faut aller de l’avant et cette situation permettra de voir ou revoir certains joueurs à ce niveau.

Fabien Galthié semble parti pour faire jouer ses cadres contre les Fidji au nom de la continuité. Auriez-vous agi de la même façon ?

Oui, j’aurai fait exactement la même chose.

Le staff devra donc composer une nouvelle équipe de France pour les trois matchs suivant. Quels joueurs auriez-vous envie de voir à l’œuvre contre l’Écosse ou l’Italie ?

J’ai hâte de voir en équipe de France un joueur comme Macalou, qui a un profil de joueur rapide, capable de faire des différences, de casser la ligne. Il a un profil d’accélérateur de jeu. Un joueur de rupture. J’aimerais juste qu’il aille davantage parfois sur la recherche d’espace que sur du frontal. Et je suis sûr que dans le contexte actuel de l’équipe de France, c’est un joueur qui pourrait progresser et s’épanouir. Il n’y a pas de mauvaises herbes, il n’y a que des plantes auxquelles on n’a pas trouvé de vertu (rires).

Qui d’autres ?

Je pense qu’on verra Matthieu Jalibert à l’ouverture, mais un garçon comme Antoine Hastoy me plaît beaucoup. J’aimerais revoir Kévin Gourdon, qui est excellent en ce moment avec La Rochelle. Et puis, il y a d’autres joueurs comme Yacouba Camara, Arthur Ithuria, Gervais Cordin ou encore, même s’il y a déjà beaucoup de bons joueurs au talonnage, Pierre Bourgarit et Etienne Fourcade. Certains de ces garçons ont le potentiel pour aller plus haut. Et ça permettra de pousser un peu tout le monde vers l’excellence et d’étoffer le réservoir.

Êtes-vous gêné, comme certains, que la deuxième ligne française soit d’origine sud-africaine ?

Le Roux et Willemse sont deux excellents joueurs mais je vais vous faire une confidence : j’aimerais vraiment que Sébastien Vahaamahina change d’avis et revienne en équipe de France. Je crois que le staff a le devoir de le convaincre de revenir. C’est un joueur exceptionnel à son poste. Lui aussi dans un tel contexte s’épanouira.

Reprenez-vous du plaisir à suivre les matchs de l’équipe de France ?

Voir jouer l’équipe de France de cette façon, avec une totale liberté d’action dans un cadre défini, c’est un régal. Voir les mecs avec le sourire, aussi. Franchement, quel pied. Avant, lorsque je regardais un match de l’équipe de France, je savais que je pouvais prendre dix minutes pour aller chercher un truc à boire dans le frigo. Il ne se passait rien. Aujourd’hui, tu tournes le dos deux minutes, il y a Ntamack ou Dupont ou Vakatawa qui mettent le feu. Cette équipe a redonné de l’attrait à ce jeu.

Globalement, quel regard portez-vous sur la situation actuelle du rugby français ?

Dans cette situation exceptionnelle, l’environnement est difficile et anxiogène. C’est compliqué de se projeter. De nombreuses incertitudes planent et pèsent sur les épaules des clubs professionnels. Mais je ne suis pas suffisamment au fait des contraintes financières pour m’exprimer à ce sujet, je constate simplement que pour l’ensemble des clubs sportifs cette situation est délicate.

N’êtes-vous pas inquiet de la situation que vit le rugby français sur le plan économique ?

Le sport est touché dans son ensemble, aussi bien le secteur professionnel qu’amateur. Dans cette crise que nous traversons, notre société, en manque de repères, doit davantage s’appuyer sur le sport. Il peut être un point d’ancrage fort sur les valeurs que l’on veut transmettre. Il doit reprendre une place plus importante dans notre société pour parer aux dérives auxquelles on assiste. Le sport est un outil fabuleux d’intégration avec des valeurs de respect, de tolérance, d’effort qui malheureusement se perdent. Dans les années à venir, de nombreux évènements vont être organisés dans notre pays : la Coupe du monde de rugby, les jeux Olympiques, les championnats du monde de ski… Il est capital que nos équipes de France aient les moyens d’être présentes sur ces compétitions, d’aller chercher des titres et des médailles. Or, quand je vois la diminution des budgets du ministère des Sports ces deux dernières années, ça ne répond pas à ces objectifs. J’espère qu’il y aura une prise de conscience sur le long terme, même si le laps de temps pour s’y préparer est aujourd’hui très court. La France doit répondre présente pas seulement sur la qualité de l’organisation mais aussi sur sa capacité à former des champions sur lesquels la jeunesse prendra exemple.

La covid a frappé le monde du rugby. N’aurait-il pas été pertinent de profiter de cette crise pour revoir et d’harmoniser les calendriers internationaux ?

Ce n’est pas dans une situation de crise, qui plus est illisible, qu’on va trouver des solutions. Soyons dans l’action, pas dans la réaction. Maintenant, il est évident que l’harmonisation du calendrier international doit être une priorité. Il faut trouver une solution pour un meilleur équilibre entre compétitions internationales et domestiques. Je regrette de ne voir émerger aucune vision, ni aucune stratégie claire, lisible et comprise par tous.

La création d’une Coupe du monde des clubs est à l’étude. Y êtes-vous favorable ?

Je verrais ça certainement d’un bon œil. Mais cette compétition doit se faire avec le concours de l’ensemble des acteurs du rugby mondial et pas seulement décidé par une bureaucratie isolée. Et j’aimerais que les syndicats nationaux et internationaux des joueurs soient impliqués dans les discussions. Les joueurs doivent être un pouvoir de décision aussi important que les fédérations. Il ne suffit pas de sortir une idée comme ça du chapeau et de l’imposer à tous. Les joueurs, les clubs, les fédérations doivent mettre en place un processus décisionnaire concerté. Et World Rugby doit s’orienter vers un système plus intègre, plus égalitaire à l’égard des nations émergentes.

Durant un temps, on vous a prêté l’intention de vous lancer dans la course aux élections à la FFR. Qu’en est-il exactement ?

Florian Grill m’avait contacté mais j’ai préféré ne pas donner suite parce que je ne me reconnaissais pas dans une liste où la revanche était le sentiment dominant. Et puis quand on regarde les programmes des uns et des autres, les différences ne sont pas si importantes que ça. Ce qui fait la différence à mon sens, ce sont les hommes qui dirigent les projets

Le premier mandat de Bernard Laporte a été marqué de plusieurs affaires. Malgré cela, il a été réélu. Qu’en pensez-vous ?

Quand des affaires qui touchent au président d’une fédération sont révélées dans la presse, ça nuit forcément à l’image de ce sport. Laissons la justice et les organismes de contrôle faire leur travail. Mais, de ce que je lis ou entends, Bernard Laporte n’a jamais été jugé coupable. Je me garde donc bien de juger un dirigeant qui jusqu’à preuve du contraire est innocent. Bernard a mené sa campagne comme il l’a souhaité face à une opposition qui aurait pu être élue dans des conditions différentes. Et puis, je suis légaliste. Bernard Laporte a été réélu de façon très démocratique.

Vous étiez considéré comme l’un des joueurs les plus élégants, les plus intelligents de votre époque. Un de ceux dont on disait qu’il finirait forcément entraîneur. Vous l’avez été durant un temps. Avez-vous l’envie de revenir sur le terrain ?

Oui, c’est une réelle volonté de ma part. Transmettre a toujours été très fortement ancré dans ma personnalité. Transmettre mes idées, mes valeurs. Et puis surtout, j’aimerais savoir si ça fonctionne (rires). J’ai pu l’expérimenter brièvement lorsque j’ai entraîné Brive en 2007. J’ai fait aussi pas mal d’interventions à droite ou à gauche, à Massy, avec la Grèce, avec l’équipe de France amateur ou encore les moins de 20 ans. Mais je n’ai jamais pu aller au bout de mes idées.

Seriez-vous enclin à entraîner un club de Top 14 ou de Pro D2 ou plutôt favorable à travailler sur la formation ?

J’ai toujours pris beaucoup de plaisir à travailler à la formation des joueurs. Maintenant, entraîner un club de Top 14 ou de Pro D2, comme j’ai vieilli, ce serait forcément entraîner des jeunes (rires).

Comment expliquez au regard de votre carrière de joueurs qu’aucun président de club aujourd’hui ne fasse appel à vous ?

Ça m’interroge forcément… Je ne crois pas que ce soit le fait de mon caractère. Certes, j’ai des convictions, mais je ne suis pas fermé à la discussion quand elle est argumentée. J’ai parfois été catalogué dans le milieu du rugby. Des non-dits ont peut-être vu le jour. J’aimerais d’ailleurs un peu plus de franchise et d’honnêteté par rapport à ça.

Certains ont dit que vous étiez un joueur parfois individualiste, centré sur votre performance. Ce trait de caractère peut-il effrayer les présidents de clubs en quête d’un manager ?

Je n’ai peut-être pas toujours été très doué pour mettre les formes, je le reconnais. Mais le fond est bon. Il y a un côté idéaliste chez moi avec des principes importants à mes yeux qui m’enferme peut-être un peu. Mais je crois au rugby que je défends, aux valeurs que j’ai envie de transmettre, aux idées que je veux mettre en application. J’ai un projet, j’aimerais donc pouvoir un jour le confronter à la réalité.

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