À dix mètres !

  • Paul ALO-EMILE of Stade Francais during the Top 14 match between Castres and Stade Francais on September 13, 2020 in Castres, France. (Photo by Laurent Frezouls/Icon Sport) - Paul ALO-EMILE - Stade Pierre Fabre - Castres (France)
    Paul ALO-EMILE of Stade Francais during the Top 14 match between Castres and Stade Francais on September 13, 2020 in Castres, France. (Photo by Laurent Frezouls/Icon Sport) - Paul ALO-EMILE - Stade Pierre Fabre - Castres (France) Icon Sport - Icon Sport
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L'edito du lundi par Emmanuel Massicard... Surtout, qu’il n’y ait aucune méprise entre nous. Pas question, ici de prendre aveuglément la défense des arbitres français. Ils sont grands, désormais bien préparés et reconnus jusqu’à l’international pour la qualité de leur arbitrage. Bravo les gars, c’est mérité. Ils sont également rodés au monde de l’image et de la communication, tout à fait capables de se défendre. Alors, nous les laisserons répondre point par point aux détracteurs qui les montrent trop facilement du doigt pour justifier les défaites de leur équipe

Ce fut le cas du Castrais Thomas Combezou, ce week-end. Après avoir concédé la victoire aux Bordelais, le centre dénonça une cabale contre le CO sur l’air du seul contre tous. Dans son viseur, les arbitres… Bah voyons…

Aussi sincère et touchante soit-elle, pareille émotion ne saurait justifier tous les écarts. Même pas dans le contexte si particulier des huis clos qui conduisent les rugbymen ne jouant pas à devenir des « Capo », ces animateurs de supporters s’intéressant plus à l’ambiance dans les tribunes qu’aux choses du terrain. Franchement, ce n’est pas le rôle des joueurs

Les stades vides révèlent au grand jour ce qui existait avant mais que nous entendions exclusivement par bribes : les accrochages verbaux entre joueurs, les excès de chauvinisme du public et, surtout, la pression qui pèse inlassablement sur les épaules des directeurs de jeu.

Or, si les noms d’oiseaux participaient du folklore quand ils venaient des spectateurs, ils font bien plus de mal lorsqu’ils émanent des acteurs eux-mêmes. Tout simplement parce qu’ils foulent sans vergogne le principe d’autorité arbitrale, donnée fondamentale de notre sport.Le bruit et hurlements pour transcender les copains autant que les cris pour tenter d’influencer l’arbitre sont de drôles d’illusions, qui renvoient une image peu glorieuse du rugby ; il serait temps de le comprendre… Parce que l’exemple vient toujours d’en haut. Et parce que les professionnels ne peuvent pas se départir du rôle qu’ils ont à assumer auprès des jeunes, dans la chaîne de transmission.

Pour autant, les joueurs ne sont pas les seuls responsables. Il appartient directement aux arbitres de ne plus accepter de se faire marcher sur les arpions, et de redevenir les seuls vrais maîtres des horloges. Messieurs, sifflez donc la fin de la récrée et renvoyez tout le monde aux fondamentaux : votre seul interlocuteur, le capitaine ; les autres, à dix mètres.

Et que cessent pour de bon les intrusions sur le terrain, avec des remplaçants qui imitent les footeux et se jettent sur les marqueurs d’essais pour les féliciter autant que pour chambrer l’adversaire. À ce titre, l’attitude du Bordelais Mathieu Jalibert (face à Castres) est symptomatique de l’ambiance générale. En d’autres temps, le jeune ouvreur aurait récolté un marron pour sa morveuse irrévérence à l’égard de Julien Dumora. Cette fois, l’échauffourée lui vaudra peut-être une convocation devant la commission de discipline. Mais pas sûr que ça l’aide à comprendre…

Sans vouloir jouer les vieux cons, souvenons-nous combien le rugby a su construire sur la notion de respect qui est aujourd’hui menacée. À force d’être tolérées parce qu’elles offrent de belles images, ces défiances et autres figures d’exubérance finissent par gâcher l’ensemble du tableau. Et plus encore, par modifier en profondeur l’échelle des valeurs attachées à ce jeu.

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Les commentaires (2)
le type64000 Il y a 16 jours Le 16/11/2020 à 18:20

je vous rejoins totalement sur votre analyse et en particulier l'intrusion systématique des remplaçants sur le terrain pour féliciter un marqueur d'essais, par contre sur le geste de jalibert c'est un petit chambrage comme on en a tous subis ou fait subir aux adversaires il est vrai qu'aujourd'hui ce geste devient presque une affaire d'états .triste évolution du rugby .

Cricri33 Il y a 16 jours Le 16/11/2020 à 11:24

Très bel article et édito sur le rugby et "ses valeurs" par rapport aux arbitres.
Même si on s'en éloigne de plus en plus aujourd'hui sur et autour du terrain.
Merci.