Ramos : « La défaite de Murrayfield a fait partie de notre apprentissage »

  • Thomas RAMOS of France during a training session of the National French Rugby Team on November 11, 2020 in Marcoussis, France. (Photo by Baptiste Fernandez/Icon Sport) - Thomas RAMOS - Centre National du Rugby - Marcoussis (France)
    Thomas RAMOS of France during a training session of the National French Rugby Team on November 11, 2020 in Marcoussis, France. (Photo by Baptiste Fernandez/Icon Sport) - Thomas RAMOS - Centre National du Rugby - Marcoussis (France) Icon Sport - Icon Sport
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Forcément frustré par l’annulation du match contre les Fidji qu’il devait débuter à Vannes, le Toulousain, Thomas Ramos, s’est vite projeté sur le déplacement en Écosse dimanche, là où il a de grandes chances de vivre sa première titularisation avec le XV de France depuis plus d’un an.

Comment avez-vous vécu la semaine dernière, qui fut particulière ?

Elle l’a été sur la fin. Durant le début de semaine, nous étions concentrés sur ce qui allait nous attendre à Vannes. À aucun moment, on ne s’est dit que le match pouvait être annulé… Mais, en l’apprenant, tout le monde était un peu étonné et forcément déçu, notamment pour ceux qui allaient jouer. Au fur et à mesure des jours, l’excitation était montée.

Jusqu’à vendredi midi donc…

Oui. On a appris à la fin de l’entraînement que la rencontre allait être annulée. J’étais frustré de l’apprendre à deux jours du match, alors qu’on avait tout fait pour être prêt le dimanche. On nous a alors dit que nous étions libérés pour le week-end, afin de nous donner la possibilité de rentrer deux jours auprès de nos proches, avant de revenir le lundi pour préparer l’écosse.

Le staff toulousain vous a-t-il vite prévenu qu’il n’allait pas vous utiliser à Pau ?

Pour ce qui est des Toulousains, on a rapidement pris contact avec le club. Des questions se sont posées sur la disponibilité des internationaux pour ce match mais, même s’il y avait quelques incertitudes sur certains postes et notamment derrière (Médard incertain, N.DL.R.), le coach (Ugo Mola) a été très clair avec nous sur sa façon de fonctionner et de voir les choses. Il nous a dit qu’il ne souhaitait pas nous solliciter, ce qui était honnête de sa part.

Vous faites partie des joueurs qui allaient débuter contre Fidji, surtout après la blessure d’Anthony Bouthier. La déception fut-elle d’autant plus grande ?

Bien sûr. Je n’avais pas commencé les deux premiers matchs contre le pays de Galles et l’Irlande et il y avait là de très fortes chances que je démarre… L’excitation est encore plus grande dans ce cas à l’approche du rendez-vous. J’ai eu peu de temps de jeu et je m’étais évidemment dit que j’aurais peut-être la possibilité de jouer un match entier. Mais ce sont les règles du moment. On s’adapte et on fait comme on peut.

Comment gérer la frustration personnelle, quand votre temps de jeu est réduit, alors que le XV de France gagne ?

Sur le plan personnel, je suis un compétiteur et j’en veux toujours plus. J’ai été remplaçant sur les deux premiers matchs, cela fait partie du jeu. Il y a une hiérarchie et je ne suis pas le titulaire à mon poste. À moi de faire les efforts nécessaires et de prouver sur le terrain. En tout cas, cela ne m’empêche pas d’être heureux de nos résultats actuels et de partager la joie du groupe.

Avec les trois feuilles de match maximum par joueur, vous n’avez plus qu’une cartouche cet automne…

On connaissait le "deal" d’entrée. Ça va vite… Dès lors que j’ai fait les deux premières feuilles, il ne m’en reste qu’une. Mais je ne veux pas trop réfléchir et plutôt prendre ce qu’on me donne. J’espère que ma troisième sera la bonne (sourire).

Votre dernière titularisation en équipe nationale remonte à la Coupe du monde au Japon, il y a plus d’un an…

Oui, cela fait un moment… Même si j’aime bien le numéro 23, puisque c’est ma date d’anniversaire, le 15 me manque un peu en sélection (rires). Je vous assure qu’on pense au groupe avant tout, ce qui est logique, mais chacun d’entre nous a envie de débuter les matchs. Si c’est le cas pour moi en écosse, ce sera avec beaucoup d’enthousiasme et avec la volonté de montrer que je peux aussi m’imposer à ce poste d’arrière.

Durant cette nouvelle aventure, le XV de France a presque toujours séduit mais a livré sa plus mauvaise prestation en écosse en mars. L’avez-vous en tête au moment de retrouver Murrayfield ?

Il est vrai que, collectivement, nous étions passés à côté. On n’en a pas encore parlé mais on va plutôt se concentrer sur nous, sur notre rugby et notre défense. Même si j’ai vu que les Écossais, qui sont très bons en ce moment, avaient encore gagné ce week-end. Après, le contexte sera totalement différent de ce qu’on a pu vivre il y a sept ou huit mois.

Romain Ntamack confiait récemment que votre groupe avait beaucoup appris à Édimbourg. Partagez-vous ce constat ?

Tout à fait. On sortait alors d’une période un peu euphorique, avec trois victoires de rang dont celle au pays de Galles. On arrivait en écosse avec une grosse confiance. Il y a eu plusieurs événements durant le match qui sont plus ou moins difficiles à maîtriser et on n’avait pas su s’adapter. Cela nous a permis, dans notre vie de groupe, de discuter de ces choses-là, d’échanger pour apprendre à mieux les gérer, à savoir comment réagir à certains moments.

Cela a-t-il porté ses fruits ?

Oui, on l’a vu ces dernières semaines, après l’essai pris d’entrée contre le pays de Galles. Personne ne s’est affolé. Pareil quand l’équipe s’est retrouvée en infériorité numérique contre l’Irlande. Pour une jeune génération comme la nôtre, ce match de Murrayfield ne reste pas qu’une simple défaite. Elle a fait partie de notre apprentissage du très haut niveau.

Justement, de l’intérieur, n’avez-vous pas l’impression que ce groupe mûrit très vite ?

Lorsqu’on regarde le nombre de sélections à chaque poste et qu’on le compare à d’autres nations, on voit qu’il est faible. Mais on se rend que, plus les capes montent, plus les joueurs prennent de l’assurance. C’est souvent le même groupe et la même équipe. C’est notre force. La confiance et les automatismes arrivent beaucoup plus vite.

Et on a le sentiment que, notamment derrière, vous parlez tous le même rugby…

C’est vrai. Même si on vient de clubs différents, pour la plupart, la vision de ce jeu est assez similaire. Tout en respectant une stratégie donnée par le staff, on parvient à produire un jeu intéressant. Dès qu’un mec perce, il y a quelqu’un au soutien. Dès qu’un joueur prend une initiative, un autre est là pour apporter de la continuité.

Vous aviez aussi célébré votre première titularisation en équipe de France contre l’écosse, en février 2019…

Oui, c’est un beau souvenir.

On parlait beaucoup de votre jeu au pied jusque-là. Le regard du grand public a-t-il changé après ce match, et votre relance qui a amené le premier essai ?

Je ne sais pas. Quand on bute en club, on te juge beaucoup sur ce plan et on oublie parfois le reste… Mais j’ai toujours ce plaisir de jouer au rugby, comme je le définis souvent. Relancer un ballon, c’est naturel et évident pour moi selon la situation.

Le jeu au pied n’est donc pas votre première idée quand vous prenez un ballon ?

Je jouais ouvreur quand j’étais jeune et j’ai été placé à l’arrière à 17 ou 18 ans. En 10, je touchais beaucoup de ballons. En 15, j’en avais un peu moins. Donc, quand j’en touchais un, j’évitais de m’en débarrasser (sourire). J’ai appris à aimer ce poste car il m’offre un peu plus de liberté, de temps pour prendre ma décision. Il donne aussi une vision plus reculée qui permet de mieux voir les espaces. Mais le jeu au pied est de plus en plus important.

Comment ça ?

Plus on monte de niveau, plus on voit que les espaces sont réduits. Dans les matchs internationaux, mais aussi en Coupe d’Europe ou dans les gros rendez-vous de Top 14, le jeu au pied est devenu une arme offensive primordiale. Je ne peux pas me permettre de l’oublier.

Appréhendez-vous votre rôle différemment en club et en sélection, où on demande à l’arrière d’utiliser davantage ce jeu au pied ?

Les stratégies ne sont pas les mêmes et, par conséquent, on ne me réclame pas la même chose, notamment dans le jeu au pied sur le fond du terrain. C’est à moi de m’adapter, et de rassurer le staff de l’équipe de France quand j’ai la possibilité de jouer, pour lui prouver que je suis capable de respecter une stratégie, de taper dans le ballon quand il le faut.

Vous auriez aussi couvert le poste de numéro 10 si le match avait eu lieu contre les Fidji…

C’est quelque chose qui ne me dérange pas du tout, au contraire. Même si j’ai peu joué ouvreur ces derniers mois en club. Dès qu’on me le demande, je le fais avec plaisir. J’aime ça et couvrir les deux postes est un atout pour moi. Après, aujourd’hui, Romain (Ntamack) a montré qu’il a les épaules pour s’imposer en 10, et je suis très content pour lui.

Ce qui ne vous empêche pas, même avec le 15 dans le dos, de prendre des ballons en position de 10…

En club, peu importe notre numéro, on change naturellement de poste suivant la situation. Notre système en équipe de France nous le permet aussi parfois, et c’est ce qui me plaît. Vu que je le fais à Toulouse, c’est plus simple de trouver des repères là-dessus quand c’est Romain en 10.

Est-ce une arme sur les fameux ballons de récupération dont raffole le XV de France ?

Oui, c’est déjà le cas à Toulouse. On aime jouer ces ballons et on voit, en sélection, que les turnovers sont aussi décisifs. D’où l’importance d’avoir une grosse défense, ce dont on ne parle pas assez, pour exploiter ensuite ces ballons de récupération. Dans les années qui viennent, je pense que cela va devenir une phase de jeu encore plus importante.

Vous évoluez actuellement dans des stades vides mais le XV de France n’avait pas généré autant d’enthousiasme depuis bien longtemps. Parvenez-vous tout de même à le percevoir ?

Déjà au Tournoi, que ce soit au pays de Galles ou lors de notre arrivée en écosse, on avait franchement senti une nouvelle ferveur derrière le XV de France. On s’en rend compte dans le sens où le nombre de téléspectateurs derrière l’écran est grand pour chacun de nos matchs. Mais on vit quand même dans une bulle. Donc est-ce qu’on mesure vraiment le soutien qu’il peut y avoir derrière nous ? Ce n’est pas facile. Mais il faut avouer que ça fait du bien de lire et d’entendre des louanges sur le XV de France. Pourvu que ça continue…

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