La main de Dieu

  • Ce jour-là, contre la Nouvelle-Zélande en demi-finale de la Coupe du monde 1999, "Domi", c'était révélé aux yeux du grand public.
    Ce jour-là, contre la Nouvelle-Zélande en demi-finale de la Coupe du monde 1999, "Domi", c'était révélé aux yeux du grand public. PA Images / Icon Sport - PA Images / Icon Sport
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L’image restera gravée à jamais dans mes souvenirs de rugby. Celle de "Domi" qui déboule, devant moi, le long de l’East Stand. En bas, à mes pieds. Je suis à Twickenham, debout en tribune de presse. Et bientôt carrément dressé sur le pupitre, à sauter entre les ordinateurs, avec Olivier Margot qui me donne l’accolade. D’un coup, nous rions aux larmes. Surtout, nous hurlons aux oreilles des journalistes néo-zélandais médusés, dépités par leurs joueurs liquéfiés et certainement par notre manque de retenue. Pour l’une des premières fois, j’avoue, je ne suis plus journaliste. Je suis redevenu un supporter qui assiste à l’un des plus grands exploits de l’histoire du rugby. Et "Domi" y est pour beaucoup.

Nous sommes le dimanche 31 octobre 1999 et vous connaissez l’histoire. Le XV de France revient de l’enfer. La déculottée promise face aux All Blacks se transforme en attaque-défense, avec les Bleus qui finissent par s’adjuger le soutien du public. Les indifférents venus assister au spectacle repartiront en chantant La Marseillaise.

L’image, donc. Fabien Galthié tape à suivre, Christophe Dominici échappe à ses adversaires et capte le ballon d’une main déterminée pour filer à l’essai, vers sa destinée. Il libère les Bleus, leur dégage le chemin du succès.

Plus que sa course ou ses crochets, c’est cette main à l’attraction irrésistible qui traduit à mes yeux tout "Domi". Parce qu’il est magnétique. Ce geste, ses actions et ce match racontent le joueur et l’homme : son talent, sa flamme, sa fougue et sa vista. Plus que tout, sa détermination à chercher en permanence le rebond favorable, à marquer pour la gagne et à changer le cours des parties. Ici même, de l’Histoire.

Vous l’imaginez, la bringue qui suivit fut à la hauteur. "Certainement qu’elle est arrivée une semaine trop tôt, mais bon… On était entre nous, heureux. La fête fut belle…" témoigna Jo Maso, manager victime et forcément consentant. Avec "Domi" au centre de tout. Captivant son auditoire, inspirant le collectif et le poussant en permanence dans ses retranchements. Sans trop de limites, heureux d’avoir à partager. "Il était excessif en tout" me confia mardi sur le fil de l’émotion Vincent Moscato, co-agitateur du Stade français. Et Thomas Lombard de compléter, sur Canal + : "Mais il était tellement attachant qu’on ne pouvait jamais ne pas lui pardonner."

On le sait, l’exploit de Twickenham ne se confirmera pas en finale, huit jours plus tard face aux Australiens et le rugby français en reste là, avec le sentiment d’une histoire inachevée en Coupe du monde qui berce le désir de revanche du duo Galthié-Ibanez. Pour autant, ce Mondial est le sommet de "Domi". Son plus grand théâtre. Sa révélation aux yeux du monde. Et sûrement l’accélération de ses tourments.

Reste cette main qui, vingt et un ans après, témoigne pour l’éternité de la carrière de Christophe Dominici. Ce ballon capté à l’instant précis, dans le temple du rugby, pour donner corps à l’impossible. Au fond, "Domi" incarnera pour toujours cette idée de l’exploit tricolore à hauteur d’hommes.

Et sa main tendue vers le ciel restera le reflet d’une autre, plus médiatique mais sacrément moins glorieuse, qui s’était élevée un jour de 1986 pour sceller le destin d’un match de football. La mano de Dios signée Maradona avait fait gagner l’Argentine en quart de finale de Coupe du monde, face à l’Angleterre. Mercredi, Diego est décédé. 24 heures après "Domi". Hasta Siempre, hombres.

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