Interview décalée - Danty : « La honte de ma vie ? Quand j'ai pris Michael Jordan pour un videur »

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    Interview décalée - Danty : « La honte de ma vie ? Quand j'ai pris Michael Jordan pour un videur » Sandra Ruhaut / Icon Sport
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Et si on parlait de tout, sauf de rugby ? Cette semaine, Jonathan Danty raconte son rêve d’enfant de devenir danseur, la cuisine antillaise de sa maman, ses souvenirs des attentats du 13 novembre 2015 à Paris, le coup de tronche de son partenaire Pascal Papé lors d’un avant match du Stade français. Suivez le guide.

Quel était votre rêve de gosse ?

Quand j’étais gamin, je voulais être un superhéros, Batman ou Spiderman. Ensuite, j’ai voulu être pompier. Mais vers treize-quatorze ans, mon rêve était de devenir danseur.

Ah oui ?

Nous avions créé un groupe de hip-hop avec des copains du collège. On dansait sur de la tecktonik et on participait à des concours un peu partout en France.

Votre pire souvenir à l’école ?

Quand mon prof d’histoire-géographie au collège m’a dit devant toute la classe que je ne réussirais jamais dans le rugby si je ne travaillais pas à l’école. Je m’en souviens comme si c’était hier, je m’étais senti humilié. À l’époque, je délaissais un peu l’école car je n’avais en tête que le rugby et la danse. C’est vrai, je n’étais pas le premier de la classe, mais pas le dernier non plus. Au contraire. Et j’avoue aujourd’hui être assez fier d’avoir atteint mon objectif.

Avez-vous eu votre bac ?

J’ai même obtenu une licence de management pour laquelle j’avais pondu un mémoire. Un truc dont je suis assez fier. Avec ma copine qui m’a beaucoup aidé sur ce projet, nous avions imaginé un concept de parking collaboratif à Paris. Et aujourd’hui, c’est une pratique assez courante. L’idée, c’était qu’un propriétaire d’une place de parking la loue lorsqu’il s’absente pour des vacances ou autre raison. Le Airbnb du parking (rires). Je dois avouer quand même que c’était une idée de ma copine (rires).

Quelle est la pire insulte que vous ayez subie ?

Je ne veux pas la répéter. C’était en rapport avec ma couleur de peau lors d’un match en jeune à Bourg-en-Bresse avec le Stade. C’était venu de la part d’un parent d’un joueur adverse… Ça arrivait parfois malheureusement.

Se moque-t-on de votre cheveu sur la langue ?

Vous ne pouvez pas imaginer… (rires). Le problème, c’est que je parle trop vite. Du coup, c’est souvent incompréhensible. Le pire, c’est quand j’ai un peu picolé. Il m’arrive même d’oublier les voyelles.

Quel est votre plus gros défaut ?

Je prends parfois les choses un peu trop à la rigolade. Ça m’a joué des tours parfois, notamment avec des entraîneurs ou avec des professeurs. Ma mère pourrait témoigner. Elle avait été convoquée par mon institutrice de primaire car j’avais toujours un rictus sur le visage qui laissait penser que je me foutais de la gueule des gens. Or, ce rictus, je ne le maîtrise pas. Et c’est parfois gênant.

Plutôt ciné ou théâtre ?

Je vais souvent au théâtre. Dernièrement, je suis allé voir Inès Reg. Je me suis bidonné du début à la fin. J’ai assisté à une représentation d’une pièce géniale : « Dernier coup de ciseaux » où ce sont les spectateurs qui décident de l’issue. Plus je vieillis, plus je m’ouvre à la culture. J’ai d’ailleurs pris des cours de guitare dernièrement pour me vider la tête, pour penser à autre chose que le rugby. Mais en fait, rien ne vaut Netflix.

Un rituel d’avant-match ?

Je suis plutôt cool, j’aime bien rire. Mais je me méfie. Je ne rentre pas trop dans la zone dangereuse des gros pour ne pas prendre un coup de tronche en passant.

Ça sent le vécu, non ?

Lors de la dernière année de Pascal Papé, ce grand rouquin a réussi à me choper avant un match. Il m’avait toujours dit qu’il le ferait. Il n’avait pas menti. Ce jour-là, je ne l’ai pas vu venir et il m’a complètement assommé.

Quel est l’endroit sur terre où tu te sens le mieux ?

Chez ma maman, dans le XVIIIe arrondissement de Paris. C’est là-bas, dans ce quartier populaire, que j’ai grandi. Et puis, quand je suis à la maison, je me sens bien. Aller chez ma mère le dimanche pour déjeuner ou dîner, c’est un moment que j’aime. Mais que je regrette le lendemain lorsqu’il y a la pesée (rires)….

Votre poids est-il un sujet tabou ?

J’ai souvent eu quelques petits soucis. Quand j’étais plus jeune, ma mère voulait que je mange bien et beaucoup parce que je faisais du rugby et qu’il fallait je sois costaud. Seulement, si les accras de ma maman sont délicieux, ce n’est pas ce qu’il y a de plus light. Quand j’étais au centre de formation, elle me préparait des « Tupperware » pour la semaine. Franchement, ça me réchauffait le cœur. Quand j’étais en âge de boire de l’alcool, elle me mettait aussi des bouteilles de punch coco. Que du plaisir (rires).

Un fait d’actualité vous a-t-il marqué ces dernières années ?

Les attentats du 13 novembre 2015 resteront à jamais gravés dans ma mémoire. J’étais au Sous Bock, un bar de Châtelet avec Jules (Plisson) et quelques potes. On était allé voir Leicester - Stade français en Coupe d’Europe. Et tout à coup, Jules, qui est toujours fourré sur son téléphone, a reçu des alertes pour dire que ça pétait dans Paris et notamment au Bataclan. Franchement, on a pris peur. On est parti sans manger le dessert. On a traversé Paris en voiture pour rentrer. J’habitais à Montrouge à l’époque. Je n’avais pas beaucoup dormi cette nuit-là. Paris, c’est ma ville et j’avais l’impression d’avoir aussi été attaqué.

Comment aviez-vous vécu les jours suivants ?

Très mal. Des amalgames avaient été faits qui m’avaient choqué. J’ai des potes de toutes les couleurs, de toutes origines. Et franchement, j’ai ressenti une forme de mal-être. En tant que personne de couleur, j’ai eu parfois mal cœur de certains commentaires, certains jugements. On pourrait tellement bien vivre tous ensemble. Je le vois dans notre milieu. Une équipe de rugby, c’est un melting-pot formidable. C’est une richesse infinie. Au Stade français, il y a des Fidjiens, des Sud-Africains, des Géorgiens, des Néo-Zélandais. Chacun a son histoire, son vécu, ses croyances. Mais il y a du respect. Nous venons tous de milieux sociaux différents, ça ne nous empêche pas de vivre ensemble. Le meilleur exemple qui me vient, c’est l’amitié que je peux avoir avec Jules (Plisson). Lui vient plutôt d’un milieu aisé, moi plutôt un milieu populaire. Et entre nous, il y a une relation très forte.

Votre plus gros craquage ?

Je me suis acheté il y a quelques années un 4x4 Mercedes. Une énorme connerie. Je n’avais même pas de parking. C’était une galère pour me garer, la voiture prenait des pets en permanence, les pigeons chiaient toujours dessus. Aujourd’hui, je roule en smart.

Si vous deviez faire une émission de téléréalité, ce serait laquelle ?

The Voice, impossible vu comment je chante (rires). Koh Lanta, non plus. Je ne tiens pas plus de deux jours sans manger (rires). Franchement, ce n’est pas trop mon truc.

Quel a été le moment où vous vous êtes senti le plus con ?

La honte de ma vie, c’est quand j’ai pris Michael Jordan pour un videur du VIP. C’était au soir de notre titre de champion de France en 2015. Nous étions dans cette discothèque, installés sur la mezzanine avec le bouclier et des bouteilles de champagne à gogo. Je voulais descendre dans la fosse pour prendre un bain de foule. Seulement, en haut des escaliers, il y avait un grand monsieur, très imposant. Une énorme carcasse. Et je me souviens lui avoir demandé si je pouvais passer. Il m’a regardé un peu bizarrement et m’a fait un signe de tête. Un peu plus tard dans la soirée, je l’ai revu passer avec une horde de personnes autour de lui. Il était installé dans le carré VIP avec un énorme cigare. Je n’ai pas compris, j’ai demandé à Jules (Plisson) qui c’était. Et là, je me suis dit : « Mais quel con ! » Je suis passé à côté de la plus grande star du sport mondial, sans le reconnaître. J’étais dégoûté. Bon, en même temps, on était tous à quatre grammes.

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