Le bal des débutants

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L'édito du lundi par Emmanuel Massicard... Imaginez les Français vainqueurs de l’Angleterre, dimanche. Quasi grands-chelemards, les gars. L’affaire aurait d’autant plus de gueule qu’elle consacrerait une belle bande de bleus, genre « Les coiffeurs à Twickenham », pour certains réservistes et pour d’autres novices. Mais vainqueurs de ce qui se fait de mieux jusqu’ici en Europe, une semaine après avoir entamé leur histoire collective par une victoire face à l’Italie.

Franchement ? C’est improbable. Pourtant, nous, on veut y croire. Ce serait une merveilleuse revanche pour ces joueurs (la plupart étant appelés afin de boucher les trous laissés par les titulaires et leurs remplaçants) et une promesse pour l’avenir que ne bouderait pas Claude Atcher, le directeur du Mondial 2023 : on n’a jamais trop de talents sous la main quand on a l’ambition d’être champion du monde.

Vrai. Mais ce pied de nez au destin ressemblerait quand même à un sacré casse-tête pour Fabien Galthié. Le sélectionneur a inscrit en lettres d’or sur sa fameuse flèche du temps l’urgence de construire une équipe au plus vite ; c’est son obsession. Et l’automne « Coupe Covid des Nations » pourrait lui en servir deux sur un plateau ! Bonjour le jus de crâne d’ici au Tournoi 2021… Qui sacrifier ? Sur qui construire ? Et comment imprégner à un groupe élargi ce devoir d’excellence porté par un staff qui pousse le zèle jusqu’à s’entraîner à entraîner ?

Bon, d’accord. Gatlhié a encore du temps avant d’avoir à répondre. Et puis, on l’a dit : c’est improbable. Permettez-nous quand même l’arrêt sur ce XV de France 2e génération. Cette troupe de débutants ne connaîtra jamais le premier taxi du petit matin au sortir du Pousse au crime, mais elle va découvrir le « Crunch », dans tout ce qu’il a de plus âpre et sans supporters tricolores pour la transcender. Dimanche, les Bleus seront seuls face au XV de la Rose et 2000 de son public.

On a connu pire en termes de pression. Plus hostile aussi, quand il pleuvait autant de chandelles sur Blanco que de crachats sur Rives. On a surtout connu des rencontres avec l’histoire plus marquantes…

Imaginez donc qu’ils gagnent, les enfants de Fabien, et qu’ils se retrouvent seuls au milieu du Temple, à recevoir leur trophée sous un play-back d’applaudissements. Manquerait plus qu’ils aient à trinquer au Canada Dry pour que leur exploit entre définitivement dans la légende.

Bref, si l’infâme mais nécessaire concept du huis clos a eu le mérite de maintenir nos compétitions sportives professionnelles, souhaitons qu’il ne résiste pas au changement d’année. Pour de bon, que nous n’ayons plus jamais à porter d’hommage et à chialer tout seul dans notre coin ; qu’à la mi-décembre nous puissions enfin retrouver le chemin des stades ; que nous ne vivions pas un « boxing day » aux tisons et que l’on se retrouve enfin pour partager un peu de nos émotions. Même en mode « jauge réduite », à 5 ou 10 000, ce sera toujours ça de pris…
 

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