Solliès pleure son "Christophe"

  • Christophe Dominici a commencé le rugby à Solliès, avant de partir du côté de La Valette, de Toulon et du Stade français. On voit ici l’ailier international lors de la saison 1990-1991 quand il était encore en juniors. Photo DR
    Christophe Dominici a commencé le rugby à Solliès, avant de partir du côté de La Valette, de Toulon et du Stade français. On voit ici l’ailier international lors de la saison 1990-1991 quand il était encore en juniors. Photo DR
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De la place de l’horloge au chemin des Bancaous, en passant par le stade Jean-Murat, c’est tout un village qui rend hommage à son Christophe, qui laissera à jamais le souvenir d’un minot coquin, surdoué sur le pré et apprécié de tous en dehors.

Sur les rives du Gapeau, il n’y a pas de "Domi" qui tienne. Si on veut évoquer l’ailier aux 67 sélections, on doit parler de "Christophe". "Domi c’est quand il est devenu quelqu’un, c’est pour la capitale. Pour nous, c’est Christophe : ce môme de 17 ans qui allait au foot mais s’est trompé de jour et s’est retrouvé à l’entraînement du RC Solliésien. Sauf qu’une fois sur place il était pris au piège : "Minot, t’es équipé, tu ne vas pas repartir comme ça. Reste avec nous plutôt que d’aller faire des conneries au village". Et finalement il ne nous a plus quittés", nous racontent à l’unisson André Viard ("Dédé", ancien coéquipier et ami), Claude Fédérico, aka "Coco", secrétaire générale du Rugby Club de la Vallée du Gapeau et Pascal. Depuis mardi, ce village ensoleillé de 10 000 âmes est meurtri : "La tristesse est immense, on ne comprend pas", nous conte Priscilla, qui tient le "Figurez-vous", la presse du village et affiche une photo de "Christophe" sur sa devanture.

"C’était un boucan, mais dès qu’il revenait avec son sourire, tout était pardonné"

Et si la nouvelle a retenti comme un uppercut, les souvenirs sont rapidement venus accompagner l’émotion. "Quand il rentrait, Christophe ne flambait pas : par exemple, il dormait chez ses parents. En revanche quand on montait à Paris il nous accueillait chez lui : c’était Solliès qui montait à la capitale, sourit Coco. Un jour on s’était fait arrêter sur les Champs, et on était en retard… Quand les policiers ont vu que c’était lui, il a signé un autographe et ils nous ont escortés à contresens dans tout Paris. Sauf que notre point de chute était… le McDo. Voilà, Christophe a fait de sa vie un film." Des bancs de l’école à la montée de Solliès en Fédérale 3 alors qu’il était à peine majeur, Dominici a marqué le village de son sourire : "Mais ici, ça n’a jamais été une star. C’était juste Christophe, un mec simple avec un charisme incroyable" affirme Dédé. "Il avait la connerie, mais ce n’était pas un méchant. Il volait des bagnoles pour rentrer chez lui, mais pas pour les revendre. C’était un boucan, mais dès qu’il revenait avec son grand sourire, tout lui était pardonné, reprend Coco. Il ne fallait jamais lui dire "t’es pas cap", parce que tu n’avais pas le temps de finir ta phrase qu’il était à poil dans le Gapeau."

"Au début Ninou c’était pour les gonzesses"

De son escalade sur huit tables empilées pour sauter dans la fontaine du village à la journée que lui avait organisée le RC Solliésien après la Coupe du monde 1999, durant laquelle "on ne pouvait même plus marcher, parce que tout le village était sur la place", Christophe Dominici laissera le souvenir impérissable d’un minot jovial, et toujours prêt à se mettre en quatre pour ses "Ninous". "À l’époque où il commençait à se faire un nom, pas mal de filles lui couraient après et il oubliait leurs prénoms. Alors je lui avais conseillé de les appeler "Ninou", se rappelle Coco. Au début c’était pour les gonzesses, et finalement nous sommes tous devenus ses "ninous"". Depuis mardi, les commandes de son bouquin "Bleu dans l’âme", mais également du Midi Olympique et de L’équipe ont explosé au village, car tous les Solliès-Pontois veulent accompagner Christophe dans son dernier voyage. En ce sens, ses anciens coéquipiers du RCS ont organisé une cagnotte pour la famille, une intention de prière a été rendue durant la messe dominicale et mercredi, Coco lira aux minots de l’école de rugby un petit poème. "On ne veut pas les inonder de nos émotions, mais leur dire qu’un mec de Solliès est un jour devenu la première rock star du rugby. À une époque, Christophe était plus connu que Lomu, mais vous pouvez être sûr qu’il n’a jamais oublié de penser au RC Solliésien avant de rentrer sur un terrain." Il se murmure même qu’à l’avenir, une rue ou un espace public pourrait être renommé à son nom. Parce que Solliès-Pont avait une place à part dans le cœur de Dominici, et que Christophe était devenu l’icône d’un village qui, depuis mardi, pleure son minot parti trop tôt.

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Pierrick Ilic-Ruffinatti
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