Une défaite à savourer comme une victoire !

  • Comme une victoire
    Comme une victoire - ISABELLE PICAREL
Publié le , mis à jour

Battus en Angleterre, les Français ont pourtant offert un visage superbe, malgré le peu de vécu de cette équipe soumise à de nombreux remaniments. Et si les Anglais ont bien soulevé un trophée anecdotique, au terme d’une rencontre ponctuée d’une prolongation et d’une mort-subite, ces jeunes Bleus ont toutes les raisons d’être fiers. Les grands gagnants, ce sont eux !

La mission était réputée infaisable, injouable, irréalisable. Le XV de France, sans ses 25 meilleurs joueurs ou, au moins, les 25 que Fabien Galthié utilise régulièrement depuis son arrivée comme sélectionneur, se rendait en Angleterre. Sur la pelouse de Twickenham où l’attendait la meilleure équipe d’Eddie Jones : Farrell, Vunipola, George, Underhill et consorts. Du très lourd et la promesse d’une fessée retentissante. C’était le discours, outre-Manche. Galthié, lui, répondait par la confiance : « De la peur ? Oui tout ça, c’est présent dans la semaine mais quand on prépare un match international, c’est avant tout beaucoup de travail analytique. On sera prêt dimanche, je vous assure qu’on sera prêt. » Il disait juste.

Parce qu’ils ne savaient pas que c’était impossible, ces jeunes Bleus l’ont fait. On paraphrase ici Mark Twain pour tout dire de ce match : promise à l’enfer, cette équipe de France entièrement remaniée a frôlé un authentique exploit, à Twickenham. Et si elle laisse finalement aux Anglais le gain du match et de la Coupe d’automne des nations, au terme d’une rencontre superbe de tension et couronnée d’une prolongation, ce sera sa seule défaite du jour. Sur tous les autres tableaux, les Bleus sont les grands gagnants du jour. Il y avait tout pour que l’événement soit pleinement jouissif. Cette petite musique d’arrogance, du côté des Anglais, qui parlaient de farce avant même de jouer le match. Il y avait le talent des hommes, dont Jalibert enfin convaincant, Jelonch et Pesenti bien à l’heure au rendez-vous du combat, Kolingar, Woki et Moefana qui confirment que leur potentiel est assez grand pour s’exprimer au plus haut niveau. « Il n’y a pas de France B ou de France C. Il n’y a qu’un groupe France. On peut être fiers de nous », donnait justement Woki au terme de la rencontre.

Une solidarité admirable

À Twickenham, Galthié a effectivement pu vérifier que, mieux qu’une équipe, c’est un groupe France d’une cinquantaine de joueurs dont il dispose désormais (voir ci-contre).

Surtout, plus que tout le reste, il y a un état d’esprit remarquable qui habite cette équipe. Quel mental, mes amis ! Une solidarité rare, et sans laquelle rien ne se construit au rugby. Une appétence à se faire mal pour le collectif et sur la ligne d’avantage. « Tout n’a pas été parfait mais l’état d’esprit était effectivement remarquable. La solidarité, l’agressivité sont des valeurs chères, dans ce sport » appréciait Dimitri Yachvili à la mi-temps du match. Quelques secondes avant, les jeunes Bleus avaient été héroïques devant leur ligne d’en-but, parfois même sur leur ligne, pour repousser un à un les assauts bodybuildés d’un paquet d’avants anglais qui n’aura jamais su les faire rompre. Admirable. Voilà encore une victoire de ce match. Et une confirmation de plus pour Galthié, sur son chemin de construction.

Le sélectionneur avait fait de ce caractère au combat un leitmotiv de ses nouvelles fonctions. Il l’affirmait, en janvier dernier dans nos colonnes. « Pendant la Coupe du monde, nous avions une des plus mauvaises conquêtes. La première des choses, pour ceux qui porteront ce maillot, c’est d’avoir une conquête qui fait peur. Ce qu’on souhaite, c’est une équipe qui ne lâche rien. » Ce dimanche, il complétait. « Il y a un travail sur l’état d’esprit à mettre, mais cela ne suffit pas, il y a aussi un peu de stratégie sur des situations particulièrement difficiles à gérer. On a fait un gros travail technique sur la collision et sur la manière dont on alimente autour des rucks. Les positions aussi sont bossées. » Sur ce point aussi, il a réussi. Et son équipe, dimanche, peut bien avoir perdu le match, elle clairement gagné son après-midi.

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