Journée 11 - L'opinion du Midol

  • Teddy Thomas
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Publié le , mis à jour

Après chaque journée, retrouvez les différentes opinions des journalistes ayant suivi les rencontres du TOP 14 !

Bordeaux - Racing 92 : Verrouillé à double tour

C’est ce qu’on appelle un match fermé, vraiment fermé. Une partie dictée par les conditions climatiques, le genre de match qui suscitera toujours des sarcasmes chez les esthètes utopistes. Mais dans dix ans, dans vingt ans, ils existeront encore. Samedi, les deux camps avaient donc choisi la carte de l’occupation au pied, au point de se passer d’occasions d’essai ou de séquences offensives dans les 22 adverses.


La partie ressembla donc longtemps à un chassé-croisé à coups de pénalités jusqu’à 12-12. On se dirigeait vers un match nul au petit trot quand tout bascula à la 76e minute quand Teddy Thomas marqua un essai qu’on n’espérait plus, impeccable, le long de la ligne de touche côté fermé, servi par Teddy Iribaren (lire page 11). L’ailier international a sûrement des défauts, mais son talent supérieur a fait la différence dans la grisaille et sous la pluie, ça aussi, c’est vieux comme le rugby.Rien que pour ça, le Racing méritait de gagner évidemment. On a aussi senti les Franciliens plus solides notamment en deuxième mi-temps. Et puis, les Girondins ont trop saccagé de lancers en touche. Avec un tel gaspillage, on se dit que la victoire et même le match nul auraient relevé de l’exploit ou du hold-up.


Les Bordelais ont eu une balle de match en première période quand Scott Higginbotham intercepta un des rares ballons d’attaque adverse. Il restait 75mètres à faire, et le numéro 8 choisit de donner sur sa droite alors qu’à notre sens, un long coup de pied vers l’avant avait des chances d’aboutir. Il ne restait plus grand monde en couverture.

 

Clermont - Montpellier : Un MHR qui aime hacher

 

Ils ne sont potentiellement pas l’équipe la plus spectaculaire ni la plus talentueuse du Top 14. Mais comptent assurément comme l’une des plus lourdes, des plus grandes et des plus solides, bref, des plus redoutables dans ces conditions hivernales… De tout cela, les Montpelliérains se sont enfin souvenus, faisant fi des ambitions de jeu plus complet qui les animaient depuis le début de la saison. «On ne va pas s’enflammer, ce n’était pas un très grand match de rugby », souriait même à la fin du match le capitaine Fulgence Ouedraogo.

Certes. Reste que le MHR a au moins eu le mérite du pragmatisme, renouant à Clermont avec les mêmes recettes qui avaient, du temps de Jake White ou de Vern Cotter, déjà fait leurs preuves au Michelin. En clair ? Conscients qu’ils ne disposaient probablement pas d’atouts comparables à ceux des Clermontois si le jeu devait prendre du volume, les Héraultais se sont appliqués à réciter un plan de jeu sans fioritures en attaque, et surtout à ralentir tout ce qu’il était possible de ralentir en défense, qu’il s’agisse des sorties de ruck ou de la moindre introduction en mêlée…

Au métier, à l’expérience, les hommes de Xavier Garbajosa ont ainsi progressivement frustré leurs adversaires, assaisonnant la charnière locale de quelques tampons bien appuyés qui achevèrent de la dérégler, lorsqu’ils ne parvenaient pas carrément à les priver de ballons en conquête. Le jeune Louis Foursans-Bourdette se chargeant, quant à lui, de meubler le score à la moindre occasion offerte par M. Castaignède, permettant aux siens de remporter une rencontre où ils ne se seront pas provoqués la moindre occasion d’essai. Ce qui était évidemment le cadet de leurs soucis…

 

Stade français - Toulon : Sergio Parisse est immortel

 

L’Italo-Argentin, Sergio Parisse, a souvent arpenté la pelouse de Jean-Bouin depuis son arrivée en France en 2005. Avant les travaux de rénovation et d’agrandissement de l’enceinte parisienne, avec Christophe Dominici comme partenaire, comme capitaine du Stade français dans sa nouvelle version. Il y a fêté deux titres de Champion de France (2007, 2015). Ce dimanche soir, c’est en fer de lance du RCT, qu’il y était présent.


Avec ses jambes de 20 ans, son expérience de quinze ans de Top 14 et un corps qui n’affiche vraiment pas les 37 ans de son véritable âge. Parisse avait réussi un excellent début de saison dans sa nouvelle maison sportive toulonnaise. Il en est devenu l’un des patrons, l’un des modèles. Virevoltant encore face au Stade français, il inscrit le premier essai toulonnais (23e), concluant une action qu’il avait lui-même commencée.


Bon en touche sur les contres notamment, précieux sur les sorties de ballons en mêlée fermée, il a aussi usé de son leadership pour remobiliser ses partenaires, après une entame ratée de deuxième période. Surtout, son sens du placement, notamment dans le deuxième rideau, suite au renvoi ou dans le jeu courant, est à décortiquer dans toutes les écoles de rugby.
Auteur de deux franchissements tranchants pleins de classe, il remettait les siens dans le sens de la marche à l’amorce des dix dernières minutes même s’il ne pouvait pas malgré tout sa débauche d’énergie, renverser le cours du match qui basculait en faveur de Paris. Pas sûr que ce compétiteur né se satisfasse du point de bonus défensif.

 

Agen - Brive : Mauvaise foi nocturne

On a volontairement choisi ce titre pour rappeler la parodie du clown Michael Youn, histoire de détendre l’atmosphère. Parce que celle qui règne en ce moment à Armandie est lourde. Samedi soir, Régis Sonnes est apparu encore frais et déterminé dans sa mission de redressement du SUA. Et c’est tant mieux. Côté joueurs en revanche, c’est un peu différent. On ne peut pas leur en vouloir, après ces interminables semaines qui se concluent toutes par des défaites plus ou moins serrées, plus ou moins cruelles, mais toutes aussi douloureuses.

Le capitaine Nathan Decron est donc venu répondre à nos questions, avec franchise et simplicité comme à son habitude mais pas sans une petite dose de mauvaise foi. À l’entendre, Brive n’avait pas fait grand chose : « Brive n’a pas mieux joué que nous sur ce match mais ils ont été plus réalistes, ils ont été bons sous les ballons aériens. Sur le jeu de pression, ils ont été bons, ils l’ont été en l’air, on a fait des en-avant et je pense que le match se joue sur ça. » Donc, si l’on résume, les Brivistes ont été plus adroits, plus réalistes, ont mis leurs adversaires sous pression et ces derniers ont commis des fautes et des en-avant…

Difficile donc de dire que Brive n’a « pas mieux joué ». Le deuxième ligne Andres Zafra lui succéda. Et à la noirceur de son œil, on comprit vite qu’il était moins ouvert au dialogue.On a aussi vite compris qu’il serait de plus mauvaise foi encore, quand il nous a soutenu que son équipe n’avait pas manqué de puissance face au CAB. N’en déplaise au géant colombien, son équipe a précisément et cruellement manqué de puissance. Et ce, malgré un bon match de son numéro 8 Hayes, et un replacement infructueux du deuxième ligne Jordaan en huit. In fine, le SUA n’a jamais vraiment avancé sur la ligne d’avantage, donnant ce sentiment d’impuissance.

 

Bayonne - Toulouse : On remercie la pelouse

 

Du côté de Jean-Dauger, on se souvient tous du dernier Bayonne - Toulouse. Non pas que cette rencontre avait été une grande partie de rugby, loin de là, mais car c’était la dernière du monde d’avant, où plus de seize mille fidèles s’étaient amassés dans ce stade pour pousser l’Aviron vers la victoire. Le match ? Il avait été d’un pauvre niveau technique, à la limite de l’ennui et les conditions climatiques en étaient les premières responsables. La pelouse aussi, puisqu’en ce soir de mars 2020, le gazon de Dauger s’était transformé en véritable pataugeoire, une piscine de boue impraticable et le jeu s’était avéré tout bonnement impossible.


Ce week-end, on eut droit à des conditions atmosphériques similaires. Voire pire, puisqu’un filet d’eau continu, couplé à de fortes bourrasques, s’abattit pendant quatre-vingts minutes sur le Pays basque. Mais cette fois, on put assister par moments à un match de rugby notamment rendu possible par la nouvelle pelouse hybride de Jean-Dauger, posée cet été. Si le ballon était on ne peut plus glissant, on eut tout de même la chance de voir les Toulousains se le passer en première période, mettre du rythme et tenter des choses.


Les Bayonnais, bien que terriblement maladroits, essayèrent aussi de faire circuler le ballon en l’envoyant vers les extérieurs avec moins de succès que leurs homologues. Et au coup de sifflet final, alors que les Rouge et Noir se congratulaient, on se rappela que si les pelouses hybrides sont censées rendre le jeu plus rapide lorsque le soleil est là, elles contribuent aussi à rendre le spectacle moins désagréable par temps de pluie.

 

Lyon - La Rochelle : Les fameux détails

 

Très sincèrement, ce choc de haut de tableau aurait pu basculer des deux côtés. Les Maritimes se sont même offerts une balle de match après la sirène mais l’indispensable Izack Rodda est venu contrer un lancer à 5 mètres. La Rochelle, leader, est donc tombé pour la troisième fois de la saison, victime notamment du réalisme du Lou.


Les Lyonnais se sont appuyés sur le très performant jeu aux pieds de Charlie Ngatai, et sur leur solide défense, pour inverser une fois de plus la tendance d’une rencontre mal embarquée, quand Lyon s’est retrouvé à 13 contre 15 et mené 6-15 après 45 minutes de jeu. C’est un essai de Xavier Mignot (57e) - averti quelques minutes plus tôt (41e) - qui a remis les Gones devant et les deux premiers essais de la jeune carrière du talonneur rochelais Samuel Lagrange (38e et 42e) n’auront donc pas suffi. Une fois de plus, si cette affiche a souvent été rythmée par un échange de coups de pied comme cela semble devenir la norme, on a tout de même pris du plaisir à suivre cette partie d’échecs, quadrillée avec peu de folie mais de l’envie.


Pour son 200e match dans l’élite, Jonathan Wisniewski a été précieux (6 sur 7 au but) et a permis à Lyon de concrétiser ses temps forts, frustrant une jeune et dangereuse équipe de La Rochelle, comme souvent quand elle est remaniée.
De cet affrontement entre concurrents directs aux places d’honneurs, c’est le Lou qui en ressort gagnant, enchaînant un septième match sans défaite (six victoires et un nul), égalant ainsi sa meilleure série d’invincibilités en Top 14.

 

Pau - Castres : Dansons, un peu, sous la pluie

 

Les grands buteurs ne meurent jamais ! Surtout s’ils sont argentins. Et pourtant, ils peuvent avoir un jour sans. C’était le cas de Benjamin Urdapilleta, ce dimanche à Pau. C’était presque l’événement de cette rencontre, disputée sous une pluie continue qui n’a pas permis aux deux équipes de s’extirper d’un jeu simple, basé sur l’occupation et l’affrontement direct.Les Castrais s’y montraient beaucoup plus efficaces, notamment en première période, inscrivant des points à chaque fois qu’ils arrivaient dans les vingt-deux mètres palois.

Après trente minutes de jeu, bien souvent meublées par du jeu au pied pour tenter d’occuper le camp adverse et attendre les fautes susceptibles de débrider la rencontre, les Castrais avaient déjà inscrit dix-sept points, soit un véritable trésor de guerre dans ces conditions climatiques. Une avance confortable d’autant plus que les Palois étaient confrontés à leurs manques du moment. Capables de porter le ballon sur de longues séquences, les hommes de Nicolas Godignon et de Frédéric Manca manquaient encore une fois de réalisme pour concrétiser leurs occasions et une nouvelle fois les pénaltouches béarnaises se révélaient stériles. Il faut aussi dire que l’alignement castrais n’a pas failli à sa réputation.

Le meilleur contre du championnat a encore réussi à récupérer cinq ballons sur les lancers adverses, privant ainsi les Palois d’une base de lancement essentielle dans un rugby d’hiver où les ballons portés ont une importance capitale. Néanmoins, le manque de réussite de Benjamin Urdapilleta pour tuer le match permettait finalement aux Béarnais de décrocher un point de bonus défensif en fin de match.

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